‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 376 sur 397 · CHAPITRE XLIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIIl

pas non plus une œuvre très-originale; mais nous n’en connaissons pas le prototype. Némésien, comparé au poète de Gilicie, pèche par des défauts qu’on ne peut reprocher à son modèle. D est souvent prosaïque et vulgaire; la verve lui manque ; son abondance est toute dans les mots, et ses images ne sont jamais ni bien saisissantes ni bien caractéristiques. Il écrit ai;^c plus de goût qu’Oppien : c’est là sa gloire ou, si l’on veut, le point par où il rachète un peu ses imperfections. On aperçoit partout chez lui un effort continu pour s’approprier les formes poétiques et la diction de Virgile; et cet effort n’est pas toujours malheureux. Les trois cents et quelques vers des Cynégétiques que nous possédons appartenaient au premier livre du poème. Il s’agit, dans ce morceau, des préparatifs de la chasse, de l’éducation des chiens et des chevaux, et des ustensiles nécessaires au chasseur. Je vais en transcrire quelques mots, qui donneront une idée du tour d’esprit de Némésien et de la nature de son talent. Après avoir dit, comme autrefois Virgile, mais plus longuement que Virgile, et avec une érudition déplacée, qu’il ne veut pas traiter des sujets mythologiques, il ajoute : « Je veux, quant à moi, m’égarer dans les forêts, dans de vertes prairies, dans de vastes campagnes; je veux parcourir d’un pas rapide l’étendue des plaines; prendre, à l’aide d’un chien obéissant, les hôtes des bois; percer le lièvre timide, le daim sans courage, le loup audacieux, et mettre en défaut l’adresse du renard. Je veux errer sous les ombrages des fleuves; chercher l’ichneumon au milieu d’une moisson de roseaux, sur des rivages 'silencieux; attacher avec de longs traits le chat menaçant au tronc d’un arbre, et emporter le hérisson au corps épineux, replié sur lui-même. Telle sera l’occupation à laquelle je veux donner mes soins, aujourd’hui que ma faible nacelle, accoutumée à voguer près du rivage, et à fatiguer avec la rame des golfes sans danger, ose, pour la première fois, déployer ses voiles au souffle des vents, abandonner le port, et braver les tempêtes adriatiques. Magnanimes rejetons du divin Carus, bientôt on me verra, avec de plus heureux accords, célébrer vos triomphes, vos lois reconnues de l’aurore au couchant, votre

commune puissance a.sservis8ant les peuples qui boivent les eaux du Rhin et du Tigre, et qui s’abreuvent à la source lointaine de l’Arar et du Nil*. »

Kglosaea de iVéméaleB.

Némésien, écrivant sur la chasse, imitait tant qu’il pouvait les Géorgiques; à plus forte raison devait-il imiter les Bucoliques, dès qu’il se mêlait de faire parler les bergers. Aussi n’y manqua-t-il pas. Les quatre églogues qu’on altri-bue généralement à Némésien, dans le recueil qui porte les noms de Némésien et de Calpurnius, sont presque des copies de Virgile , mais combien pâles et aff aiblies ! Virgile n’eût guère reconnu son Daphnis ou son Silène , sous le travestissement dont les a défigurés Némésien. Il y a pourtant, dans le Barchus de Némésien , quelques vers gracieux, et qui font honneur au talent du poêle ; mais il fallait être Fontenelle , c’est-à-dire un bel esprit étranger au sentiment poétique, pour mettre l’églogue où Némésien fait parler le dieu audessus de celle où Virgile avait fait parler le vieux satyre. Les Églogues de Némésien, comme les restes de ses poèmes didactiques, prouvent un bon versihcateur et un écrivain passable. Mêmes qualités, mais aussi mêmes défauts. C’est ailleurs qu’il faut aller chercher l’imagination , l’enthousiasme, le génie.

Caipurniua.

Ne cherchons pas non plus ces dons divins dans les Eglogues de Calpurnius. L’ami de Némésien n’est guère moins que lui imitateur et défectueux. Il est même plus négligé, et il tombe assez souvent dans l’enflure. Sa manière ressemble fort à celle de Némésien; et quelques-uns n’hésitent pas à le regarder comme l’auteur véritable non-seulement des sept églogues que personne ne lui conteste , mais encore des quatre églogues qu’on imprime sous le nom de Némésien. Quoi qu’il en soit de cette opinion , nous n’avons encore ici qu’une ombre de Virgile. De l’esprit, quelque peu;

< . Némésien, Cynégétiques, vers 48 el suiranls.

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