‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 78 sur 397 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

et de le réduire à se croiser les bras, il a pris le parti de le dégoûter d’écrire, à force de le décrier. Il va répétant que tout ce que Térence a donné jusqu’ici au théâtre est pauvre de style et faible de diction. C’est qu’aussi jamais Térence n’a fait scène dans le goût de celle où un petit bonhomme, perdant le sens commun, se figure voir une biche lancée et une meute à ses trousses, et la bête pleurant, priant qu’on vienne à son aide. Que si notre ennemi se mettait dans la tête que sa pièce a réussi à la représentation, bien moins par son fait que grâce au talent des acteurs, il rabattrait quelque peu de son intrépidité à attaquer comme il fait aujourd’hui. »

Je ne doute pas qu’il n’y eût infiniment à reprendre dans les œuvres de Luscius ; mais la haine est plus qu’ingénieuse, et l’on peut tenir hardiment que Luscius n’a pas été jugé par Térence.

DosacDaü.

La liste de Volcatius est loin d’être complète, et plusieurs des poètes qu’il ne nomme pas .sont bien autrement fameux que Luscius ou Trabéa. Mais Volcatius écrivait vers le temps où florissait Térence, et c’est probablement quelques années plus tard que ces poètes ont conquis leur renommée.

J’ai dit ailleurs à peu près tout ce qu’on sait des atellanes et des exodes. Les fragments qui restent de ces pièces ne peuvent donner aucune idée de leur caractère, et n’offrent même aucun intérêt, sinon aux yeux des grammairiens et des archéologues. Nous rappellerons, seulement pour mémoire, les noms dis poètes qui s’étaient surtout distingués comme auteurs d’atellanes ou d’exodes ; Quintus Novius, Lucius Pomponius, Fabius Dossénus. Je dois dire toutefois qu’Horace juge très-sévèrement ce dernier : « Voyez Dossénus. Gomme il abuse de ses dévorants parasites ! comme il arpente lourdement la scène, avec son brodequin mal lacé 1 C’est qu’il ne voit que des écus à embourser : peu lui importe que sa pièce tombe ou se tienne ferme sur les talons ^ >

-I. Horace, Épîtres, livre II, éptlre i, vers 473 elsuivanU.

Afranlna.

On se rappelle que Névius avait essayé de créer une comédie vraiment romaine. Les successeurs de Névius n’imitèrent pas les exemples qu’il avait donnés. Il était plus facile de traduire ou d’arranger des comédies grecques, que d’en composer d’originales. D’ailleurs, Plaute nous apprend que le public préférait à tout le reste les tableaux empruntés à la Grèce, les mœurs grecques, les costumes grecs. Pour plaire au souverain juge, il fallait mettre la scène, non pas même en Grèce, mais en Attique, mais à Athènes; et Plaute va jusqu’à s’excuser quelque part de ce que son sujet, grec pourtant, n’atticise pas, mais seulement sicilise. Plus tard, quelques-uns purent reprendre avec succès l’entreprise de Névius. Lucius Afranius passa, durant des siècles, pour le Ménandre de Rome. Il est probable que les comédies à toge écrites par Afranius n’avaient de réellement original que le cadre, le nom des personnages, et le costume des acteurs. C’étaient des pièces grecques refondues, et adaptées aux mœurs romaines. La vive admiration d’ Afranius pour Térence semble prouver que ce qu’U estimait surtout, dans la poésie dramatique, c’était la grâce et le naturel du dialogue , et la perfection du style. On peut douter qu’Afranius se permît, dans ses comédies romaines, des plaisanteries vraiment romaines, de ces bouffonneries comme Plaute en lâchait sans cesse, et qui donnent aux comédies grecques du poète de Sarsine cette forte senteur de terroir romain. Afranius, comme Térence, était particulièrement^ du goût des lettrés : néanmoins la multitude accueillait favorablement ses œuvres. Les fragments des comédies d’Afranius, sans nous renseigner en rien sur le caractère des compositions du poète, nous apprennent du moins qu’il méritait sa réputation comme écrivain élégant, comme émule de Térence. Ces' fragments sont nombreux, mais tous extrêmement courts, et par conséquent d’un médiocre intérêt pour nous. Il y a pourtant tel mot heureux qui vaut la peine qu’on s’y arrête. Ainsi cette définition de la sagesse , qu’Afranius mettait dans la bouche de la Sagesse même :

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