CHAPITRE XLV. — LES DERNIERS PROSATEURS
maque lui a donnée. Elle est adressée, au nom du sénat, par Symmaque, alors préfet de Rome, à Valentinien II, à Théodose et à Arcadius ; mais elle ne fut présentée en effet qu’à Valentinien. C’est un plaidoyer complet en faveur du paganisme, et un plaidoyer qui ne manque ni d’adresse nî d’éloquence. Symmaque eut au inoins la gloire, comme dit Fléchier, d’avoir assez bien défendu sa mauvaise cause. R eut une gloire plus enviable encore : le grand saint Ambroise ne dédaigna pas de lui répondre , et de discuter un à un ses arguments. En 389, Symmaque fut exilé par Théodose, pour s’être osbtiné à réclamer de nouveau le rétablissement de l’autel de la Victoire. Mais il rentra presque aussitôt en grâce. Il survécut plusieurs années à Théodose; et les fils de Théodose , Arcadius et Honorius , ne furent pas moins bienveillants que leur père pour ce païen entêté, mais plein de probité et de talents. Symmaque resta atix affaires jusqu’à la fin de sa vie; mais il ne dut pas la prolonger i)ien loin au delà de l’an 400.
L’affection de Symmaque pour la religion de ses pères ne le rendit point persécuteur. Le pape Damase prit sa défense, quand on l’accusa d’avoir sévi contre les chrétiens, à l’occasion d’une enquête sur certains dégâts causés par la malveillance aux murailles de Rome. Plusieurs chrétiens, et des plus illustres, étaient les amis de Symmaque. Saint Ambroise et PiTidence, qui ont écrit contre lui, ne contestent pas ses vertus, et ils portent aux nues son génie. Symmaque, dans le commerce ordinaire de la vie, était la tolérance même. Sa requête pour le paganisme témoigne aussi, en plus d’un passage, de l’élévation de son âme. On dirait que Thémistius n’a pas été étranger à la rédaction de cet éloquent écrit. Symmaque reproduit presque textuellement le fameux argument de Thémistius sur la liberté des cultes. « Nous contemplons, s’écrie-t-il, les mêmes astres; im même ciel nous environne , et nous adorons tous le même Dieu ; qu’importent les chemins divers que nous prenons, en cherchant à le bien connaître? c’est à lui que tous aboutissent. »