CHAPITRE VHI
sez visiblement, j’imagine, quelle est la mesure de ses prétentions , et combien peu il aspire au renom d’original et d’inventeur.
UHécyre, c’est-à-dire la Btlle-mère, est une sorte de drame bourgeois , comme nous dirions , ou , selon l’expression de W. Schlegel , un véritable tableau de famille. Mais l’intérêt de cette comédie n’est pas très-vif ; l’action en est froide et languissante, et Térence eût probablement pu mieux choisir dans le théâtre d’Apollodore. Ce n’est pas que ses qualités habituelles lui fassent défaut; mais il fallait un autre génie que le sien pour animer toutes ces figures , et peut-être un autre système dramatique, pour tirer du sujet autre chose que ce que Térence nous a donné.
Pamphile s’est marié pour obéir à son père. Il n’aime pas sa femme , et il le lui fait sentir; mais Philumène ne songe qu’à se faire aimer de lui , et elle supporte avec douceur et résignation toutes ses duretés. Pamphile quitte pendant quelque temps Athènes, pour un voyage d’affaires. Il apprend à son retour que Philumène , qui ne pouvait s’accorder avec sa belle-mère, s’est retirée dans la maison paternelle, et qu’elle vient d’accoucher. La manière dont il a traité sa femme, durant les premiers mois du mariage, ne lui permet pas de croire que l’enfant soit le sien : il se décide donc à ne point revoir une épouse indigne de lui. Ses parents et ceux de Philumène ne comprennent rien à sa conduite. Les deux pères s’imaginent que tout le mal vient de Bacchis, une courtisane que Pamphile aimait autrefois, mais qu’il avait abandonnée, ayant commencé à sentir une véritable affection pour Philumène. La mère de Philumène reconnaît au doigt de Bacchis un anneau qui avait appartenu à sa fille. C’est Pamphile qui a donné cet anneau à Bacchis ; et Pamphile l’a pris à une jeune fille à laquelle il a fait violence, dans le désordre d’une fête nocturne. Ainsi Pamphile est le père de l’enfant, et Philumène n’est pas indigne de la tendresse de son époux.
liHécyre, à son apparition, n’eut aucun succès. Le peuple quitta bruyamment le théâtre, dès les premières scènes, pour aller voir des lutteurs et un danseur de corde. Nou-
TÉRENCE
velle représentation , quelque temps après ; nouveau désastre. Le premier acte réussit assez bien; mais l’annonce d’un combat de gladiateurs vida incontinent tous les gradins, et mit les acteurs en déroute. Voilà ce que nous apprend Térence dans son prologue. Il demande humblement aux Romains un peu de silence et d’attention , pour que la pièce aüle enfin jusqu’au bout, et que la troisième tentative soit plus heureuse que les deux autres. Il paraît que Térence n’eut pas trop à se plaindre celte dernière fois. C’était en l’an 159, aux Jeux Romains, que VHécyre avait d’abord été mise au théâtre : Sextus Julius César et Cnéius Cornélius Dolabella étaient édiles curules. Le second essai de représentation eut lieu en 158, aux jeux funèbres en l’honneur de Paul Émile. C’est l’année suivante que la pièce fut enfin jouée, sous les édiles Q. Fulvius et L. Marcius. On a le nom du musicien, qui est toujours Flaccus, mais on n’a pas ceux des acteurs.
Les Adelphes, c’est-à-dire les Frères, furent menés à bien durant les fêtes en l’honneur de Paul Émile , à peu de distance sans doute du jour où l’/Zécyre échouait pour la seconde fois. Les édiles curules étaient Q. Fabius Maximus et P. Cornélius Scipion, le père adoptif du deuxième Africain. La didascalie nomme deux acteurs, L. Attilius de Préneste et Minucius Protimus. Elle nomme aussi Flaccus le musicien, qui tint, ce jour-là, des flûtes phéniciennes.
C’est dans les Adelphes que Molière a pris la donnée de V École des maris. Mais , comme le dit la Harpe , « Térence n’a fait qu’opposer un excès à un autre excès : si l’un des vieillards refuse tout à son fils, l’autre permet tout au sien. Ce sont deux excès également blâmables; et, qu’Eschine commette des violences et fasse des dettes pour son compte ou pour celui de son frère , sa conduite n’en est pas moins répréhensible. U en résulte seulement que le vieillard trompé fait rire, en s’applaudissemt d’une éducation qui, dans le fait, n’a pas mieux réussi que l’autre ; au lieu que Molière , au comique de la méprise, a joint l’utilité de la leçon. Chez lui, le tuteur de Léonore est dans la juste mesure, et ne permet à sa pupille que ce qui est conforme à la décence. Il est récom-