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CHAPITRE XLVI

sité du vide, et qui soumet, non à une providence, mais au hasard , les corps sans cesse renaissants ; la doctrine selon laquelle ou il n’y a pas de dieux, ou il n’y a que des dieux qui ne s’occupent pas de nous. Le châtiment de Rufin est venu un jour dissiper ce trouble et absoudre les dieux. Que des hommes injustes montent encore au faîte des honneurs, je ne me plains plus : ils ne s’élèvent si haut que pour tomber d’une plus lourde chute. »

La satire contre Eutrope a deux livres aussi , et elle pourrait être réduite sans trop de perte, comme la satire contre Rufin, à quelques tirades plus ou moins brillantes. En attaquant Rufin et Eutrope, Glaudien cherchait surtout à plaire à Stilicon. Ce sont des ennemis de Stilicon, comme le remarque M. V. Le Clerc, 'qu’il veut couvrir d’opprobre, bien plus peut-être que des ministres vicieux et inhabiles. Stilicon était son héros, R a écrit VÉloge de Stilicon, poème héroïque en trois livres, presque aussi étendu, à lui seul, que les deux invectives. C’est à la gloire de Stilicon que sont consacrés aussi les deux poèmes de la Guerre de Gildon et de la Guerre gétique. Et Claudien ne s’en tint pas k ces panégyriques directs : »; Toutes les fois, dit M. V. Le Clerc, qu’il fait l’éloge d’Honorius, et il y revient très-souvent, il n’oublie jamais d’y joindre celui de Stilicon, qu’il ose préférer même à Théodose. » Il n’y a pas beaucoup à admirer dans toutes les épopées de Claudien en l’honneur du fameux Vandale : quant aux autres panégyriques du poète, quels qu’en soient les sujets, ils sont parfaitement insipides.

Le chef-d’œuvre de Claudien est VEnlèvenient de Proserpine, épopée mythologique dont il nous reste trois livres, le dernier incomplet, mais qui a dû en avoir un plus grand nombre. C’est son chef-d’œuvre, parce que là il ne s’agissait que de versification. Une foule de poètes, depuis l’auteur de YHymne à Çérès, avaient chanté les amours de Pluton et les courses errrantes de la mère de Proserpine. Claudien n’avait qu’à choisir parmi les inventions du génie grec : il faut dire à sa louange qu’il dispose avec un art ingénieux ces richesses empruntées au trésor poétique des anciens âges.

Digitizea oy

La Gigantomachie, dont nous n’avons qu’un fragment, devait être aussi une brillante amplification sur les thèmes mythologiques fournis par la Grèce. Je dois dire pourtant que je préfère, à toutes ces fleurs poétiques d’emprunt, quelques-unes des petites pièces, épîtres, idylles ou épigrammes, qui sont à la suite des grands poèmes. Il y en a' qui mériteraient d’être citées ici, et notamment les distiques élégiaques sur le vieillard de Vérone, agréable et harmonieux écho du Virgile des Géorgiques.

vie de natlllaii.

Claudien n’avait été, ce semble, qu’un homme de lettres ; la poésie avait été toute son occupation et toute sa vie. Rutilius fut un homme d’Êtat : la littérature n’était que sa récréation, et c’est l’occasion qui le fit poète. Il ne comptait guère sans doute sur ses vers pour vivre dans la postérité ; mais qui s’inquiète aujourd’hui des grandes charges qu’il a remplies ? On ne le connaît que parce qu’il s’est avisé un jour de raconter ses impressions de voyage. Nous ne savons pas si les contemporains eurent pour son talent une adnûration bien vive, ni même s’il daigna leur faire part, de son vivant, des piquants récits qu’il n’avait rédigés peut-être qu’à l’usage de quelques amis intimes. Il pouvait se passer des applaudissements populaires, grâce aux faveurs dont le comblait Honorius. Il fut maître des offices, et préfet de Rome. Quelques-uns croient même qu’il s’éleva plus haut encore, et qu’il fut revêtu de la dignité consulaire. Il n’était né ni à Rome ni en Italie. Peu importe qu’il soit né à Poitiers, comme le veulent quelques-uns, ou à Toulouse, comme le prétendent quelques autres : il était Gaulois. Il se nommait Rutilius Numatianus, ou plutôt Namatianus : c’est ainsi oue l’écrit M. Gollombet, son éditeur et son traducteur. Nous connaissons l’époque où il florissait, et même la date fort approximative de son ouvrage ; mais on ne sait rien de précis sur la date de sa naissance, et celle de sa mort n’est pas moins incertaine.

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