‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 51 sur 397 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Manilius, mais interroger Plaute lui-même, et consulter les caractères de son esprit et de son style. C’est la règle de critique dont Varron s’est précisément servi à ce sujet. En effet, outre ces vingt et une comédies qu’on nomme varroniennes, et que Varron a distinguées et mises à part comme étant certainement de Plaute, et du consentement de tout le monde, il y en a d’autres qu’il signale pour le tour des expressions et des plaisanteries, et qui lui semblent offrir de frappantes analogies avec la manière de Plaute. Aussi les juge-t-il dignes de lui être attribuées, bien qu’elles fussent mises sous d’autres noms; comme, par exemple, celle que nous lisions ces jours passés, intitulée la Béotienne. Cette pièce n’est pas dans la liste des vingt et une, et on l’attribue d’ordinaire à Aquibus. Mais Varron n’hésite point à la revendiquer pour Plaute ; gt quiconque a fait de Plaute une lecture un peu habituelle, partagera cette conviction, ne connût-il de la pièce que ces seuls vers, qui me sont restés dans la mémoire, et que je vais transcrire; car ils sont vraiment plautinissimes, pour parler à la façon de l’auteur même. C’est un parasite affamé qui parle.

« Que les dieux confondent celui qui inventa les heures, « et qui le premier établit ici un cadran solaire 1 A quoi c bon me couper ainsi le jour en morceaux, dont j’enrage? < Dans mon enfance, le ventre était un cadran bien meilleur « et bien plus juste que ceux-là : jamais il ne manqpiait c de m’avertir de manger; et jamais il n’avait tort, sinon « dans le cas de disette. Mais aujourd’hui, lors même qu’il y « a de quoi, il reste vide, à moins que le soleil ne donne son « aveu. Aussi bien la ville est-elle toute garnie de cadrans; « et partout on ne voit que des gens qui se traînent mourant « d’inanition. »

« Notre ami Favorinus exprima une opinion analogue, un jour que je lisais la Nervolaire de Plaute, pièce rangée parmi les douteuses. En entendant ce vers : « Femmes de rebut, « courtisanes éclopées, misérables épileuses, sales coqui- « nés, » il fut charmé de ces vieilles et comiques expressions, qui marquent si bien les vices et les travers des prostituées ; et ce seul vers, selon lui, suffisait pour prouver que

PLAUTE

la pièce était de Plaute. Moi-méme, en lisant naguère le Détroit, une des comédies contestées, je ne pus m’empêcher de la reconnaître pour un des ouvrages de Plaute, et même un des plus authentiques. En voici deux vers, que j’ai transcrits dans mes recherches sur l’orade cornu : « C’est tout « juste comme l’oracle cornu des grands Jeux. Si je ne le fais « pas, je suis mort; si je le fais, je suis battu. »

« Marcus Varron, dans son premier livre des Comédies de Plaute, cite ce passage d’Attius ; « Ni les Jumeaux, « ni les Lions , ni la Bague, ni la Vieille ne sont de Plaute ; € et pas davantage le Double viol, ni la Béotienne, ni le « Campagnard non plus, ni les Associés de mort. Ces co- « médies sont d’Aquilius. » On voit, dans le même livre de Varron , qu’il y eut aussi un poète comique du nom de Plautius, et que le mot Plauti, écrit sur les titres de ses pièces, les fit prendre pour des ouvrages de Plaute.... U y a cent trente comédies environ qui courent sous le nom de Plaute. Mais le savant L. Élius pense que vingt-cinq seulement sont de lui. Il est très-probable que beaucoup des pièces dont l’authenticité est douteuse, et qui portent le nom de Plaute, sont de quelques poètes plus anciens, mais que Plaute les a revues et retouchées. Voilà comment elles rappellent la manière de Plaute. Quant au Satyrion, à Y Insolvable, et une troisième dont le nom m’échappe, Plaute les composa au moulin, si l’on en croit Varron et d’autres témoignages*. B

Il ne reste, de toutes les comédies contestées, que des fragments plus ou moins courts et insignifiants. Mais nous possédons presque toutes celles qu’on nommait varroniennes. Il n’en manque qu’une seule, celle qui était intitulée Vidularia. Encore paraît-elle avoir existé dans un manuscrit, jusqu’à l’époque de la Renaissance. Les vingt pièces imprimées ne sont pas toutes dans un état complet d’intégrité. Nous n’avons pas la fin de VAuluiaire, ni le prologue des Bacchis; il manque des scènes entières dans le Marchand, et dans d’autres pièces. Les copistes eux-mêmes,

L Aulu-Gelle, Nuiu attique*,Vi.Ttt\\\, chapitre tu.

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