‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 6 sur 397 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ture, de la guerre ou du commerce, ne sont pas de ceux qui s’introduisent à un certain jour, ou que les nations se résignent à échanger contre d’autres, même plus caractéristiques ou plus élégants. Il serait un peu plus qu’étrange que les noms de père, de mère et de fils ‘ ne fussent devenus ce qu’ils sont dans la langue latine, que plusieurs siècles après Romulus. A qui fera-t-on croire que les Romains aient eu besoin d’apprendre des Grecs d’Italie ou de Grèce , à désigner la charrue, le labourage, une terre en culture, un rat, une pomme, un pourceau*, etc.; à se servir de telle ou telle proposition, de presque tous les noms de nombre, des pronoms personnels et possessifs, et de tous ces signes de la pensée dont aucun idiome ne fut jamais dépourvu? C’est donc un fait acquis à l’histoire, et indépendamment de toutes les traditions recueillies par les écrivains antiques, que le Latium reçut, à une époque dont la date ne saurait être fixée, des populations congénères de celles qui occupaient la Grèce ; et il n’est guère douteux que ces immigrations helléniques ne se soient plus d’une fois répétées. Par conséquent, la race la plus admirablement douée, la race intelligente entre toutes, a eu aussi le privilège de fournir les principaux rudiments de ce qui devait être un jour le peuple romain. La langue que parlaient les Latins primitifs semble avoir eu la plus étroite parenté avec les dialectes archaïques du grec, et particulièrement avec le dialecte éolien ; parenté dont les traces manifestes subsistent encore dans certaines formes et dans certaines terminaisons des mots de la langue latine.

Mais ces populations helléniques, ou du moins sorties de la même race que les Hellènes, ne possédaient pas seules le Latium entier. Elles avaient , dans leur voisinage , des nations puissantes, telles que les Sabins, les Osques, les Étrusques , qui n’avaient rien de commun avec la Grèce ,

ou, si l’on veut, dont les idiomes avaient perdu, avec le «

< . Père : gr. nartfjp, lat. mère, gr. /jLvirr,p ou p^irvip, lat. mater; fils:

gr. ulôf, lat. yîlius (la leltre /’du latin représenle l’aspiration du grec).

2. Charrue : gr. cé.porpo-J, lat. aratrum; labourer : gr. àpou, lat. aro; champ : à’/pof, àr/paO, lat. ager, agri. Ces exemples suffisent.

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LANGUE DES ROMAINS

temps, tout ce qu’ils avaient apporté peut-être de la grande source commune. La langue grecque , tout en conservant ses caractères fondamentaux , dut s’altérer promptement dans un pays si mêlé, et où se remuaient à la fois toutes les civilisations et toutes les barbaries. Ce serait une bien vaine entreprise que de chercher à déterminer pour combien de parties entrèrent , dans la fusion d’où sortit le latin , tels et tels éléments autres que l’élément hellénique. Ce qui est certain , c’est que les Sabins durent contribuer pour la plus forte part, puisqu’ils se confondirent en un seul peuple avec les Romains, dès le jour presque de la fondation de Rome. Les Osques aussi durent fournir beaucoup, caries inscriptions osques s’expliquent à peu près , h l’aide des analogies qu’on aperçoit entre les mots osques et certains mots latins. On sait d’ailleurs que les Romains faisaient représenter à Rome des jeux scéniques osques, et dans la langue osque, et que cet usage se maintint pendant des siècles. Il fallait bien que les spectateurs y comprissent quelque chose, pour y trouver un suffisant plaisir. Quant aux Étrusques , et surtout quant aux lieuples d’origine germaine ou celtique, avec lesquels les Romains eurent aussi affaire , tout ce qu’on peut dire , c’est qu’ils durent n’être pas sans influence sur leurs voisins. On sait, il est vrai, que tel mot latin, le mot histrio par exemple, est d’origine étrusque; mais la langue étrusque, malgré son alphabet grec, diffère absolument et du grec et du latin, puisque nul n’a pu jusqu’à présent déchiffrer une seule ligne de ce que les Étrusques nous ont laissé. Âu reste , il nous suffit que les Étrusques aient été les initiateurs religieux des Romains, et qu’ils leur aient enseigné quelques-uns de leurs arts, pour que nous soyons en droit d’affirmer qu’ils leur ont transmis une portion de leur vocabulaire, encore que les termes latins semblent n’avoir point leurs analogues dans ce qu’on a retrouvé déjà des monuments épigraphiques de cette mystérieuse nation.

■.ongiie enfance de la lanKue latine.

La langue grecque proprement dite , pure de tout alliage et de toutes scories , parlée par un peuple uniquement pas-

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