‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 69 sur 397 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

à Térence, et que, si Tërence avait eu besoin de collaborateurs, c’est à des hommes faits qu’il se serait adressé, et non point à des adolescents. Mais supposons que les dates conviennent ; supposons que Lébus et Scipion aient été en âge d’aider efficacement Térence : qu’ont-ils fait pour lui? c’est ce que Diderot va nous dire.

« Si nous imaginons qu’U dut à Lélius et à Scipion quelque chose de plus que ces conseils qu’un auteur peut recevoir d’un homme du monde, sur im tour de phrase inélégant, une expression peu noble, un vers peu nombreux, une scène trop longue, c’est l’effet de cette pauvreté basse et jalouse qui cherche à se dérober à elle-même sa petitesse et son indigence, en distribuant à plusieurs la richesse d’un seul. L’idée d’une multitude d’hommes de notre petite stature nous importune moins que l’idée d’un colosse.

« J’aimerais mieux regarder Lélius, tout grand personnage qu’on le dit, comme un fat qui enviait à Térence une partie de son mérite, que de le croire auteur d’une scène de VAndrienn& ou de l’Eunuque. Qu’un soir, la femme de Lélius, lassée d’attendre son mari, et curieuse de savoir ce qui le retenait dans sa bibliothèque , se soit levée sur la pointe du pied, et l’ait surpris écrivant une scène de comédie; que, pour s’excuser d’un travail prolongé si avant dans la nuit, Lélius ait dit à sa femme qu’il ne s’était jamais senti tant de verve, et que les vers qu’il venait de faire étaient les plus beaux qu’il eût faits de sa vie : n’en déplaise à Montaigne, c’est un conte ridicule, dont quelques exemples récents pourraient nous désabuser, sans la pente naturelle qui nous porte à croire tout ce qui tend à rabattre du mérite d’un homme, en le partageant.

« L’auteur des Essais a beau dire que, « si la perfection.

« du bien parler pouvait apporter quelque gloire sortable à « un grand personnage , certainement Scipion et Lélius « n’eussent pas résigné l’honneur de leurs comédies , et ■ toutes les mignardises et délices du langage latin, à un « serf africain ; » je lui répondrai, sur son ton, que le talent de s’immortaliser par les lettres n’est une qualité mésavenante à quelque rang que ce soit ; que la guirlande d’Apol-

TÉRENCE

Ion s’enlace sans honte sur le même front avec celle de Mars; qu’il est beau de savoir amuser et instruire, pendant la paix, ceux dont on a vaincu l’ennemi et fait le salut pendant la guerre; que je rabattrais un peu de la vénération que je porte à ces premiers hommes de la république, si je leur supposais une stupide indifférence pour la gloire littéraire.; qu’ils n’ont point eu cette indifférence, et que, si je me trompe, on me ferait déplaisir de me déloger de mon erreur....

« Laissons donc îi Térence tout l’honneur de ses comédies, et à ses illustres amis tout celui de leurs actions héroïques’. »

CoBiédleH de Térence.

La fable de l’Andrienne est assez simple , et peut se résumer en quelques mots. Un jeune Athénien, nommé Pamphile, a séduit une jeune fille qui passait pour la sœur d’une courtisane , et qui était venue avec elle d’Andros à Athènes. Il promet à sa maîtresse de l’épouser, quoiqu’il soit déjà fiancé à une autre. Simon, père de Pamphile, découvre l’amour de son fils ; pour mettre ses sentiments à l’épreuve, il simule les apprêts du mariage convenu. Pamphile, sur les conseils de Davus, feint, à son tour, une complète obéissance aux vœux de son père. Mais Ghrémès, père de la fiancée, rompt le mariage, dès qu’il reconnaît que Pamphile n’aime point sa fille. Un incident inespéré apprend à Ghrémès que Glycère, la maîtresse de Pamphile, la prétendue Andrienne, est son autre fille, qu’il croyait à jamais perdue, et qui avait été enlevée en bas âge. Tout s’arrange : Pamphile épouse Glycère ; et Philumène, la sœur de Glycère, devient la femme de Gharin, qui l’aime et qui en est aimé.

UAndrienne fut représentée aux Jeux Mégalésiens, c’està-dire durant les fêtes en l’honneur de Gybèle; les édiles curules étaient M. Fulvius et Acilius Glabrion. La didascalie de la pièce nous apprend aussi qu’un certain Flaccus, fils de Glaudius, en avait fait la musique, et que deux acteurs célèbres avaient travaillé au succès, L. Ambivius Turpion et L. AttiUus de Préneste.

<. Diderot, RéjUxions sur Térence; OEuvres, t. 111, pages 35 et suivantes.

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