CHAPITRE V
histoire romaine, depuis les temps les plus reculés jusqu’au delà des deux premières guerres Puniques, et presque jusqu’à la troisième. Nul doute qu’il n’y eût fondu en entier, et sans beaucoup de changements , sa relation de la guerre d’Espagne. Il racontait longuement et en détail les événements dont il avait été le témoin ou l’acteur; il rapportait même textuellement la plupart des harangues qu’il avait prononcées : c’est dans les Origines qu’on lisait ce discours pour les Rhodiens, qu’Aulu-Gelle défend contre les critiques outrées de Tullius Tiron, et dont il nous a conservé d’assez nombreux fragments. Caton historien était toujours Caton. Son ouvrage ne ressemblait à aucun autre. Ce que Caton faisait paraître , c’était surtout Rome et la majesté du peuple romain. Les hommes ne figuraient, la plupart du temps, qu’anonymes, et avec leur simple titre. C’était le consul, le dictateur, le chef de la cavalerie; c’était la république personnifiée, et non point Marcellus, ni Fabius, ni Scipion, ni Caton même. L’historien avait suivi cette méthode, particulièrement dans le récit des guerres Puniques et des faits contemporains. Il y dérogeait probablement toutes les fois que la clarté l’exigeait: nous savons aussi qu’jl nommait, et qu’il faisait mieux que nommer, les personnes, quand il y avait à louer un trait de véritable héroïsme. Il ne tint pas à lui que la renommée de Quintus Céditius n’égalât celle de Léonidas. Céditius, tribun des soldats, à la tête de quatre cents hommes, s’était dévoué à une mort qui paraissait certaine, et il avait sauvé ainsi une armée en Sicile, durant la première guerre Punique. Aulu-Gelle analyse et cite l’admirable récit de Caton. Il y a des traits 'sublimes. Ainsi les paroles du tribun au consul, avant le départ : « Je donne ma vie à toi et à la république. » Ainsi ces simples mots de l’historien : « Le tribun et les quatre cents partent pour mourir. » Caton, après avoir conté comment tous avaient péri, sauf le tribun , qui survécut à ses blessures, terminait par ces réfiexions sages et sensées : « La gloire d’une belle action dépend beaucoup de l’endroit où elle se passe. Le Lacédémonien Léonidas est loué, qui fit chose semblable aux Thermopyles. La Grèce entière , lière de ses vertus , a
CATON; ENNIÜS. 67
immortalisé le souvenir de ce dévouement glorieux, par des monuments, des figures, des statues, des éloges, des histoires; par tous les moyens enfin dont elle pouvait témoigner sa reconnaissance. Mais le tribun des soldats n’eut en partage qu’une faible gloire ; pourtant il n’avait pas moins fait, et il avait sauvé la république. »
Cst«n aa;>'*>Bome ; Mon Traité d'AgrlcnHure.
Le seul des ouvrages de Caton qui soit parvenu jusqu’à nous, c’est son traité d’agriculture, intitulé de la Chose rustique. C’est un écrit précieux à bien des égards, et où l’on trouve mieux encore que des préceptes sur le labour, les semailles et la récolte. Les historiens et les économistes y ont puisé de vives lumières pour éclairer certaines questions difficiles et obscures. Nous allons y chercher Caton lui-même ; et nous noterons plus d’un trait qui servira à compléter le caractère de l’homme et de l’écrivain.
Disons d’abord que ce livre n’est pas un livre dans la stricte acception du terme. Les cent soixante-deux chapitres ou paragraphes, en tête desquels est écrit le titre, ont tous rapport, de près ou de loin, à la culture des champs et à l’économie rurale ; mais ils se suivent au hasard, peu s’en faut, sans transition aucune, sans aucun lien visible. Ainsi, après le chapitre sur les teiTains qui conviennent à la plantation des saussaies , vient le chapitre où il s’agit des instruments de labour. Ain.si le chapitre sur l’hygiène des bœufs précède immédiatement le chapitre sur la fabrication de la piquette. Ainsi les trois derniers chapitres sont: 160, Charme contre les luxations; 161, Manière de cultiver les asperges; 162, Salage des jambons: fricandeaux de Pouzzoles. Les phrases qui , composent chacun des paragraphes ou chapitres ne sont pas jetées avec beaucoup plus d’art; ou plutôt l’auteur n’a pas pris d’autre soin que de rapprocher les unes des .autres les prescriptions relatives à un même objet. Il est évident que Caton s’est borné à consigner par écrit chacune de ses recettes, à mesure que l’occasion s’en présentait, et sans aucun plan conçu à l’avance. Cependant les cinq ou six premiers chapitres semblent à leur place. Ce »