CHAPITRE XLIII
du naturel , plus que n’en comportait l’époque ; une diction assez pure et quelques vers supportables : ce n’est pas tout à fait rien; et beaucoup de ceux qui ont pris le titre de poëte seraient bien empêchés d’en fournir autant. Les poésies de Calpurnius étaient en grande faveur dans les écoles du moyen âge. On les mettait entre les mains des jeunes gens, comme nous y mettons Horace et Virgile, Je ne prétends pas que Calpurnius fût digne de cet honneur; mais ce n’est pas dans le moyen âge uniquement qu’on a vu préconiser de plus mauvais modèles encore.
Nous aurons mentionné tout ce qui concerne ce poëte, en disant qu’il était né en Sicile, qu’il se nommait Titus Julius Calpurnius, qu’il ne fut pas ingrat envers Némésien, et qu’il dédia à ce généreux protecteur le recueil de ces ouvrages.
Aiitren poëte* contemporain*.
Commençons par Jupiter, bien que nous ne puissions dire autre chose de Nuinérien poëte, sinon qu’il faisait des versj et qu’il aimait ceux qui en faisaient. Notons en passant que cet héritier des Césars aspirait aussi aux palmes de l’éloquence, et que le sénat, plein d’admiration pour ses harangues’, lui avait voué une statue dans la bibliothèque Ulpienne, avec cette inscription : Au plus éloquent orateur de son siècle.
Aurélien Apollinaire passait, dans ce siècle-là, pour le maître du genre iambique. Mais qu’était-ce que les ïambes d’ Aurélien Apollinaire? Étaient-ce des fables ou des satires, des poèmes didactiques ou des poèmes dramatiques? Je l’ignore absolument; et bien d’autres n’en savent pas plus que moi.
J’ai parlé ailleurs de Dionysius Caton et de ses Distiques. Dois-je citer un autre poëte didactique, moins poëte encore que Caton, mais qui a eu, comme Caton, une grande réputation au moyen âge, à savoir ce Quintus Sérénus Sammonicus, qui a fait de la pharmacie en assez méchants vers hexamètres, et qui n’est qu’un maladroit compilateur de Pline et de Dioscoride?
Prosateur*.
Le moins mauvais des auteurs du troisième siècle qui ont écrit en prose est Censorinus. Son ouvrage intitulé du Jour
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natal est d’un style assez pur, bien qu’il n’y manque pas do tours et d’expressions peu classiques. Mais le sujet de ce livre est plus bizarre qu’intéressant. Gensorinus traite de l’influence que les génies et les astres exercent sur notre destinée. Le même écrivain avait composé d’autres ouvrages de divers genres, qui n’existent plus.
Gensorinus était un grammairien. Un autre grammairien, qui se piquait aussi de philosophie, Nonius Marcellus, avait écrit, comme Gensorinus, sur difl'érents sujets. Il nous reste de lui un ouvrage de grammaire, intitulé de la Propriété du lamjaije. Il n’y a, dans le livre de Nonius, ni ordre, ni talent, ni science même. Rien de plus nul et de plus indigeste que la compilation de Nonius. Ses interprétations des mots latins ne sont pas toujours incontestables; et elles ont le malheur de n’être pas présentées avec la netteté et la précision qu’exigerait un pareil sujet. Mais il y a quelque chose « qui donne une valeur réelle au travail plus que médiocre du pitoyable herméneute : ce sont les nombreux fragments d’auteurs aujourd’hui perdus , que Nonius a consignés parmi ses exemples, et grâce auxquels ces auteurs nous sont un peu moins inconnus.
Festus lui-même n’a pas l’importance littéraire de Nonius, bien que son œuvre, ou, si l’on veut, celle de Verrius Flaccus, qu’il a abrégée , et que Paul Diacre a encore tronquée plus tard, soit fort supérieure en soi à celle de Nonius, et témoigne de plus d’érudition et de bon sens. Le livre de t’estus est une sorte de lexique, intitulée de la Signification des Mots. Festus parait postérieur à Nonius. Quelques-uns le font même vivre jusqu’à la fin du cinquième siècle. Mais il n’est pas sûr qu’il ne soit pas du quatrième, ou du troisième, ou même du deuxième. Martial est le plus récent de tous les auteurs qu’il cite. On ne sait rien ni sur la personne ni sur la patrie de ce grammairien.
Des prosateurs tels que Festus, tels que Nonius, tels que Gensorinus même, mériteraient le titre non pas de prosateurs, non pas d’écrivains, mais de barbouilleurs de papier.