ATTA. — AFRANIUS. IIJ
2" Fables logées, — C'est le nom donné aux comédies latines, qui, représentant plus directement les mœurs romaines, échangent le manteau grec contre la loge* Elles s'appellent aussi tabernaires, du mot tabema, taverne, lorsqu'elles mettent en scène le menu peuple des auberges, des boutiques et des échoppes, qui va et qui vient vêtu de la tunique. Il semble qu'on doive ranger dans cette classe de poètes Fabius Dossennus ou Dorsennus, auteur délogées, peut-être d^Atellanes, et contemporain de Térence. Sénèque et Pline l'Ancien ont parlé de lui, mais il est surtout connu par les vers oiî Horace lui reproche de se complaire aux rôles de parasites gourmands, de se promener sur la scène avec un brodequin mal attaché, et d'avoir plus souci de la recette que de la poésie.
Titus Quintius Atta, qui fleurit vers l'an 102 avant Jésus-Christ, a un talent plus marqué. On lui attribue des épigrammes et des satires, mais il est particulièrement renommé comme auteur de comédies togées, dont il reste de courts fragments. Horace l'accuse d'introduire au milieu de la scène, parfumée de fleurs et de safran, une comédie à démarche sautillante et boiteuse, autrement dit de ne pas assez respecter dans son expression la limite qui sépare la tragédie de la comédie; mais d'autres critiques lui font un mérite d'avoir bien dessiné les rôles de femme. Toujours estil que les pièces d'Atta étaient encore jouées avec succès sous le règne d'Auguste. Celle qui a pour titre Aquof Caldce (Les Eaux chaudes) représentait quelque petite ville, où le prétexte de la santé et le goût du plaisir rassemblaient la belle société, qui n'est pas toujours la bonne, avec ses ridicules et ses vices: la perte de cette espèce de vaudeville romain est vraiment- regrettable.
L. Afranius fut un admirateur et un rival sérieux de Térence. Il est certain qu'il excella dans les pièces togées, au dire de Cicéron et de Quintilien;et Horace, en le rapprochant de Ménandre, donne àentendre qu'il peignit la vie et les mœurs romaines avec autant de
bonhear que Ménandre représenta la société grecqae. Cest ua bel éloge. On jouait encore ses pièces du temps de Néron. Il en a composé un grand nombre, et l'on a recueilli les fragments d'une quarantaine de ses togées. Ils répandent un jour curieux sur plusieurs usages de la bourgeoisie romaine, sur ses habitudes, sur ses travers, et aussi sur les différents corps de métiers qui étaient en honneur à Rome, boulangers, pâtissiers, cuisiniers, chefs d'office, coiffeurs, parfumeurs; les augures même n'y sont pas oubliés, ni les vendeurs à l'enchère, ni les partisans outrés de la vie grecque. D'autres de ces passages ont une délicatesse, une élégance ingénieuse, qui rappelle la manière de Térence. Par exemple : •
« Si les hommes pouvaient être pris par des charmes, toutes les vieilles auraient aujourd'hui des amoureux. Mais la jeunesse, la fraîcheur, un caractère aimable, voilà les philtres des belles. Le mauvais âge n'a trouvé nuls attraits. »
D'autres enfin se formulent en maximes d'un sens grave et d'un tour heureux :
t( L'inquiétude de l'âme ne permet pas au corps le repos. » « Pourquoi trop désirer? Le trop n'est bon pour personne. »
Térence ne dirait pas mieux.
3** Atellanes. — Ces parades rustiques, déjà polies par Livius Andronicus et par£nnius, se raffinent entre les mains de Pomponius et de Novius. C'étaient jadis des fables improvisées, à personnages campaniens, d'un type convenu et parlant la langue osque. Traitées par des maîtres habiles, elles passent des amateurs aux comédiens, de l'improvisation à la rédaction, de l'osque au latin, de la prose à la poésie; elles deviennent un genre littéraire.
On ne sait rien de Pomponius, sinon qu'il était de Bologne, et qu'il naquit vers l'an 90 avant JésuS'