‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 70 sur 397 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

U Héautontimoruménos , la deuxième pièce en date, fut jouée k trois reprises difl'érentes, et d’abord aux Jeux Mégalésiens de l’année 162 avant notre ère, par les soins des édiles curules L. Cornélius Lentulus et L. Valérius Flaccus. La didascalie nomme encore le musicien Flaccus et l’acteur Turpion; mais le nom de L. Attilius n’y est pas. Yoici quel est le sujet de V Héautontimoruménos, dont le titre, transcrit littéralement de Ménandre, signifie, en grec, l'homme qui se punit lui-même.

Le vieillard Ménédème a séparé son bis Clinias d’une jeune fille qu’il aimait, et Clinias est allé s’enrôler en Asie au service du Grand Roi. Ménédème regrette bientôt sa sévérité : il se désespère de l’absence de son fils; et, retiré dans sa maison des champs, il se condamne aux plus rudes travaux. Clinias revient à Athènes, et va se loger chez Clitiphon, un de ses amis. Il y mène sa maîtresse Antiphile. Clitiphon a lui-même une maîtresse, et il ne veut pas que Chrémès son père en sache rien. Les deux amis conviennent que la Bacchis de Clitiphon passera pour la maîtresse de Clinias, et qu’Antiphile passera pour l’esclave de Bacchis. On découvre qu’Aiitiphile est la fille de Chrémès, et Clinias l’épouse.

Le Phormion, qui suivit de près V Héautontimoruménos, fut représenté aux .leux Romains, fête annuelle instituée par Romulus. Turpion et Attilius y jouèrent, et Flaccus y tint les flûtes. Les édiles curules étaient L. Postumius Albinus et L. Cornélius Mérula.

L’intrigue du Phormion a fourni à Molière le fonds qu’il a si bien exploité dans les Fourberies de Scapin. Phormion, qui donne son nom à la pièce latine , est un parasite qui s’entend avec un esclave fripon, pour duper deux vieillards crédules, et qui leur escroque de l’argent pour servir les amours de leurs fils. Quant au reste de la fable, Molière s’est conformé aux données de Térence. La comédie du poète latin est gaie, et assez vivement conduite; mais Scapin, dès ses premiers tours, fait naître un fou rire que Phormion, à ses plus heureux moments, n’e.xcita jamais, j’en suis sûr, ni à Rome, ni auparavant à Athènes.

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TÉRENCE

UEunuque fat joué la même année que le Phormion, sous les mêmes édiles, par les mêmes acteurs et le même musicien, mais aux fêtes de Gybèle. Cette pièce fut reprise encore une fois depuis ; et Donat nous apprend qu’elle valut à son auteur huit mille sesterces, deux mille francs environ de notre monnaie, la plus forte somme qu’on eût jamais payée jusque-là à aucun poète dramatique. Le Muet de Brueys et Palaprat est une imitation de l’Eunuque de Térence. Il s’agit, dans la comédie latine , d’un jeune homme qui s’introduit , sous un déguisement d’eunuque, dans la maison d’une courtisane , où loge une jeune fille dont ü s’est épris en la voyant dans la rue. La jeune fille , qui passait pour la sœur de la courtisane, est reconnue pour une Athénienne de bonne maison , et elle épouse son amant. Le stratagème de Chéréa n’est que le nœud de la pièce. Ce qui la remplit véritablement, c’est l’amour de Phédria, frère du faux eunuque, pour la courtisane ; ce sont leurs démêlés avec le bravache Thrason ; c’est Gnathon , le spirituel parasite , qui finit par mettre tout le monde d’accord , et qui fait accepter à Phédria un compromis en vertu duquel Thrason ne sera pas complètement forclos de la maison de Thaïs.

Térence raconte, dans le prologue de l’Eunuque, qu’un de ses rivaux en poésie, un de ses plus acharnés détracteurs, avait trouvé moyen d’assister aux répétitions de la pièce. Au bout de quelques scènes , voilà cet homme qui crie : Au voleur ! qui déclare reconnaître le Flatteur de Névius et une vieüle comédie de Plaute ; que Térence y a pillé son parasite et son fanfaron. Térence répond qu’il n’a jamais su que Iq Flatteur de Ménandre eût été mis sur le théâtre de Rome ; que son plagiat est involontaire ; que c’est Ménandre uniquement qu’il a imité; qu’il ne doit rien ni à Plaute ni à Névius. W. Schlegel a l’air de s’étonner que l’idée de plagiat ne s’étendît pas, pour Térence , au delà de la littérature latine, et qu’il ne songeât à se justifier d’autre chose que d’avoir profité d’une traduction déjà faite. Mais un poète qui se donne lui-même comme un simple interprète des Grecs , un auteur qui dit en propres termes à ses spectateurs : « Nous allons vous donner telle pièce de Ménandre, » marque as-

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