‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 99 sur 397 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

vengeur de Lucrèce, et qu’il donna aux Romains la première tragédie romaine.

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U n’est pas diffîcile de deviner de quels éléments dramatiques pouvait se composer une tragédie intitulée Brutus. La mort de Lucrèce et l’expulsion des Tarquins, voilà la donnée historique; un tyran soupçonneux et cruel, le fils du tyran, digne d’un tel père, Brutus, Lucrèce et l’époux de Lucrèce, voilà les personnages principaux que fournissait la tradition. Nous ne savons pas comment Âttius avait traité ce dramatique sujet ; nous savons seulement qu’il ne s’était pas borné à mettre en action le récit des historiens, et qu’il avait vivifié sa pièce par de poétiques inventions, ou, si on l’aime mieux, qu’il s’était souvenu, en traitant son sujet romain, de quelques scènes fameuses des anciens maîtres. Ainsi, il montrait quelque part Tarquin, troublé d’un songe, appelant les devins autour de lui, et les devins, sur son ordre, interprétant le songe. Tarquin s’exprimait comme il suit : « J’avais commencé, durant la nuit, à livrer mon corps au repos, et à délasser par le sommeil mes membres fatigués. J’aperçois en songe un berger, qui dirige vers moi un troupeau de moutons d’une grande beauté. Je choisis dans le troupeau deux béliers du même sang, et j’unmole le plus beau des deux. Puis son frère s’élance sur moi, me heurte de ses cornes et me renverse du coup. JVJe voilà étendu à terre, sur le dos, et grièvement blessé. Là, j’aperçois dans le ciel un saisissant et merveilleux prodige : c’était le soleil qui changeait de roule, et dont l’orbe rayonnant et enflammé s’avançait vers la droite. > Les devins, après avoir médité sur ce récit, répondaient à Tarquin : c O roi, les habitudes des hommes dans la vie, leurs pensées, leurs soucis, les spectacles qui les frappent, les actions ou les réflexions qui les occupent durant la veille, se reproduisent en nous pendant notre sommeil. Il n’y a rien là dont on ait à s’émouvoir ; mais ce n’est pas sans raison que ces images, en de telles conjonctures, s’offrent à l’iraproviste. Prends donc garde que celui que tu crois stupide à

l’égal d’une béte ne porte une âme d’élite, une âme forti&ée de sagesse, et qu’il ne te chasse du trône. Car le phénomène dont tu as été témoin au ciel présage dans le peuple une révolution très-prochaine. Puisse l’événement être heureux pour le peuple ! Mais l’astre majestueux a pris sa course de gauche à droite ; l’augure en est certain : la chose publique de Rome atteindra au faite de la gloire. »

J’ai transcrit ces deux passages en entier, non pas précisément à cause de leur valeur poétique, mais parce qu’ils sont tout ce qui reste du Brutus, et même tout ce qui reste des tragédies prétextes. Quant aux caractères, nul doute qu’Âttius ne les ait tracés de main de maître, surtout celui de Brutus, et qu’il ne les ait créés conformes à l’histoire, et parlant le langage de la grande poésie.

Aiitrra tragédlea d'.attiua.

Âttius avait écrit plus de cinquante tragédies. On ignore combien, dans le nombre, il y en avait de purement romaines. Il n’y en a que deux, outre le Bmtus, dont les titres soient sans réplique, le Décius et le Marcellus; mais ces deux tragédies prétextes ne sont pas autrement connues. Les autres tragédies étaient, comme celles de Pacuvius, des imitations plus ou moins libres de pièces grecques, ou des sujets grecs traités d’une façon plus ou moins originale. Les Trachiniennes, empruntées à Sophocle, et les Phéniciennes, empruntées à Euripide, étaient presque des versions. Quelques-uns regardent comme une citation d’Attius le célèbre passage des Tusculanes où nous lisons les plaintes d’IIercule mourant ; long et magnifique morceau, qui serait digne à la fois et du beau talent d’ Attius, si Attius avait écrit ces vers, et du génie de Sophocle, qui en a fourni l’original. Le traducteur a développé, il est vrai, mais sanb l’affaiblir, cette lamentation sublime. Mais ces beaux vers sont de Cicéron, et non pas d’Attius. Cicéron ne les a-t-il pas revendiqués pour lui-même, clairement et formellement, dans sa réponse à un des interlocuteurs du dialogue, qui s’étonnait de ne les point reconnaître? Cicéron déc|are que son habitude est de citer les poètes de Rome, mais qu’à

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