CHAPITRE XUV
par Sextus Rufus, écrivain inconnu d’ailleurs, un autre précis du même genre que celui d’Eutrope, mais beaucoup plus court. Quelques-uns contestent l’authenticité de ce petit ouvrage, ainsi que celle d’un autre opuscule attribué au même Rufus, et intitulé : (les Quartiers de la Ville de Rome. Au reste, ces deux écrits n’ont d’importance que pour les érudits, et la bttérature n’a rien à y voir.
Ammicn Vlarcellln.
Nous avons dû réserver pour la fin de ce chapitre Àmmien Marcellin, le seul homme en qui ait revécu quelque chose des grands narrateurs d’autrefois; Ammien, le dernier des historiens de Rome, le dernier presque des Romains, un beau talent et une belle âme.
Ammien Marcellin était Grec de naissance. On croit même qu’il ne fait qu’un avec ce Marcellinus de qui nous avons un excellent commentaire grec sur l’ouvrage de Thucydide. Ammien florissait vers le milieu du quatrième siècle. Dans sa jeunesse, il avait embrassé la carrière militaire, et il avait fait partie des protecteurs domestiques , espèce de gardes du corps des empereurs, où l’on n’admettait que des hommes de famille distinguée. Il fit la guerre en Orient et dans les Gaules. Quelques passages de son histoire font présumer qu’il prolongea sa vie jusqu’aux environs de l’an 390. C’est bien à tort que certains critiques ont voulu faire de lui un chrétien. Ce n’est qu’un esprit élevé et impartial, qui sait rendre justice à ceux même dont il ne partage pas les opinions. Il parle du christianisme avec modération ; il loue la vertu et la constance des confesseurs de la foi nouvelle ; il ne dissimule pas la vanité des tentatives de Julien pour relever le temple de Salomon ; il se moque des superstitions populaires, et stigmatise énergiquement l’impiété et les vices des contemporains. Mais ses affections sont manifestement ailleurs qu’au christianisme. C’est la vieille Rome qu’il aime ; ce sont ces institutions politiques et romaines qui avaient fait la grandeur du peuple- roi. Il est Romain et païen par ses souvenirs; et Julien est son héros, encore qu’il n’approuve pas tous les moyens mis en œuvre
L’HISTOIRE Aü QUATRIÈME SIÈCLE. 629
par cet étrange réformateur pour la restauration du culte antique.
Onvrage d'Ainnilcn Mareellln.
L’ouvrage d’Ammien contient l’histoire de l’Empire, depuis le temps des Flaviens jusqu’au règne de Valens. C’est la continuation des récits de Tacite ; mais ce n’est ni le génie de Tacite, ni surtout son style. La diction d’Ammien est à demi barbare. Il y a encore d’autres défauts dans cette histoire ; et l’auteur n’est pas toujours exact dans ses indications géographiques. Mais toutes ses imperfections sont compensées par de sérieuses et fortes qualités. C’est un guide habile et fidèle, comme le caractérisé Gibbon, et qu’on peut suivre hardiment, même à travers les événements contemporains, parce qu’il est libre de passions et de préjugés. Sa manière a quelque analogie avec celle de Polybe. En effet, Ammien cherche ardemment la vérité ; il sait pénétrer le secret des affaires humaines, et il n’est point étranger à l’art de la guerre. Comme Polybe aussi, il exprime sa pensée avec une rare énergie; mais il a plus d’imagination que Polybe, et il trace quelquefois de grands et saississants tableaux ; des tableaux, sauf un certain excès de couleur, presque dignes du pinceau de Tacite. Il abonde en mots heureux, en réflexions aussi justes que profondes. Voyez, par exemple, avec quelle verve d’esprit, avec quelle force de raison, il tourne en ridicule les superstitions des Romains de son temps : « Un grand nombre d’entre eux n’oseraient ni prendre le bain, ni dîner, ni paraître en public, avant d’avoir consulté, selon les règles de l’astrologie, la position de Mercure ou l’aspect de la lune. Il est assez plaisant, ajoute-t-il , de découvrir cette crédulité chez un sceptique impie, qui ose nier ou révoquer en doute l’existence d’un Dieu tout-puissant. » On voit que Censorinus connaissait assez bien son public , et qu’il ne perdait pas tout à fait son temps, pour la réputation et le profit , quand il consacrait ses veilles à composer l’étrange livre du Jour natal.
Il n’a manqué à Ammien Marcellin que de vivre dans un meilleur siècle, ou du moins de travailler à réparer ce dés-