‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 11 sur 80 · LE PAYSAN LATIN · texte numérisé non relu

LE PAYSAN LATIN

étrasqaae, gagoe au S. les pics du pays des Voisques et la rive ombreuse du Liris, puis a l'O. les rares écbancrures de la mer Tyrrhénienne, et à TE. les roches abruptes et calcaires de la Sabine, contreforts des Apennins. Ajoutons à ce dessin topographique au N.-E. niot escarpé du Soracte ; au S.-O., l'arête du promontoire Circéien ; tout près de Rome, la colline du Janicule, et, parmi les soulèvements volcaniques^ le cône du mont Albain, entre le chainotS volsque et le Tibre. Le moment vient alors où les tribus sauvages de la plaine et celles de la montagne, quittant leurs bois et leurs nids d'aigle pour se mettre en contact par la guerre, par les traités, par les échanges 'et par les liens de famille, sont entrainées vers la fusion et vers Tunité. Osques et Sabins, fils de la Terre ou de la Lance, agriculteurs et guerriers, adorateurs de Saturne, dieu des semailles, ou de Mars, dieu des combats, ils finissent par devenir un seul peuple, les Latins, et par enfermer les habitants d'Albe et de Cures dans une seule cité, Rome.

Tout ensemble laboureurs et soldats, c'étaient de robustes et vaillants compagnons. Les populations hâves et maigres de la campagne romaine, qui, de nos jours, au milieu des bufiSes, des chiens sauvages et des corneilles, montrent aux touristes, sous l'influence de la mal'aria, leurs figures fiévreuses, du côté d'Ostie ou d'Ardée, ne peuvent donner une idée des paysans qui, jadis, sous un climat plus froid, remuaient cette terre assainie par une culture intensive et par un dessèchement assidu des eaux stagnantes. En dépit des inondations et des convulsions volcaniques, le sol rendait cinq fois à l'homme ce qu'un labeur incessant lui demandait. Le blé, la vigne, l'olivier, la fenaison, trahissaient rarement l'espoir du cultivateur. C'est qu'aussi la mâle rudesse de l'antique génie latin tenait constamment en éveil et en haleine ces groupes de travailleurs patients, réguliers, endurcis, prêts à braver la chaleur et les intempéries du ciel, à coucher sur la terre ou sur l'herbe, à se priver de repas et de

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sommeil, selon les exigences des travaux et de la saison. Vigoureux campagnards, de taille moyenne et dégagée, ils ont la tête droite, Vœîl vif, le nez saillant, la barbe et les cheveux épais, la poitrine large, les épaules fournies, les bras longs, les mains fortes, la jambe et le pied moins charnus que nerveux. Le moissonneur, surtout, est un gaillard énergique^ solidement bfiti, bien musclé, sans loardeur, au teint chaudement cploré, à la physionomie calme, regardant fixement en face, prenant aisément au repos une attitude plastique et grave, comme le conducteur des bœufs dans la toile de Léopold Robert. Il semble que la contrée où vit le paysan latin se réfléchisse en lui : c'est un miroir. « Son œil profond, dit Michelet, sa vive pantomime annoncent une personnalité forte. Ce regard mobile, ces cheveux noirs comme les vins du raidi, ce teint profondément bruni accusent le fils de la vigne et du Soleil. » En société de sa femme, dont la tête ferme et expressive se dessine fièrement sous une chevelure d'ébène aux tons lustrés, les yeux brillants, le nez droit, la bouche sérieuse; entouré de ses fils et de ses filles, portraits vivants du père et de la mère; accompagné des taureaux, des chiens, des ânes et des mulets auxiliaires de ses labeurs, il s'abrite d'abord dans des cavernes ou sous des huttes de feuillages; puis, quand il est sorti de l'état grossier des premiers ftges, il se construit des cabanes, formées de perches fourchues, entrelacées de branches, dont les vides sont remplis de terre grasse, ou bien il se fait des appentis avec des pièces de bois transversales qu'il recouvre de paille, de joncs, de gazon, afin de mettre tout son monde hors des atteintes de la pluie et de la chaleur. Telle est, au début, la maison ou la métairie de toute famille latine. A Rome, on conserva longtemps sur le Capitole, près de la Curia Calabra, comme un échantillon des mœurs antiques, la cabane de Romulus, avec son toit de chaume et de roseaux.

Là, tour à tour laboureur, vigneron, pâtre,

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