‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 24 sur 80 · CATULLE. I4J · texte numérisé non relu

CATULLE. I4J

mes aimables. Le passereau de ma maîtresse est mort, le passereau, délices de ma maltresse, qu'elle aimait plus que ses yeux. Il était doux comme miel; il la connaissait aussi bien qu'une fillette sa mère. Jamais il ne s'éloignait de son sein, mais il sautillait de ci de là, et gazouillait toujours vers sa maîtresse. Et maintenant il suit le chemin ténébreux, d'où ne peut revenir personne. Soyez maudites, fatales ténèbres de i'Orcus, qui dévorez toutes les choses jolies, qui m'avez ravi un si joli passereau. O méfait, ô malheureux passereau, tu es cause aujourd'hui que les yeux charmants de ma Lesbie sont rougis et gonflés par les pleurs ! »

A peine s'aperçoit-on de quelques formes archaïques, tant la contexture de ces vers, ingénieusement calquée sur les rythmes grecs, est simple, naturelle, coulante. La route est frayée à qui voudra la suivre : Horace y entre de plain-pied.

Horace, — Sur les confins des antiques provinces d'Âpulie et de Lucanie, dans la Basilicate moderne, contrée riche et fertile, entourée de montagnes et arrosée par des ruisseaux tributaires de l'Aufide (0/anto)y s'étend, le long de la pente occidentale d'un riant coteau, la ville de Venosa, siège d'un évêché, et remarquable par les mausolées des ducs de Normandie. C'est dans cette ville, nommée jadis Venusium, et traversée par la voie Âppienne, que naquit, le 8 décembre 6$ avant J.-C, Quintus Horatius Flaccus, auquel nous donnons le nom d'Horace. Il s'est amusé, dans une de ses odes (III, iv, vers 9 et suiv.), à entourer son berceau de faits merveilleux, semblables à ceux que racontent les légendes sur l'enfance de Stésichore, de Pindare et de Platon. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'Horace eut le bonheur d'avoir un père plein de bon sens naturel et d'une tendresse ingénieuse et dévouée. Affranchi, mis en liberté, peu de temps avant la naissance du poète, il exerçait la charge de collecteur d'impôts (coactor) ou de sommes perçues aux ventes à l'enchère. De ses profits il avait acheté, dans le voisinage de Venouse,

une petite ferme, où naquit son fils. Dès que celui-ci fut en âge d'apprendre, il l'envoya d'abord à une école tenue par un certain Flavius; puis, quand l'enfant eut douze ans, il le conduisit à Rome, où il se procura une charge d'huissier aux ventes publiques, et se consacra tout entier à l'éducation du futur poète. Grâce à la sollicitude vigilante et aux judicieuses leçons de son père, Horace fut élevé sous le martinet d'un ancien soldat, Orbilias, professeur de littérature grecque et latine, avec autant de soin que les fils des chevaliers et des sénateurs. 11 en exprime d'ailleurs sa profonde gratitude dans des vers consacrés à la mémoire de l'excellent homme auquel il dut, après la vie, la morale simple et pure, les vertus pratiques, qui sont le fond de toute saine philosophie. A seize ans, il prend la robe virile, et se rend ensuite à Athènes, pour continuer ses études, en société du fils de Cicéron et de quelques jeunes patriciens, Bibulus, Acidinus, Messala. Déjà il s'était lié d'une étroite amitié avec Lucius Varius et Virgile. Il fréquentait depuis un an les écoles athéniennes, étudiant la philosophie et la poésie, et exerçant son génie naissant dans des œuvres légères, lorsqu'on apprend l'arrivée de Brutus et de Cassius, meurtriers de César. Ils sont reçus comme des héros de la vieille liberté romaine. Horace répond à leur appel, est nommé, à vingt-deux ans, tribun des soldats, commande une légion à Philippes, et partage la défaite de l'armée républicaine, signalée par la perte de son bouclier, de son angusticlave et de son anneau. Après avoir suivi quelque temps son chef militaire dans plusieurs villes d'Asie, il revient à Rome, sans argent, sans appui, sans famille ; soi^ père était mort pendant son absence. Malgré ces revers, Horace, ne voulant ni faire sa soumission aux triumvirs ni se réfugier sur la flotte des partisans de Sextus Pompée, se décide à vivre de son talent. « La pauvreté, comme il le dit, lui donne de l'audace à faire des vers ». Son humeur railleuse développant

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