CHAPITRE VI
tirés de sa veine inépuisable. Il y a, dans quelques-unes, je ne sais quelle senteur qui ne permet guère de se méprendre sur la provenance. Quand on fait croire à Stratophane qu’il est père, et que son bis, à peine né, demandait des armes : « C’est bien mon sang, s’écrie-t-il ; je le reconnais à cette marque. Ce sera tout mon portrait. Est-il déjà grand? Provoque-t-il les l^ons au combat ‘? » Voilà du Plante tout pur, et de la plaisanterie assez plaisante. Plaute a excellé à peindre les femmes. Croit-on qu’il les ait toujours trouvées, chez ses poètes grecs, ou aussi scélérates ou aussi charmantes? Je ne sais pas ce qu’était Alcmène dans la comédie d’Épicharme, ou de l’auteur quelconque dont Plaute a imité Y Amphitryon; mais l’Alcmène latine a une noblesse à la fois bère et douce oü Rome et Plaute ont bien à revendiquer quelque chose. C’est la matrone romaine tempérée par l’amour; c’est un mélange gracieux de vertus et de sentiments tendres, dont Molière lui-même est bien loin de nous avoir donné l’équivalent. Voyez la scène où Amphitryon soupçonne sa üdélité ; et dites si cette Alcmène n’est pas une bile des Fabius ou des Scipions, une vraie sœur de Cornélie.
« Alcmène. Je le jure par l’empire du roi suprême, et par Junon, par cette mère de famille que je dois respecter et craindre par-dessus tout ; nul mortel, hormis toi , n’a touché mon corps de son corps, nul ne m’a jamais souillée. Amphitryon. Puisse-tu dire vrai! Alcm. Je dis la vérité ; mais à quoi bon , si tu ne veux pas croire ! Amph. Tu es femme ; tu jures hardiment. Alcm. Celle qui n’a point failli est en droit d’être hardie, et de parler avec conbance et orgueil. Amph. Tu n’en manques pas. Alcm. Comme il sied à une femme de bien. Amph. Oui, tu Tes en paroles 1 Almc. Si je suis dotée, ce n’est point, selon moi, de ce qu’on nomme ma dot : mes richesses, c’est la chasteté, la pudeur, la retenue, la crainte des dieux ; c’est mon amour pour mes parents ; c’est de bien vivre avec tous les miens, de t’être soumise, d’être bienfaisante aux bons et serviable aux gens de cœur. >
t. Piaule, Truculenius, Vers 493, 494.
PLAUTE
11 est vrai que Sosie , dans tout le cours de la scène , et même sur ceci, fait des réflexions burlesques et assez mal sonnantes; mais on conviendra aussi que Plaute sait parler, quand il lui plaît, un autre langage que celui de la farce, et qu’il ne fait pas grimacer toutes les figures.
Térence , dans le prologue des Adelphes, attribue à Plaute une des pièces contestées depuis par Attius et par Yarron, les Associés de mort. Il nous apprend que, dans la pièce originale , qui était de Diphile , on voyait im jeune homme enlevant une courtisane des mains d’un prosti> tueur, et que Plaute avait fait sa comédie sans se servir aucunement de ce prostitueur, ni de cette courtisane, ni de ce jeune homme. Ceci montre assez avec quelle liberté Plaute traitait ses modèles, et combien il lui en coûtait peu pour suppléer par d’autres inventions les choses qu’ü eût pu se borner à transporter dans ses domaines. Quoi qu’il en soit de l’authenticité des Associés de mort, on peut dire <>
que, si ce n’est pas Plaute qui a écrit cette comédie, il a dû en user d’ordinaire, avec les poètes qu’il imitait, comme en avait usé, avec Diphile, cet Aquilius pour qui la revendiquent Attius et Yarron.
ProIogaeH den «omédiea de Plante.
Les prologues des pièces de Plaute ne sont pas la portion la moins originale des œuvres du poète. Chaque prologue est une sorte d’introduction, destinée à exposer le sujet, à mettre le spectateur au fait de toutes les circonstances qu’il a besoin de connaître, et à solliciter son attention, sa justice et son indulgence. Je ne saurais dire tout ce que Plaute y déploie , en général, de verve bouffonne, d’adresse et d’esprit. Il connaît son public à fond ; il n’ignore rien surtout de ce qui peut captiver la partie bruyante de son auditoire. Dès les premiers mots, l’attention est saisie, une gaieté bienveillante circule dans tous les bancs, et la moitié du succès est déjà conquise. Il faudrait citer ici le prologue de l’Amphitryon, pour preuve de ce que j’avance.
C’est un morceau achevé en son genre, et que Boileau luimême n’hésitait pas à mettre au-dessus du dialogue de Mer-