TROISIÈME PÉRIODE
DE LA MORT DE SULLA A CELLE d'AUGUSTE
(^L'an 14 de l'ère chrélienne')
Idée générale du siècle d'Auguste.
A troisième période de l'histoire de lu littérature romaine, appelée souvent âge d'or des lettres latines, porte également le nom de siècle d'Auguste, parce que l'heureux successeur de César groupa autour de sa personne les hommes les plus distingués dans les lettres, dans les sciences et dans les arts. Aussi la postérité a-t-elle fait de lui le centre de la gloire émanée des œuvres de Cicéron, de Lucrèce, de Virgile, d'Horace, de Salluste, de Tite-Livc et des autres écrivains de cette brillante période.
On ne peut, d'ailleurs, refuser à Auguste le mérite d'avoir aimé les travaux de l'intelligence et d'en avoir favorisé l'essor. A ne le considérer que du côté historique, on voit que, soutenu dans ses desseins ambitieux par un Sénat complaisant, des prétoriens dociles et une fraction notable du peuple, décimé et découragé par les guerres civiles, il confisque la liberté au profit d'un despotisme aussi absolu que celui d un souverain
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d'Asie, concentre dans ses mains tous les pouvoirs, impose silence aux orateurs publics, détourne le peuple de ses comices pour le faire courir aux distributions de blé et aux spectacles, en un mot, substitue l'ordre, c'est-à-dire sa volonté personnelle, à l'émancipation démocratique. Mais il résulte de cette élimination, d'où naît le principat, que les esprits pacifiés dirigent, sous les youx et avec la protection d'Auguste, leurs élans spontanés ou réfléchis, leur force imitatrice ou originale, vers des travaux littéraires et artistiques qui sont la plus haute expression du génie latin. Auteur lui-même de Mémoires, à^ Exhortations à la philosophiey d'un poème sur la Sicile, d'Épigrammes et d'une ébauche de tragédie, Auguste assistait fréquemment aux lectures publiques, écoutant tout avec une courtoisie patiente, vers, narrations, dialogues, discours. Mécène, qui se piquait, comme ^on maître, d'être littérateur, ne désignait jamais un écrivain à la munificence du prince, que celui-ci ne le traitât en familier, en ami. C'est ainsi qu'il s'attira la reconnaissance plus sincère qu'élogieuse de Virgile, d'Horace, d'Ovide et de Varius.
Avec les lettres, que d'importantes modifications dans la langue arment d'un instrument presque aussi parfait que l'idiome des Grecs, l'architecture prend alors un grand développement. Auguste avait dit qu'il voulait « laisser de marbre la ville qu'il avait reçue de briques : » il fait appel à ses amis et à ses ministres, pour atteindre ce but. De nombreux monuments s'élèvent sous ses ordres, entre autres le temple de Mars Vengeur, sur le nouveau Forum, destiné à suppléer à l'insuffisance de l'ancien ; le temple de Jupiter Tonnant et celui d'Apollon sur le Palatin, avec une bibliothèque grecque et latine, dont la principale galerie renfermait une statue colossale en airain, représentant Auguste sous les traits d'Apollon, avec des niches, formant armoires, où l'on voyait les bustes peints ou sculptés des grands écrivains, couronnés de lierre. Auguste, dans sa vieillesse, aimait à y tenir les assemblées du Sénat. Deux
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autres bibliothèques, celles d'Octavie et d'Âsinius Pollio furent également construites par les soins de l'empereur, ainsi que le portique et la basilique de Caïus et de Lucius, fils d'i^grippa et de Julie, les portiques de Livie et d'Octavie, et le théâtre de Marcellus. L'empereur engage de toutes parts les principaux citoyens à orner la ville, chacun suivant sa fortune, soit en élevant de nouveaux monuments, soit en réparant et en embellissant les anciens. Ainsi furent érigés plusieurs édifices, dont les architectes sont presque tous inconnus, excepté S^ura et Batrachus, qui, chargés de bâtir le temple de Jupiter et de Junon dans le portique d'Octavie, gravèrent sur la base de l'une des colonnes un lézard et une grenouille, signification grecque de leurs deux noms.
Les autres monuments, suivant l'usage, portent les noms des hommes opulents qui les ont fait construire : le temple d'Hercule guidant les Muses, bâti par Marcius Philippus; le temple de Diane, par L. Cornificius ; le Vestibule de la Liberté^ par Asinius Pollio; un temple de Saturne, par Munatius Plancus ; un théâtre, par Cornélius Balbus: un amphithéâtre, par Statilius Taurus, et le Panthéon, avec une foule de beaux monuments, par Marcus Agrippa. Du reste, le génie artistique des Italiens entrait pour une faible part dans ces différents édifices. Us étaient remplis de magnifiques tableaux; mais c'étaient des dépouilles grecques transportées à Rome, œuvres d'Antiphile, d'Artémon, de Zeuxis, de Théodore, de Pausias, de Polygnote. A peine y trouvait-on quelques peintures d'artistes romains, tels que Fabius Picior, Pacuvius, Turpilius, Labéon, Plautius, Arellius, Faballus et Ludius Ce dernier cependant, habile et ingénieux, excelle dans Tart d'orner les villas de peintures décoratives, représentant des forêts, des collines, des plages, le long desquelles des personnages se promenaient en bateau. Quoique gêné par le petit nombre de couleurs détrempées mises à sa disposition, sa connaissance de la perspective lui permit de dessiner des gens se ren-
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dant à leurs maisons des champs, montés sur des ânes, ou en voiture, d'autres occupés à la chasse, à la pêche, aux vendanges. Il pratiquait également ce que nous nommons le genre. Ludius avait peint des hommes qui, pour arriver à une maison de plaisance, située au delà d'un marais, ont pris, moyennant salaire, des femmes sur leurs épaules, et les passent en porteurs qui tremblent et qui chancellent.
C'étaient aussi des Grecs qui avaient fait ou qui faisaient les statues répandues à profusion dans Rome. Les Romains ne sculptaient poiUt. Pasitélès, savant modeleur, auteur d'un grand nombre d'ouvrages, notamment d'un Jupiter d'ivoire, qu'on voyait dans le temple de Marcellus, est qualifié citoyen romain, mais il était né en Macédoine. La Grèce était aussi la patrie de Dioscoride d'Egée, un des quatre grands graveurs mentionnés par Pline. Il avait buriné sur une pierre précieuse le portrait d'Auguste, dont cet empereur et ses successeurs se servirent, comme de cachet, pour sceller leurs dépêches.
Cette absence d'artistes créateurs établit une différence notable entre le siècle de Périclès et celui d'Auguste; mais il serait injuste de prétendre que le siècle d'Auguste fut inutile au mouvement progressif de l'humanité. Le erand philosophe allemand Herder considère « la nation romaine et la littérature latine comme un pont jeté par la Providence sur l'abîme des siècles, pour porter jusqu'à nous les débris du monde antique. » On peut dire, en effet, que la glorieuse phalange d'esprits éminents, qui, chez les Romains, semblent s'être donné rendez-vous quelque temps avant ou après la naissance d'Auguste, a augmenté le précieux trésor que la Grèce avait transmis à l'Italie, et ouvert à la postérité des voies nouvelles dans la poésie, l'histoire, l'éloquence çt la législation.
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PREMIÈRE SECTION
POÉSIE
Poésie lyrique : Catulle, Horace.
La poésie lyrique est fille de la Grèce : elle y e«t liée d'elle-même, sans effort, comme un fruit du sol. Â Rome, elle ne trouva ni dans l'organisation morale ni dans la constitution politique du peuple, le point d'appui dont elle avait besoin. Aussi ne voit-on qu'un très petit nombre de Romains briller dans le genre lyrique, et jamais, malgré leur talent, ils ne dépassent le degré de sensibilité, de mollesse, de souplesse et d'harmonie, qui distinguent leurs modèles grecs. Il en est deux pourtant qui ont une haute et incontestable valeur : Catulle et Horace.
Caius Valerius CatuUus, naquit à Vérone, l'an 86 avant J .-C. Sa famille y occupait un rang distingué. C'est chez Valerius, père du poète, que César logeait, quand il pass&it par Vérone. On ne sait presque rien de sa vie. Elégant, homme de plaisir, il vint, tout jeune, achever à Rome son instruction, et se lia d'amitié avec le poète Licinius Calvus, dont les œuvres lyriques ont péri, l'orateur Hortensius, Cicéron et Cornélius Nepos, à qui est dédié son livre. Il possédait, dans le territoire de sa ville natale, sur la presqu'île de Sirmio, une villa qui s'étendait jusqu'au lac de Guarde et une autre près de Tibur. II paraît n'avoir occupé aucune charge publique : il détestait César, contre lequel il a lancé de violentes épigrammes. Mort à l'âge de trente ans, il a composé un volume de poésies, cent seize pièces, tout à fait diverses de sujets, de ton et d'étendue : genre lyrique, épique, satirique, élégiaque. Â ne le considérer pour le moment
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que comme imitateur des poètes lesbiens, Catulle a une grâce aimable, avenante, anacréontique; ses badinages, ses jeux d'esprit laissent passer à travers leur finesse des traits de sensibilité qui en relèvent le charme; le cœur s'unit à Timagination. Traducteur d'Alcée et de Sappho, il manie avec beaucoup dfart les procédés métriques des Grecs, auxquels il a le bonheur d'ajouter un courant de veine originale et vraiment personnelle. Tel est le mérite particulier des pièces ayant pour titre le ?rintemps, la Barque, le Chant nuptial, ou bien encore des vers sur le Dieu des Jardins et sur la Mort du passereau de Lesbie, nom donné par Catulle à Clodia, dont il était épris.
Le dieu des jardins.
Cet enclos, jeunes gens, cette chaumière, à deux pas d*un marais, couverte de joncs et de glaïeuls, c'est moi, chêne desséché, équarri par la hache villageoise, qui les nourris et les fais prospérer tous les ans. Car les maîtres de cette pauvre cabane, le père et le fils, m'honorent et me saluent comme un dieu. L'un, d'une vigilance assidue, veille & ce que l'herbe et la ronce épineuse soient écartées de mon modeste autel; l'autre apporte toujours de grandes offrandes de sa petite main. Au printemps fleuri, on dépose devant moi une couronne aux brillantes couleurs ; puis c'est le tendre épi à la barbe doucement verdoyante, la violette sombre, le sombre pavot, la courge pâle, la pomme au suave parfum, le raisin rouge sous la pourpre tutélaire qui l'ombrage. Quelquefois même, mais n'en dites rien, sur mon autel coule le sang d'un bouc barbu ou d'une chèvre aux pieds de corne. Pour tant d'honneurs, Priape doit, en retour, protéger le petit jardin et la vigne du maître. Aussi, enfants, portez ailleurs vos rapines. Le voisin d'à côté est riche et son Priape négligent. Faites chez lui vos maraudes; cette sente vous y mènera tout droit. »
Mort du passereau de Leshie.
« Pleurez, Grâces et Amours, et tout ce qu'il y a d'hom-