CHAPITRE LXV
passage où Symmaque explique, avec ses préjugés païens,» les causes de la famine, et où ses préjugés mêmes animent sa verve et donnent à sa voix une force plus retentissante. Saint Ambroise n’aura pas de peine à montrer l’absurdité de l’argument ; mais il ne s’agit ici que du talent de Symmaque et de son style ;
« La loi de nos pères avait honoré les vierges de Vesta et les ministres des dieux, d’un revenu modeste et de justes privilèges. Cette institution subsista dans son intégrité jusqu’à l’époque où des spéculateurs dégénérés firent servir au salaire de vils portefaix les aliments de la chasteté sacrée. Cette mesure fut suivie d’une famine publique , et la moisson souffrante trompa l’espérance de toutes les provinces.
Il n’y a pas là de la faute des terres. Nous n’imputons rien aux astres. Ce n’est pas la rouille qui a nui aux blés; ce ne sont pas les mauvaises herbes qui ont étouffé le bon grain.
Un sacrilège a fait la sécheresse de l’année. Il fallait bien que ce qu’on refusait à l’entretien du culte pérît pour tous. Oui, s’il existe quelque exemple d’un tel fléau, imputons une famine si grande aux vicissitudes des années. Oui, alors < c’est l’influence pernicieuse des airs qui a causé cette stérilité. On conserve sa vie à l’aide des arbres des bois; et la disette du peuple des campagnes a recouru de nouveau aux chênes de Dodone. Les provinces ont-elles eu à souffrir rien de pareil, alors qu’un honneur public nourrissait les ministres du culte ? Quand le chêne fut-il secoué pour l’usage des hommes? Quand arracha-t-on les racines des herbes? Quand arriva-t-il que ce qui manquait à une contrée ne trouvât pas son supplément dans la fécondité d’une autre, alors que la récolte était commune au peuple et aux vierges sacrées? En effet, l’entretien des ministres du culte assurait les productions de la terre, et était un remède plutôt qu’une lai^esse. Peut-on douter que ce qne vient de réclamer aujourd’hui la disette universelle n’ait toujours été donné dans l’intérêt de l’universelle abondance ' ? »
t. Symmaque, Lettres, livre X, lellre 54.
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Maerobe.
Aurélius Macrobius Ambrosius Théodosius, contemporain de Symmaque et son ami, fut aussi un honlme public; le code Théodosien fait même mention de Ini à plusieurs reprises. Mais sa vie est à peu près inconnue. On ne sait ni la date de sa naissance, ni celle de sa mort, ni même le pays où il est né. Il suffit presque de jeter les yeux sur ses ouvrages, pour s’apercevoir qu’il n’était pas chrétien. Macrobe était toutefois j)lutôt un philosophe qu’un païen à la manière de Symmaque. On peut même le ranger parmi les adeptes de la doctrine néo-platonicienne. Nous avons de lui plusieurs ouvrages. Mais c’est bien moins pour ce qu’il a écrit que pour ce qu’il a sauvé de la destruction, que la postérité lui doit son estime et sa reconnaissance. Gomme écrivain, Macrobe n’atteint guère qu’à une honnête médiocrité. Il n’a ni la verve de Symmaque, ni la gravité d’Ammien Marcellin. Il manque presque d’esprit, et son goût n’est pas irréprochable. Son style a tous les défauts du temps ; et, quoi qu’en disent quelques critiques, Macrobe ne mérite d’être lu que parce qu’il cesse à chaque instant d’être Macrobe, et parce qu’il cite autant qu’il disserte. Nous avons mis plus d’une fois à contribution son savoir. On se souvient, par exemple, du récit de la lutte de Labérius et de Syrus. Les Saturnales , d’où nous l’avons tiré, sont un ouvrage presque aussi précieux que le recueil d’Aulu-Gelle, bien que Macrobe n’ait fait quelquefois que mettre dans un autre ordre les matériaux amassés par Aulu-GeUe lui-même, ou que traduire des passages de Plutarque. Macrobe a eu d’ailleurs plus d’ambition littéraire que l’auteur des Nuits attiqucs. Il a rédigé sa compilation sous forme de dialogues. Il y en a sept, autrement dit sept livres, répondant aux sept jours des fêtes de Saturne. Macrobe raconte ou suppose une série de conversations savantes, ou, si l’on veut, pédantes, auxquelles prennent part les individus les plus distingués du temps, notamment Symmaque et un frère de Symmaque. Ne cherchez ici ni l’art de Cicéron, ni même celui de Varron. Macrobe est un pauvre dialogiste : j’aime-