‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 68 sur 397 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

qui est sous le titre, ils ne feraient pas de Térence, en dépit de Térence même, autre chose que l’arrangeur et l’écrivain de sa comédie. Il y a, dans la didascalie : Græca Menan- DRU, c’est-à-dire, pièce (jrecque de Ménandre -, il y a, dans le prologue : « C’est l'Eunuque de Ménandre que nous allons représenter. » Térence n’a jamais été, n’a jamais voulu être que l’imitateur intelligent et dévoué des anciens maîtres. Mais nulle part, dans ses copies, on ne sent le copiste : rien de roide ni de maladroit, rien de heurté ni de faible ; nulle disparate, nul tâtonnement, nulle retouche. Il n’y a pas de compositions originales qui appartiennent plus à leurs auteurs que ces comédies d’emprunt n’appartiennent à Térence. Oui, Térence a inventé à son tour ces sujets et ces personnages; oui, ces sentiments ont passé par son âme; oui, il a pensé ces pensées. Que m’importe d’où viennent et ces pensées et ces sentiments, s’ils sont devenus une part de lui-même, s’il les a animés à son tour, et si j’y reconnais quelque chose de son souffle et de sa vie ? Térence est le plus grand des artistes qui aient jamais entrepris de penser et de peindre d’après autrui. Ménandre, le grand inventeur dramatique et le grand observateur, n’eùt point hésité à le saluer du nom de grand poète : il eût reconnu en lui un fils ou un frère.

vie de Térence.

Térence, le plus grec de tous les poètes romains, c’est-àdire le plus plein de charme, de naturel et de grâce, n’était ni un Romain, ni un Grec, mais un barbare clans toute la force du terme : il était de race punique, et né à Carthage. Des pirates l’enlevèrent dans son enfance ; il fut vendu à Rome, et il devint esclave du sénateur Térentius Lucanus. Son maître le fit élever et instruire avec un soin extrême, et lui donna la liberté. Celui qui s’était appelé d’abord simplement l’Africain (Afer), devint donc un Romain, sous le nom de Publius Térentius. C’est en l’an 166 avant notre ère, à l’âge de vingt et quelques années, qu’il présenta l’Audrienne aux édiles, et que Cécilius lui rendit les bons offices dont j’ai parlé ailleurs. Il fut bientôt célèbre, et ses travaux lui procurèrent une honnête aisance. Après avoir donné

TÉRENCE

successivement six comédies, il voulut voir la Grèce, et il partit de Rome, en l’an 159 ou 158. Il ne fit en Grèce qu’un séjour de quelques mois. Il revenait en Italie , et rapportait plusieurs ouvrages,' sur lesquels il fondait de légitimes espérances. Mais le poëte et ses comédies périrent dans une tempête. Quelques-uns content que le bagage seul de Térence fut englouti ; que Térence n’était point sur le navire ; qu’il était encore en Grèce, et qu’en arrivant à Fatras, il apprit la perte de ses trésors littéraires. Son chagrin fut si vif, qu’il tomba malade : il était frappé au cœur. Il traîna

Îuelque temps, et il mourut à Stymphale ou Leucade, en rcadie. A sa mort, il n’avait que trente-cinq ans. Il laissait une fille : cette fille, grâce à la petite fortune qu’elle avait héritée de son père, put s’établir honorablement, et un chevalier romain la prit pour femme. Pourtant Scipion et Lélius, qui avaient été liés d’une étroite amitié avec Térence, durent être pour l’orpheline d’utiles et dévoués protecteurs. Le biographe Donat nous apprend que Térence était de taille médiocre, de complexion frêle et délicate, et qu’il avait le teint basané.

Xes prétendoH eollaliorateur« de Térence.

Les ennemis de Térence faisaient courir le bruit que certains nobles personnages, avec qui il vivait familièrement, l’aidaient dans la composition de ses comédies, et que leur esprit était pour beaucoup dans ses succès. Térence répond qu’ime telle imputation n’a rien de flétrissant; il se fait gloire d’avoir su plaire à ceux qui plaisent au peuple tout entier; à ceux qui ont rendu tant de services à leur pays, dans la paix, dans la guerre, toujours et en toute occasion. Ces réticences calculées du prologue des ylde/p/ics donnaient beau jeu au.t médisances. Aussi a-t-on brodé vingt histoires, plus ou moins invraisemblables, à propos des prétendus collaborateurs. Telle scène était, pour sûr, de la main de Lélius ; telle autre était de celle de Scipion. Donat a recueilli ces commérages. Un certain Santra, dont il cite l’opinion, fait observer très-judicieusement que Lélius et Scipion étaient bien jeunes, à l’époque où l’on dit qu’ils prêtaient leur talent

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