‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 388 sur 397 · CHAPITRE XLVI. — LES DERNIERS POÈTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI. — LES DERNIERS POÈTES

sait de ses talents un homme qui devait surtout de bons exemples à la jeunesse, un maître de grammaire et d’éloquence! Les poésies originales d’Ausone sont assez chastes ; mais on ne les lit guère, et, franchement, elles ne méritent pas d’être lues. Il y a pourtant quelques épigrammes passables. L’interminable poème descriptif intitulé la Moselle pourrait fournir quelques morceaux assez brillants à une anthologie. Du reste, ni inspiration ni naturel ; de l’esprit qui n’est que de l’esprit; une versification dure et incorrecte; une diction souvent barbare. Ce professeur de belles-lettres n’a rien de commun avec la littérature classique. Il est complètement de son siècle. Aussi bien son siècle le récompensa largement de ses défauts. Bordeaux, qui était sa patrie, le chargea d’enseigner dans ses écoles fameuses ; il devint le précepteur du fils de Valentinien ; et Gratien, son élève, lui conféra la dignité de consul pour les Gaules. 11 vécut riche et honoré, et il prolongea sa vie jusqu’à un grand âge. Il était né vers l’an 310, et il mourut vers l’an 394.

Claudlen et Ratiliaa.

Arrêtons-nous un instant en face des deux survivants • véritables delà postérité de Virgile et d’Horace. Ils sont bien * dégénérés de leurs pères : qui en doute? mais on voit encore, à plus d’un trait, qu’ils sont de noble famille Claudien est plein d’imagination ; Rutillius pétillé d’esprit. Celui-là écrit avec force, et revêt quelquefois sa pensée d’expressions frappantes et d’images heureuses : celui-ci écrit avec élégance, et dessine légèrement des esquisses agréables. L’un a le ton solennel et grave : la voix de l’autre a quelque chose d’argentin, qui pique et réveille. Claudien est l’éloquence : Rutilius l’est aussi quelquefois ; il est, de plus , la finesse et la grâce. Je viens de dire le bien : il faut dire le mal aussi, et ce n’est point, hélas! la part la moindre. Rutilius bavarde assez souvent sans trop de raison, et ce qu’il dit n’en valait pas toujours la peine. Bien qu’il s’efforce de suivre les bons modèles, il est de son temps plus qu’il ne veut ; et plus d’un tour forcé ou obscur, plus d’un terme impropre ou bizarre, témoignent qu’il n’avait pas vécu à la cour d’Auguste.

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