‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 77 sur 397 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

mots aux poètes qui passaient pour avoir excellé dans la comédie.

Licinla»; AUlIlaw; Tarplllua.

Il y en a deux, Licinius et Attilius, que Volcatius Sédigitus proclamait supérieurs à Térence. Ce témoignage est à peu près tout ce qui reste pour établir leur mérite et leur existence même. Turpilius, que le critique nomme après Térence, est un peu moins inconnu. On sait qu’il était l’ami du poète africain, et qu’il mourut dans un âge très-avancé, vers l’an 100 avant notre ère. On a d’assez nombreux fragments de ses comédies. Presque tous les titres de ses pièces sont des mots grecs transcrits en lettres latines : il ne faut donc pas beaucoup forcer les conjectures pour avancer que l’auteur de VÉpklère, du Démiurge, du Thrasylcon, etc., n’avait fait que des comédies à manteau, et que toute son originalité se bornait à de simples détails d’agencement, comme celle de Térence, ou à quelques traits sentencieux du genre de ceux de Cécilius. Je doute que Turpilius fût homme à oublier, comme fait souvent Plaute, que ce sont des Grecs qui parlent, ou qu’il sacrifiât autant que Cécilius au goût de la multitude*. Je ne trouve pas dans ses vers une seule trace de bouffonnerie. J’y trouve, en revanche, telle pensée qui sent son Romain faisant de la morale : « Certes, plus on sait se contenter de peu, plus on mène une vie fortunée. Comme disent ces philosophes, tout peut être assez. » Le style de Turpilius, autant qu’il est permis d’en juger, ne manquait ni de grâce ni d’élégance; et ses personnages devisaient avec une vivacité et un naturel qui rappellent l’/lndrienne et le Phormion. Voyez ce fragment de l’Épiclère : Œ Maître, où courez-vous, je vous prie, avant le jour, si brusquement, et avec un seul serviteur? — Stéphanion, je ne puis tenir chez moi. — Et pourquoi donc? — Les soucis, k leur ordinaire, emmènent loin de moi le sommeil, et me poussent dehors la nuit, quand tout fait silence. »

Trabéa.

Trabéa est nommé le huitième dans la liste de Volcatius Sédigitus. Il serait plus que difficile de dire ce qui avait

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valu à ce poète Thonneur de figurer parmi les comiques célèbres.' Un passage de Trabéa , cité dans les Tusculanes , nous permet de reconnaître que l’écrivain du moins avait de la verve et du style : « L’entremetteuse , charmée par l’argent, guettera le signal de- ma volonté, de mon désir. En arrivant, je pousserai du doigt la porte ; les battants s’ouvriront. A mon apparition soudaine, Ghrysis s’élancera d’un bond; etc. » Le jeune homme, transporté hors de lui par l’espérance, s’écrie, en finissant : « Mes bonheurs dépasseront le bonheur même. »

liUftcluS.

Le neuvième des poètes comiques énumérés par Volcatius Sédigitus est ce vieux poète malveillant qui eut si longtemps maille à partir avec Térence : Luscius de Lanuvium. Nous ne sommes guère accoutumés à nous représenter comme un homme de talent celui que Térence a si fort vilipendé dans ses prologues. Cependant Volcatius dit lui-même qu’il n’y a aucune raison de refuser un rang à Luscius parmi les comiques les plus distingués, et il lui donne la préférence sur Ennius. Dans le prologue de V Andrienne, Térence se borne à se défendre contre les accusations passionnées de son rival; mais, dans le prologue de V Eunuque, il prend à son tour l’offensive : « C’est cet homme qui, traducteur exact et mauvais écrivain, a fait de méchantes pièces latines avec de bonnes comédies grecques ; c’est lui encore qui nous a gâté naguère le Fantôme de Ménandre ; c’est lui qui, dans le Trésor, a fait plaider le défendefc’ dont on conteste les droits sur la somme, avant que le demandeur expose comment cet or lui appartient à lui-même, et comment il est arrivé dans le tombeau de son père. » Dans le prologue de V Héaulontimoruménos, Térence n’est guère moins agressif. Dans celui des Adelphes, il ne désigne pas Luscius, et, dans celui de VHécyre, il ne songe qu’aux spectateurs, dont il redoute les huées; mais le prologue du Phormion est presque tout entier à l’adresse de Luscius, et contient encore la critique d’une de ses comédies : « Depuis que le vieux poète désespère de faire renoncer notre poète à ses travaux,

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