Nuits attiques, livre Xlll, cliapilre ii
grand âge et par une maladie chronique, s’était retiré de Rome à Tarente. Attius, beaucoup plus jeune, passant par Tarente pour se rendre en Asie, alla voir Pacuvius, qui l’invita poliment, le retint chez lui plusieurs jours, et lui fit lire sa tragédie à’Atrèe. Pacuvius en trouva, dit-on, les vers nobles et sonores, mais un peu durs et âpres : « Tu as rai- « son, dit Attius. Ce qui est fait est fait; mais j’espère écrire « mieux k l’avenir. Il en est, selon le proverbe, des talents « comme des fruits : ceux qui naissent durs "et âpres de- « viennent tendres et doux ; mais ceux qui commencent, au € contraire, par être tendres, mous et succulents, ne mûris- « sent pas, ils pourrissent. J’ai donc dû laisser au temps et à c l’âge de quoi mûrir dans mon talent. »
Lucius Attius, ou Accius, ou encore Actius, comme quelques-uns l’écrivent, était fils d’un affranchi. Il était né à Rome, entre les années 170 et 160 avant notre ère. On ignore la date précise ; mais on sait, d’après son propre témoignage, qu’il avait trente ans quand Pacuvius en avait quatre-vingts. C’est à l’âge de trente ans qu’il fit représenter sa première tragédie ; et, comme Pacuvius, il prolongea sa vie jusqu’à un âge très-avancé. C’était un homme d’un caractère élevé, et qui savait faire respecter en lui ces droits du talent, que les grands et les politiques ne sont pas toujours disposés à reconnaître. Valère Maxime conte qu’Attius ne se levait jamais quand Julius César entrait dans le collège des poètes. Ce Julius César se piquait de poésie, et c’est à titre de poète qu’il figurait dans la réunion. Attius n’oubliait pas ce qu’il devait au puissant personnage ; mais il se comparait au poète, et il maintenait la distance des rangs. « Aussi, dit Valère Maxime, ne le taxa-t-on point d’insolence, parce qu’il s’agissait là de titres littéraires, et non point de titres de noblesse. » Il est probable que Julius lui-même ne s’offensait pas de la fierté d’Attius, ou du moins qu’il n’en laissait rien paraître. Attius eut pour amis quelques personnages considérables du temps, entre autres le consul Décimus Brutus. L’amitié de Brutus lui fut particulièrement heureuse, s’il est vrai, comme on le conjecture, que c’est par le conseil de Brutus qu’il mit sur la scène le