‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 21 sur 80 · FABIUS PICTOR. — ALIMENTUS. II · texte numérisé non relu

FABIUS PICTOR. — ALIMENTUS. II

Christ. On a le titre d'une soixantaine de ses Atellanes. Plusieurs de ces titres sont expressifs : ils se rapportent à des métiers ou à des usages de la vie champêtre. Le foulon, le bûcheron, le boulanger, le médecin y figurent communément. Il est assez plaisant d'y entendre aussi la réflexion d'un candidat malheureux, qui se console, en songeant à la souveraineté capricieuse des électeurs :

« La volonté du peuple, dit-il, est bien connue : on vote d*abord contre; plus tard on votera pour; je le sais. »

C'est d'un homme qui sait à quoi s'en tenir sur la stabilité des suffrages.

Novius est un contemporain de SuUa. Les grammairiens citent un assez grand nombre de vers détachés de ses quarante pièces. Les titres en sont analogues à ceux des pièces de Pomponius. L'un d'eux est intéressant comme donnant l'idée d'une composition allégorique, dans le genre de nos Moralités du moyen âge : Mortis et Vitœ Judicium, le Procès de la Mort et de la Vie.

Après ces poètes, la comédie disparaît de la littérature romaine. Les Mimes de Mattins, de Laberius et de P. Syrus, qui occupent la scène au commencement de l'empire, ne sont plus que les ombres d'un passé lointain.

SECONDE SECTION

PROSE

Historiens : Fabius Pictor. — Cincius Aliroentus. Caton l'Ancien.

Historiens, — Affranchie du joug de la versification, la prose, instrument journalier de communicatioQ entre

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les hommes, a une liberté d'allure et une clarté lumineuse qui en sont les traits caractéristiques. Mais elle n'atteint jamais ces qualités de la pensée et de l'expression que chez un peuple capable d'appliquer à ses idées des constructions régulières, qui résultent de la réflexion et de l'analyse, qualités propres à des esprits déjà cultivés. La prose latine ne se produit donc qu'au moment où l'inHuence hellénique la domine, la dirige et lui enseigne l'art d'unir à la valeur du fond l'agré« ment de la forme. Aussi tout porte à croire que le premier prosateur latin connut aussi bien la langue grecque que la sienne. Ce fut Quintus Fabius Pictor, ainsi nommé en raison de son talent de peintre, qu'il faut peut-être attribuer à un autre Fabius. Contemporain des guerres puniques, parent de Fabius Cunctator, envoyé à Delphes après la bataille de Cannes (216), pour consulter l'oracle de la Pythie, Fabius Pictor écrit son histoire à la façon des Grandes Annales, consignant les époques, les noms des personnages et des lieux, la mémoire des faits, sans se préoccuper des ornements du style ni de la critique historique. Il fournit toutefois des renseignements précieux relativement aux vieilles coutumes et aux mœurs primitives des Romains. Sous ce rapport, le passage de Fabius qui contient les prescriptions imposées au Fiamine Dialis, est du plus haut intérêt.

Quoique Lucius Cincius Alimentus ait écrit en grec une Histoire de la guerre punique, d'autant plus regrettable qu'il avait séjourné pendant plusieurs années comme prisonnier dans le camp d'Hannibal, il n'en est pas moins un des créateurs de la prose latine. Son livre De re militari (De l'art militaire) renferme des documents dont l'authenticité est attestée par Tite- Live, qui appelle Cincius « un garant scrupuleux des monuments anciens. » Il en reste deux fragments importants : le premier est la formule du fécial déclarant la guerre à un peuple ennemi ; le second est le serment que les tribuns faisaient prêter aux légionnaires.

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Cependant Fabius Cincius et quelques autres écrivains de la même période, tels que P. Cornélius Scipion,fils du premier Africain, Âcilius Glabrio, Aulus Postumius, Albinus et Scribonius Libo le cèdent tous à Caton l'Ancien, auteur des Origines. C'est un livre à la fois vrai et bien écrit, que le vieux Romain destinait à l'éducation de son fils, et auquel il travailla jusqu'aux derniers jours de sa vie. Il n'est donc pas étonnant qu'il y ait inséré, pour le plaisir de son jeune lecteur, des traits moraux et des apologues, notamment la fable du Cheval qui veut se venger du Cerf. Quelques mots piquants s'y rencontrent aussi ; par exemple celui-ci, devenu populaire: «Je m'étonne que deux aruspices puissent se regarder sans rire. » On sait par Cornélius Nepos que l'ouvrage entier de Caton se composait de sept livres : i. Histoire; 2 et 3, Origines de chacune des villes d'Italie; 4, Première guerre punique; $, Abrégé de la seconde guerre punique; 6 et 7, Suite des guerres terminées à la préture de Servius Galba, qui pilla les Lusitaniens. Caton pousse l'exactitude jusqu'à un soin minutieux, très instructif pour les historiens et les géographes ; il ne néglige aucun détail. En parlant de l'Espagne citérieure, il ne laisse pas ignorer qu'on y trouve des mines de fer et d'argent très belles; et, comme récit, c'est une belle page que l'histoire du dévouement de Q. Csdicius, qu'il compare à Léonidas, et qu'il félicite d'avoir sauvé la République.

Orateurs : Caton l'Ancien. — Scipîon l'Africain. — Paul- Émile. — Scipion iEmilien. — Laelius. — Les deux Gracches. — Servius Sulpicius Galba. — Lieinius Crassus. — Marcas Ântonius.

Aucun genre de talent ne manquait à Caton. Né à Tusculum, l'an 234, fils de porchers sabins, d'une H-

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gnée de bons laboureurs et de yaillants soldats, le teint roux, Pœil gris et avisé du chat, comme son surnom l'indique, il est Phomme complet de son temps. Nous l'avons vu historien ; sa carrière militaire et administrative n'est pas moins remarquable. Il fait de glorieuses campagnes pendant les guerres puniques à Capoue, à Tarente, en Sicile, en Espagne, en Grèce. A Rome, il rend le nom de Censeur inséparable du sien, en se montrant magistrat si intègre, qu'on lui dresse une statue « pour avoir corrigé les mœurs ». Le voici maintenant orateur. La parole étant pour lui un second corps, un outil non seulement honnête, mais indispensable aux gens d'affaires et d'action, il la cultive et il l'exerce avec succès. C'est ainsi qu'il plaide éloquemment la cause des Rhodiens, accusés d'une conduite suspecte pendant la guerre des Romains et de Persée. 11 en fait une question toute morale de patriotisme bien entendu. Comme il a en horreur les guerres d'Orient, d'oiîi les Romains rapportent des habitudes de luxe et de corruption, que la loi Oppia, soutenue par lui, est impuissante à réprimer, il saisit, au nom de la raison et de l'humanité, l'occasion d'en détourner ses concitoyens.

« Je sais, dit-il dans son exorde, que la plupart des hommes, au milieu des succès continus et de la prospérité, portent haut leurs visées, de telle sorte que leur superbe et leur fierté ne font que croître et que grandir. Aussi ai-|e grand souci, en ce moment, à cause même de l'heureuse issue de cette affaire, que notre délibération ne provoque un malheur, qui ruine notre succès et ne fasse tourner mal l'excès de notre joie. L'adversité dompte les âmes et apprend ce qu'il faut faire; la prospérité les jette, par une joie immodérée, dans un abîme où elles ne peuvent délibérer ni comprendre, selon les règles de la justice. Je vous exhorte donc et je vous engage de toutes mes forces à différer cette affaire de quelques jours, jusqu'à ce que, revenus de notre joie, nous ayons repris possession de nous-mêmes. Oui, pour ma part, je suis convaincu que les Rhodiens n'auraient pas voulu que la guerre

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se terminât comme elle s*est terminée» et que le roi Persée fût Taincu. Les Rbodîens n'étaient pas les seuls à ne le pas vouloir. A mon avis, beaucoup de peuples, beaucoup d'États ne le voulaient pas davantage. Ht je ne sais encore pas si une partie d'entre eux ne le désirait pas pour un tout autre motif que notre humiliation. Assurément ils ont craint que, si nous n'avions plus personne à redouter, et si nous étions libres d'agir suivant nos caprices, ils ne fussent soumis à notre empire et à notre esclavage. L'amour de la liberté leur a suggéré, selon moi, ces sentiments. Cependant les Rhodiens n'ont jamais secondé publiquement Persée. Songez combien nous, dans nos affaires privées, nous agissons avec plus de prudence encore. Car chacun de nous,' s'il se croit attaqué dans ses intérêts, lutte de toute son énergie pour que l'attaque soit sans effet. Les Rhodiens ont tout enduré... Oublierons-nous donc, en un moment, tant de services réciproques, une si grande amitié ? Ce que nous les accusons d'avoir fait, serons-nous les premiers k le faire? Celui qui parle le plus violemment contre eux dit qu'ils ont voulu être nos ennemis* Or est-il un seul d'entre vous, qui, en ce qui le concerne, se crût digne d'une peine, si on l'accusait d'avoir voulu mal faire? Personne, je crois; et moi, pour ma part,, je ne le voudrais pas. »

Cette logique serrée eut prise sur les juges : les Rhodiens ne furent pas condamnés, et ils devinrent des alliés utilement dévoués aux intérêts de la République.

Une autre cause, où l'humanité se trouve encore plus en jeu que la raison politique, ne fait pas moins éclater que la harangue pour les Rhodiens la rudesse loyale et l'âpre indépendance du talent de Caton. Il s'agissait des otages achéens, parmi lesquels se trouvait l'historien Polybe, retenus depuis quinze ans dans Rome ou dans les municipes voisins. Accusés d'avoir favorisé les desseins de Persée, ils avaient demandé, à diverses reprises, la grâce de retourner dans leur pays ; le sénat la leur avait constamment refusée. Une nouvelle requête ayant été introduite

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par Scipion Emilîen, ami de Polybe, Caton prit en main la défense des exilés, et, malgré un ou deux traits quelque peu cruels pour ses clients, il finit par vaincre la résistance du Sénat.

On voit par ces exemples, faciles à multiplier, quelle idée Caton se faisait de l'éloquence et comment il la pratiquait. Pour lui l'orateur, selon sa propre définition, qualifiée de divine par Sénèque le père, est l'homme de bien habile à parler, Vir bonus dicendi peritus. C'est donc le sentiment du devoir qui doit dominer dans l'éloquence, et la parole n'est que l'interprète de la raison et de la justice.

« Le droit, disait-il, les lois, la liberté sont communs à tous les hommes ; mais, s'il est vrai que la gloire et l'honneur peuvent être des propriétés personnelles, on n'en doit avoir que ce qu'on a mérité. »

Quant à la diction que Caton trouvait à sa portée, pour exprimer ses généreux sentiments, elle leur donne encore plus de valeur et d'énergie. Comme la langue ■^ont il use n'a pas encore été polie par la prédominance de l'élément grec, elle a, sons une couleur archaïque, je ne sais quel accent naïf, soudain, original, qui plaisait à Cicéron, et qui agrée encore, à dixhuit cents ans de distance.

Cicéron, dans son Brutus, place autour de Caton un certain nombre d'orateurs, parmi lesquels il y en a qui portent des noms illustres. Tel est Cornélius Scipion, le premier Africain. Il reste un court fragment de son discours contre le tribun Nœvius, qui l'accusait d'avoir reçu de l'argent du roi de Syrie Antiochus, pressé d'obtenir des conditions de paix plus douces et plus avantageuses :

« Je me rappelle, Romains, dit-il, que c'est aujourd'hui le jour, où i'ai vaincu dans un grand combat sur la terre d'Afrique le Carthaginois Hannibal, le plus mortel ennemi de votre empire, et où je vous ai gagné la paix et une victoire

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