‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 67 sur 397 · CHAPITRE VIÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIÏI

TÉREIVCE.

Comparaison de Térence avec tes devanciers. — Système dramatique de Térence. — Vie de Térence. — Les prétendus collaborateurs de Térence.— Comédies de Térence. — Caractère de la poésie de Térence. — Enthousiasme des Français pour Térence.

ConiparaiNOn de Tércuce avec «ex devanciers.

Térence n’a guère eu, chez les modernes, surtout chez les Français, que des admirateurs. Il en a même eu de trèsenthousiastes et de très-éloquents. C’était justice. Nul moins que moi n’est d’humeur à protester contre leurs éloges. Mais nous devons tenir compte, dans cette histoire, de certains faits qu’on peut sans danger passer ailleurs sous silence; et le lecteur est en droit d’exiger de nous quelques mots de réponse aux questions que soulèvent ces faits. Voici donc un problème à résoudre. Pourquoi le Romain Volcatius Sédigitus, dans sa liste versifiée, ne place-t-il Térence qu’au sixième rang, parmi les comiques latins? Pourquoi lui préfère-t-il Cécilius, Plaute, Névius, Licinius, Attilius? Quelques-uns s’irritent du jugement de Volcatius, comme d’un scandale. Spangenberg dévouerait volontiers le critique latin aux dieux infernaux. C’est chose par trop commode de nier, comme on le fait d’ordinaire, sa compétence ou sa justice : il vaut mieux, je crois, tâcher de déterminer les motifs d’une sentence si étrange à nos yeux. Volcatius n’était pas le premier venu : il avait fait, sur les poètes comiques, des travaux considérables; il avait assisté aux représentations des pièces de Térence, ordonnées par Térence lui-même ; il ne manquait ni d’érudition, ni de lumières, ni de goût; et rien ne montre qu’il eût la moindre raison de n’être point impartial envers Térence.

Le vers de Volcatius n’est que la formule, selon moi, du jugement porté sur Térence par le public du temps. Volcatius préférait, comme le plus grand nombre, la comédie

TÉRENCE

d’originaux grecs. Il y en a six, dont quatre ont été imitées de Ménandre et les deux autres d’Apollodore. Térence luimême nous apprend comment il s’y prenait avec ses modèles ; et j’ai déjà signalé ailleurs son procédé. Voici les propres paroles que nous lisons dans le prologue de VAndrienne : « Ménandre a fait V Andrienne et la Périnthienne. Qui connaît Tune ou l’autre les connaît toutes deux. Les sujets ne sont pas fort différents ; toutefois elles diffèrent pour les développements et pour le style. L’auteur a emprunté à la Périnthienne tout ce qui s’adaptait bien à son Andrknne, et il en a usé comme de sa chose, il l’avoue. » Térence dit, dans le prologue de l’Eunuque, que, non-seulement il s’est servi de l’Eunuque de Ménandre, mais qu’une autre pièce du même poète, intitulée le Flatteur, lui a fourni les deux personnages du parasite et du soldat fanfaron. Il dit, dans le prologue des Adelphes, qu’il a mis à contribution une comédie de Diphile, les Associés de mort, et qu’il y a pris le passage dont Plaute n’avait pas voulu : ici , il combinait ensemble deux poètes différents, Diphile et Ménandre. Il est probable que les trois autres pièces ont été composées à peu près de la même manière. Térence aura allongé et compliqué chacune des comédies qui lui servait de patron, en y introduisant ou quelque épisode, comme dans les Adelphes, ou des personnages nouveaux, comme dans l'Eunuque ; et ces personnages ou ces épisodes, il n’aura pas même songé à les inventer : il les aura transportés tout faits de quelque autre pièce grecque dans la sienne. C’était plutôt excès de modestie ou de scrupule que défaut de génie, absence d’originalité dramatique. Térence n’aura pas voulu, sans doute, que certains délicats lui pussent reprocher d’altérer la vraie physionomie des œuvres du génie grec, et d’en détruire la pureté par un mélange adultère. C’était bien assez pour lui d’entendre ses détracteurs crier sur tous les tons qu’il gâtait la comédie grecque en ajoutant Ménandre à Ménandre.

Schœll, et d’autres d’après lui, disent que l’Eunuque semble être une œuvre originale, sauf les deux personnages empruntés k Diphile. S’ils s’étaient donné la peine de lire seulement le prologue de Térence, ou même la didascalie

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