‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 46 sur 397 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Comédies d'Enalas.

On sait que les comédies de Térence ne sont pas purement et simplement traduites des originaux de Ménandre ou d’autres. Le poète latin réduisait deux pièces grecques en une ; ou plutôt il allongeait et compliquait la pièce traduite ou imitée, en y introduisant des scènes et des caractères empruntés à quelque autre comédie. Ses ennemis lui reprochaient de gâter ainsi ses modèles. A ce reproche Térence répond qu’il en use, avec les Grecs, comme ses devanciers; et, parmi les poètes comiques dont il se glorifie de suivre les exemples, il nomme Ennius à coté de Névius et de Plaute. Ce témoignage semble prouver que les travaux d’Ennius, comme écrivain comique , étaient loin d’être méprisables , et qu’il avait fait plus d’elforts pour réussir dans la comédie que dans la tragédie même. Mais Ennius ne fut jamais compté, par les Romains, au nombre des comiques célèbres. Volcatius Sédigitus, dans ses vers sur les poètes comiques de Rome , ne parle d’Ennius que par manière d’acquit. Il le nomme le dixième et dernier , et, suivant sa propre expression , par respect pour l’antiquité. Il serait téméraire de vouloir dire ce qui manquait à l’esprit d’Ennius , pour que ses copies des chefs-d’œuvre comiques fussent elles-mêmes reçues comme des chefs-d’œuvre. J’affirmerai pourtant que ce qui lui faisait défaut , ce n’était pas seulement cette grâce dont fut doué Térence , mais bien aussi la verve comique et l’entrain de Plaute et de Névius. Il y a, malgré tout, tel passage des comédies d’Ennius qui n’est pas sans valeur, et où se montrent quelques-unes des qualités de style qu’exige surtout le genre comique. Ainsi l’agréable tableau, cité par Isidore de Séville , où l’on voit une coquette doublant et triplant le nombre des manèges que faisait à la fois la coquette de Névius.

üatlre* d’KniiIiis.

Quelques Romains attribuaient à Ennius l’invention de la satire. Nous avons vu que la satire existait , à Rome , bien longtemps avant qu’Ennius vînt de Rudies. Mais Ennius lui donna un caractère partir-Uer, une forme savante et mieux

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déterminée. Il mérite donc,' jusqu’à un certain point, ce renom d’inventeur qu’en un sens on doit lui dénier. La satire d’Ennius était proprement la sature , le pot-pourri poétique, le plat composé de mets divers, dont j’ai parlé ailleurs. Le poète se servait tantôt do mètre saturnien, tantôt des mètres ïambiques. A la suite d’un morceau écrit en vers senaires, il y en avait un écrit en vers d’une autre espèce , que suivait à son tour un morceau différent; et ainsi jusqu’au bout de chaque poème. Mais l’hexamètre ni le pentamètre n’y figuraient jamais. Un certain Diomède, grammairien, semble dire que la satire d’Ennius différait , par le fond , de la satire de Lucilius, d’Horace et de Perse. Nous avons, peu s’en faut, la preuve du contraire, dans ce qui reste des satires d’Ennius. Admettons qu’Ennius se soit interdit absolument toute médisance, toute diffamation, toute désignation de personnes : un fait incontestable, c’est qu’il attaquait, et avec nne grande énergie, les ridicules et les vices. Yoyez, par exemple , comme il nous peint le parasite se préparant à sa besogne, puis s’élançant comme un loup sur la proie, et l’amphitryon du festin le regardant faire, non sans quelques regrets pour ses bons plats. Ennius avait si bien la prétention d’instruire ou de corriger les hommes, qu’il se faisait dire par un interlocuteur, au troisième livre de ses Satires: « Salut, poète Ennius , toi qui lances aux mortels tes vers enflammés jusque dans la moelle de leurs os. » Toute l’innovation de Lucilius, ce fut l’appropriation du vers héroïque à la satire, et surtout cet audacieux mépris des convenances sociales que nul poète satirique n’affecta jamais à un plus haut degré que lui.

Le* Annale*.

U ne tenait qu’à Ennius d’employer le vers héroïque à la satire ou à tout autre sujet : non-seulement il a importé à Rome ce rhythme admirable , mais il s’y est exercé avec un grand succès ; et c’est par là surtout qu’il a bien mérité des lettres latines. Peut-être aurait-il cru abaisser la dignité du vers d’Homère et d’Hésiode, en l’appliquant à l’expression de pensées et de sentiments terre à terre. Il le réserva pour

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