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CHAPITRE VI

PLAUTE

Vie de Plaute. — Authenticité des comédies de Plaute. — Jugement des anciens sur Plaute. — Poésie de Plaute. — Immoralité de Plaute. — Reproches littéraires. — Catalogue des comédies de Plaute. — Originalité dramatique de Plaute. — Prologues des comédies de Plaute.

vie de Plaute.

Les mésaventures de Névius, d’abord emprisonné, puis exilé, pour avoir médit de quelques hommes puissants, prouvent que l’aristocratie romaine n’avait pas un vif désir de voir naître des Eupolis, des Cratinus et des Aristophanes. Les poètes comiques se le tinrent pour dit, et le théâtre latin ignora désormais la politique contemporaine, faits et personnages, ou du moins ne hasarda plus que d’obscures et timides allusions. Réduire la comédie aux tableaux de mœurs, à la peinture des vices et des ridicules, ce n’est pas l’anéantir. On l’avait bien vu à Athènes ; on le vit aussi à Rome. Névius h peine mort, Rome avait déjà un autre comique, le plus grand des tfomiques latins, un poète plus parfait et plus original peut-être que Névius même. On a nonuné Plaute, cet homme de tant de verve, cet écrivain d’un si bon style, l’heureux auteur de tant de comédies justement fameuses.

Marcus Accius Plautus naquit à Sarsine, village de l’Ombrie, en l’an 227 sejon les uns, ou, selon quelques autres, en l’an 224 avant notre ère. Il est impossible d’établir la date d’une manière fbse et absolue. Piaule vint à Rome de très-bonne heure. On va jusqu’à prétendre qu’il avait fait représenter sa première pièce dès l’âge de dix-sept ans, et même que cette pièce était les Ménechmes, une des plus jolies du recueil de ses œuvres, à coup sûr une des plus gaies. Ainsi les débuts du poète, et plusieurs sans doute de ses triomphes, seraient antérieurs et au départ de Névius, et à

PLAUTE

l’arrivée d’Ennius ; et Plaute pourrait compter, à la rigueur, pour un des devanciers du protégé de Caton, encore qu’Ennius fût l’aîné de Plaute d’un assez grand nombre d’années.

Plaute fit, dit-on, ime fortune considérable avec ses ouvrages ; mais il la dissipa en profusions, pour augmenter la magnificence des spectacles où figuraient ses comédies; et des entreprises de commerce mal conduites, ou peu favorisées du hasard, le réduisirent au plus complet dénûment. Il lui fallut, pour pouvoir vivre, non-seulement recourir aux travaux manuels, mais à ceux même qui étaient la plus dure part des tâches serviles : ainsi on le vit tourner la roue dans un moulin. Heureusement pour lui, son talent survécut à ces désastres. Les comédies qu’il avait écrites durant son esclavage plus ou moins volontaire, lui rendirent bientôt quelque aisance ; de nouveaux succès accrurent sa réputation, et réparèrent presque tous les maux que Plaute n’avait dus qu’à sa vanité ou à son imprévoyance.

Plaute mourut en 184. Cette date est parfaitement sûre. Il n’avait donc que quarante ans à sa mort, ou tout au plus quarante-trois. Cicéron, dans le dialogue de la Vieillesse, semble pourtant donner à entendre que Plaute parvint k un assez grand âge ; mais l’indication est d’un tel vague, qu’on n’en peut rien conclure, sinon que la date de la naissance du poète devrait être reculée plus haut que même l’an 227. La date de ses débuts n’aurait donc plus rien d’extraordinaire. Plaute, vers le milieu de la deuxième guerre Punique, aurait été déjà homme fait, et les Ménechmes ne seraient plus l’ouvrage d’un enfant à peine né. Au reste, il nous importe assez peu que Plaute ait vécu quelques années de plus ou de moins ; qu’il soit mort dans toute la force de l’âge, ou qu’il ait été un jour compté parmi les vieillards.

Autlientlcltc den ooniédicit de Plaute.

« J’ai entendu faire à des hommes fort lettrés, dit Aulu- Gelle, une réflexion bien juste : c’est que, pour résoudre les doutes qui se sont élevés sur l’authenticité de certaines pièces de Plaute, il ne faut point s’en rapporter aux catalogues d’Élius, de Sédigitus, de Claudius, d’Aurélius, d’Attius, de

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