CHAPITRE XI
Du peu de goût des Romains pour la tragédie. — Pacuvius. — Tragédies de Pacuvius. — Style de Pacuvius. — Attius. — Le Brutus. — Autres tragédies d’Attius. — Autres ouvrages d’ Attius. — Décadence de la tragédie.
Da peu de goût dea Roiualna pour la tragédie.
Nous n’avons pu dire, jusqu’à présent, que fort peu de chose de la tragédie latine. Trois poètes seulement, Livius
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Andronicns , Névius et Ennius , ont tenté la fortune dramatique sur les traces d’Eschyle, de Sophocle et d’Euripide, durant ces cent années qui donnèrent à Rome tant de comiques distingués, entre autres Plaute et Térence. Il n’est peut-être pas fort difficile de se rendre compte de cette différence entre les destinées de la tragédie et celles de la comédie.
Une figure grotesque ou un bon mot ne sont pas choses qu’on ait besoin de voir ou d’entendre deux fois pour s’en faire idée, et pour éprouver quelque plaisir, si le mot est risible ou le personnage ridicule. Tous les rangs du théâtre romain, depuis l’orchestre jusqu’aux dernières galeries, depuis les sénateurs et les chevaliers jusqu’au petit peuple et aux esclaves, saisissaient de prime abord les intentions vraiment comiques. On pouvait très-bien se passer d’être savant , ou de faire aucun effort d’intelligence et de mémoire, pour rire à l’aspect des tourments du vieux Euclion; pour goûter les bouffonneries de Charançon, de Sosie ou.de Ghalin; pour se pâmer d’aise aux fanfaronnades de Pyrgopolynice, de Stratophane ou de Thérapontigone Platagidore. Pour que je pleure sur les infortunes d’Œdipe, il faut que je sache qu’il y a eu un Œdipe, et que je connaisse au moins les principaux traits de sa légende. Les légendes héroïques et mythologiques qui berçaient les petits enfants de la Grèce , et que le plus humble citoyen d’Athènes étudiait dans les écoles en apprenant les vers des vieux poètes, étaient lettres closes, ou peu s’en faut, au vulgaire des spectateurs romains. Ce n’est qu’au bout d’assez longues années, quand leur éducation poétique se fut faite suffisamment, qu’ils purent trouver plaisir au noble spectacle de la lutte des antiques héros contre le malheur et la fatalité. Si quelques esprits d’élite, si quelques hommes nourris aux études grecques, n’avaient excité et soutenu le courage des premiers tragiques romains, il est douteux que ces poètes eussent essayé d’initier leurs grossiers contemporains aux délicates jouissances de la terreur et de la pitié dramatiques. En tout cas, cp n’est point à Rome qu’un poète comique eût été en droit de dire, comme faisait Anti-