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son penchant pour la poésie satirique, il s'inspire de la lecture d'Archiloque, d'Hipponas et d'Aristophane, et compose ses Epodes, ainsi que quelques-unes de set Satires. Il réunit de cette manière un peu d'argent^ et achète une place de scribe du questeur, qui lui permet de vivre au gré de ses goûts modestes. Pendant ce temps, quelques-uns de ses poèmes attirent Tattention de Varius et de Virgile, qui le présentent à Mécène, dont il ne tarde pas à devenir l'intime ami. Un an ou deux après le commencement de leur amitié, Horace accompagne son patron dans ce voyage de Brundusium, qu'il a si agréablement décrit dans la cinquième satire du livre premier. Vers l'an 34, Mécène fait présent au poète d'une ferme dans la Sabine, dont il s'est plu à retracer le site pittoresque : pics élevés, vallée profonde, source voisine de l'habitation, torrent impétueux, emportant quelquefois dans ses crues les espérances du laboureur. Les découvertes de la science moderne placeot ia petite propriété da poète derrière le village actuel de Rocca-Giovane, non loin du mont Corgnaleto, jadis le Lucrétile : la vallée est celle d'Ustica, arrosée par la Digentia (Licenza), un des affluents de i'Ânio, dans le voisinage du petit bourg de Mandela. Outre ce domaine, Horace s'était fait acq'iéreur d'une maison à Tibur, dont la situation magnifique ne lassait jamais son admiration. Il en alternait le séjour avec celui de sa villa.
Vers l'an 24. avant J.-C. , notre poète, âgé de quarante-deux ans, ayant été obligé, par ordre de son médecin, de quitter le climat un peu âpre de la Sabine et les miasmes fiévreux de l'atmosphère de Rome, pour achever de rétablir sa santé dans le midi 4e l'Italie, retourna visiter son pays natal. Quand il rentra dans Rome, il trouva ia ville désolée par une inondation du Tibre, par la ciute de la foudre sur Is Panthéon et par la rig leur d'un long hiver. Il essaya de rassurer ses concitoyens^ en leur montrant Auguste cooame un dieu tutélaire, se livra lui-même avec une
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nouvelle ardeur aux compositions poétiques, qui avaient occupé toute sa vie, et écrivit, dans ]a maturité complète de son génie, ses Odes les plus belles, ses Discours (Sermones) les plus ingénieux et les plus sensés, et enfin son Art poétique, code éternel de la raison et du goût. Il était âgé Je cinquante-six ans, lorsqu'il l'envoya, sous forme d'Épitre, à ses amis les Pisons. Ce fut son testament littéraire. Mécène venait de succomber à la fièvre qui le consumait depuis trois ans. Horace avait promis à son ami de le suivre au tombeau. Il tint parole, et mourut, presque subitement, à Rome, le 27 novembre de Pan 8 avant J.-C. La rapidité soudaine de son mal ne lui permit pas de signer son testament; mais, en présence de témoins, il institua Auguste son héritier. L'empereur lui fit faire de magnifiques funérailles, et plaça son tombeau à l'extrémité des Esquilies, auprès du mausolée de Mécène.
Horace a dessiné son portrait : dans sa première jeunesse, il avait la taille courte, ramassée, les cheveux noirs, avancés sur le front, le teint frais, coloré, les traits fins, le sourire aimable, les yeux grands ouverts, mais bordés d'un rouge, qui trahissait un état morbide des paupières. De bonne heure, ses cheveux blanchirent : l'usage, même modéré, du vin et des plaisirs affaiblit sa compiexion, lui fit rechercher avec plus d'empressement la chaleur et le soleil, et rendit sa vue encore plus délicate. Vif, agréable causeur, prompt à la réplique, il ne dédaignait pas un certain luxe de toilette, dépensant noblement, grand amateur de peinture et d'objets d'art. Né violent et colère, il s'apaisait aisément, manifestait un peu d'embarras et de froideur dans les premières entrevues, mais demeurait fidèle dans l'amitié; railleur spirituel des travers de ses semblables, il était toujours prêt à se censurer lui-même et à faire bonne justice de ses propres défauts.
Après s'être exercé, dans sa première jeunesse, à écrire des compositions en langue grecque, Horace
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trouva meilleur de transporter dans la poésie latine les <^dences harmonieuses et variées, les images sublimes ou gracieuses d'Alcée, de Sappho, de Pindare et des autres lyriques de la Grèce. Catulle lui en donnait l'exemple : il le suivit, et il le surpassa. SMl n'a point toujours à son service IMdiome souple, flexible, ductile, dont usaient ses modèles, il a comme eux la force contenue, l'abandon réservé, l'imagination tour à tour énergique et gracieuse, qui sont la beauté foncière et essentielle de la poésie lyrique. La variété du ton, la diversité des pièces où se pressent et se succèdent la passion, la tendresse, la mélancolie, la joie, la simplicité, la grâce, l'élégance, la vigueur, permettent de diviser en cinq classes distinctes les compositions d'Horace, qui portent le nom d*Odes et d'Épodes»
1**. — Pièces légères, fugitives ou satiriques, adressées à ses amis ; billets en vers, invitations, querelles d'amour, dépits aimables, traits mordants contre les pratiques de la sorcellerie, l'avarice des usuriers, les bavardages des langues curieuses.
a*.' — Pièces anacréontiques, exprimant l'amour du plaisir et de la passion satisfaite, mais dans la mesure moyenne, qui a toujours été recommandée par Horace. C'est aussi dans ces sortes de compositions que le poète excelle à peindre, avec une exquise fraîcheur, les joies du printemps et les tristesses de l'hiver, le spectacle de la nature, les bois, les ruisseaux, les coteaux, les prairies : il dessine, avec une suavité ravissante dé pinceau, les paysages harmonieux, les tableaux complets dans leur brièveté savante, les groupes d'images riantes et délicieuses, qu'il se plaît à présenter à l'esprit quelquefois à l'aide d'un seul trait, d'un seul mot. '
3°. — Pièces religieuses : Ce sont des œuvres d'esprit plutôt que de foi convaincue. Horace avoue
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Iui-inêm« qs'il est on froid tdorateur d«t dieoz. La mythologie n'est donc pour lui qu'un filon poétique et non pas un fond de dogmes déterminés. Toetefois, il semble résulter de qnelquee-unes de ses compontion* que sa raison admet l'existence d'un pouvoir sovTe' rain, étemel, d'où émane IMdée de l'honnête et du bien, qui juge les actions humaines et qui préside au conrt des événements.
40. — Pièces nationales. L'amour de la patrie, la fierté romaine, dans toute sa force et dans sa pleine franchise, donnent à ces pièces un caractère d'inimitable originalité. Horace s'y montre le digne émule de Pindare, soit qu'il reproche aux Romains de son temps la corruption de leurs mœurs, soit qu'il oppose au tableau de leurs vic^s celui des vertus et de la piété de leurs pères. Mais c'est surtout contre les guerres civiles qu'il s'élève avec l'indignation d*un homme de bien. Rome, que n'ont pu dompter ni les Marses, ses voisins, ni les Toscans de Porsena, ni la jalousie de Capoue, ni l'atvimosité de Spartacus; la maîtresse de l'univers, que l'implacable Hannibal et la farouche Germanie, avec sa jeunesse aux cheveux blonds, ont en vain tenté de détruire, il tremble et i) gémit de la voir succombant sous ses propres forces, et déchirée par ses enfants. C'est encore le même amour de son pays qui l'inspire, quand il adresse à Auguste ses vœux, ses prières, ses chants de triomphe. Il serait donc injuste de croire que les éloges qu'il lui accorde sont l'e-^^pression d'uneservile flatterie; ils partent d'une âme dévouée au salat de Rome. Il est convaincu que, si Auguste eût résigné le pouvoir, l'anarchie, la guerre civile et les massacres ne tarderaient pas à reparaître. Ainsi ses vers ne sont pas d'un courtisan qui rampe devant une puissance usurpée, mais d'un honnête citoyen, qui se soumet avec sincérité au gouvernement de celui a qui l'on doit le repos de Rome et du monde. De cette manière, son indépendance n'est pas tellement engagée qu'il abjure ses sentiments et ses