CHAPITRE XLV
Synimaqne écrivain.
Symmaque n’est pas un grand écrivain. Il est tout ce qu’il pouvait être dans un pareil siècle, k savoir un écrivain de beaucoup d’imagination et d’esprit. Ses contemporains le comparaient à Cicéron; et peut-être lui décernaient-ils la palme. Ce n’est ni k Cicéron, certes, qu’il le faut comparer, ni même k Quintilien ou k Pline le Jeune. Mais on n’a pas de peine k comprendre que Prudence, Ausone et tant d’autres, se soient laissés aller k une illusion plus que pardonnable. Symmaque est un soleil, au prix de tous les prosateurs qui avaient paru depuis le siècle des Antonins, ou plutôt depuis le temps des Flaviens. Il a des qualités véritables, et qui ne sont pas d’un ordre vulgaire. Il étreint fortement la pensée, et il sait la rendre en peu de mots. Il a des mouvements vifs et soudains, des images justes et brillantes, des expressions saisissantes et pittoresques. Sa diction est assez pure, et elle se sent infiniment peu de la barbarie régnante. Mais n’est-ce pas beaucoup dire que d’avancer , comme fait Daunou, que le style de Symmaque est quelquefois plus naturel que celui de Pline le Jeune ? Ce qui est vrai, c’est que Symmaque ne cherche pas, autant que Pline, k faire partout et toujours montre d’esprit; que sa chaleur n’a jamais rien de factice, et que l’;iccent de la persuasion est sur ses lèvres. Mais il tombe aussi, de temps en temps, dans le maniéré et dans. la fausse élégance. Il a de plus des défauts graves , dont Pline est exempt. Sa concision dégénère en obscurité; il affecte les tours et les termes poétiques; il se répète fréquemment, et il déguise mal la tautologie, par la variété des mots et par l’accumulation des synonymes. Ce qui reste de ces écrits est, malgré tout , un monument précieux k plus d’un égard ; et Daunou a bien raison de dire que les' Lettres de Symmaque sont fort susceptibles d’être rendues avec élégance et lues avec intérêt dans notre langue.
Dlacoam de üyiuniaqne.
Les discours de Symmaque ont péri. Nous n’avons ni son éloge de Maxime, ni son éloge de Théodose, ni son dis-
^ cours sur Vettius Agorius, ni aucune de ses harangues, à l’exception de quelques passages plus ou moins importants. Ce n’est pas d’après ces débris qu’on peut juger de l'éloquence de Symmaque. La plupart des auteurs qui parlent de cette éloquence se bornent k dire ou qu’elle était merveilleuse, ou qu’elle était très- vantée, ou même que Symmaque avait laissé un grand nombre de bons discours. Macrobe nous dit quelque chose de plus clair et de plus topique que ces vagues banalités. Voici comment parle un de^ interlocuteurs de son livre ; « Il y a quatre sortes d’éloquence ; l’abondante, où Cicéron domine; la brève, où règne Salluste; la sèche, qu’on attribue à Fronton; l’éloquence grasse et fleurie, où excella jadis Plinius Sécundus., et où excelle aujourd’hui notre ami Symmaque, l’égal de tous les anciens*. » Ainsi les discours de Symmaque rappelaient ceux de Pline le Jeune, mais sans doute le Panégyrique de Trajan, beaucoup plus encore que les Plaidoyers.
■.ettrcn de Mjraniaque.
Nous avons du moins le recueil des lettres de Symmaque, que son fils recueillit, et qu’il distribua en dix livres. C’est dans les Lettres qu’il est permis de se faire une juste idée du caractère de l’homme , des talents de l’écrivain , et même de l’éloquence de celui qui fut le dernier orateur de Rome païenne. Quelques-unes ne sont que d’insignifiants billets ; mais , quand ces billets s’adressent k un Constance , k un Théodose, à un Ausone, k un saint Ambroise, ils ont encore leur intérêt et leur importance. Il y en a qui* sont des pièces considérables. Ainsi l’adresse ou le rapport, comme on voudra, sur la restauration de l’ancien culte. Ce qui respire partout, dans les Lettres, c’est une sorte de parfum d’urbanité et de vertu. On y sent, comme dit Daunou, une âme douce et bienveillante, un esprit exercé k la fois par les études littéraires et par l’habitude des aflaires publiques. Il n’est ' pas difficile d’y trouver des choses d’une réelle beauté, et qui seraient dignes d’être transcrites. Je me bornerai à ce