L’HISTOIRE AU QUATRIÈME SIÈCLE
style n’est pas tout à fait barbare, ni leurs récits tout à fait insipides. Ce n’est pas qu’ils ne tâchent, en général, ou qu’ils n’aient l’air de tâcher de se rendre illisibles. Pour être juste, il faut dire que presque toujours ils y réussissent à souhait. On se fera une idée de leur ineptie, rien qu’à les voir, en maints passages, après avoir extrait un auteur, passer à un autre auteur, et rapporter, d’après celui-ci, les événements qu’ils ont déjà rapportés d’après celui-là, sans s’apercevoir seulement, ou sans paraître s'apercevoir qu’ils se répètent. C’est ainsi que certains faits sont racontés jusqu’à trois fois, quand une seule devait suffire.
Voici les noms des six auteurs auxquels on attribue V Histoire Auguste.
1® Spartien (Ælius Spartianus), qui vivait sous le règne de Dioclétien, et qui a écrit les vies d’Adrien, d’Élius Vérus, de Didius Julianus, de Septime Sévère, de Caracalla et de Géta.
2“ Vulcatius Gallicanus, auteur de celle d’Avidius Cassius, que d’autres revendiquent pour Spartien. Vulcatius vivait à la même époque que le précédent.
3® Trébellius Pollion. C’est à lui qu’on doit les vies des deux Valérien, des deux Gallien, des trente tyrans, etc. Le seul caractère qui distingue cét écrivain, c’est la bassesse avec laquelle il se complaît à aduler les puissants.
4® Flavius Vopiscus. Il était de Syracuse, et il écrivait, comme le précédent, du temps de Constantin. Vopicus a rédigé les vies d’Aurélien, de Tacite, de Florien, de Probus, de Firmus, de Saturnin, de Proculus, de Bonose, de Carus, de Carin et de Numérien. Vopiscus est bien supérieur à tous les autres ; ou, si' l’on veut, il est beaucoup moins défectueux qu’ils ne le sont, dans la manière de disposer ses matériaux et de les mettre en œuvre. Il a presque de l’ordre, et il île manque pas de sens commun. Ajoutez qu’il avait consulté de bonnes sources, archives publiques, pièces officielles, correspondances diverses, et que la trace de ses recherches se retrouVe dans ses narrations. Il avait vu la plupart des événements qu’il raconte, ou du moins il avait pu en voir des témoins vivants. C’est presque im historien. C’en serait un s’il avait écrit d’un meilleur