CATULLE
«a donlenr en ce« mou, entrecoupés de sanglots et de larmes :
K Cest donc ainsi, perfide, qui m*as ravie aux rives paternelles, que tu m'abandonnes sur ces rives désertes; c'est ainsi qne tu pars, au mépris de toua les dieux. Rien n'a pu fléchir ton cruel dessein ; nul sentiment de clémence n*a pn décider ton cœur barbare A prendre pitié de nous! Hélas! U on ne parlait que des joies de notre union, que du bonheur de rhyménée, mensonges que les vents dn ciel ont emportés comme un nuage. Et pourtant, c'est moi qui t'ai arraché aux étreintes du trépas, qui t'ai sacrifié mon frère, plutôt que de t'abandonner & l'heure suprême, ô traître I Et pour prix de ce bienfait, je vais être livrée & la dent des bétes féroces, à la voracité des oiseaux de proie, et, morte, mon corps restera sans sépulture, sans terre qui le recouvre. Quelle lionne a pu t'enfanter? e't dans quel antre désert? Quelle mer t'a conçu, t'a vomi du fond de ses eaux écumantes? Quelle Syrte, quelle vorace Scylla, quelle Charybde effroyable t'a donné l'être, & toi qui payes d'un tel salaire la vie, l'heureuse vie qu'on t^a sauvée ! Ah 1 si tu ne pouvais te résoudre à notre hymen, par respect pour les ordres cruels d'un père accablé par TAge, ne pouvais-tu, du moins, m'emmener dans votre maison ? J'aurais été encore heureuse d'être ta servante, ton esclave, de verser sur tes beaux pieds l'onde pure, d'étendre sur ton lit les tapis de pourpre... Mais que fais-je? Pourquoi adresser ces vaines plaintes aux vents? La douleui m'égare ; ils sont sont ds, insensibles, ils ne peuvent ni entendre mes gémissements ni y répondre!... Nul moyen de fuirl Pas d'espoir! Tout est muet, tout est désert; partout, partout la mort ! Du moins mes yeux ne s'éteindront point dans la nuit' du trépas, la vie ne quittera point ce corps épuisé parla douleur, sans que je demande aux dieux le juste chAtiment de celui qui m'a trahie, sans que j'implore, à ma dernière heure, la foi vengeresse des habitants du cieU »
On trouve, dans ce monologue, le véritable ton de Pépopée, la couleur même du drame, et c'est un honneur pour Catulle d'avoir si bien rencontré. Cepen-
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dant, en matière épiqae, toas les autres nomn s'éclipsent devant celui de Virgile.
Lorsqu'on suit, en soriant de Mantoue, dans la direction du S.-E., la rive droite dn Mincio, on rencontre, à trois kilomètres de la Tille, le modeste village de Pietola, nommé Andes du temps des Romains. C'est un pays de végétation et de verdure, en contraste avec le désert sablonneux, qui s'étend du pied des monts Euganéens à l'Adige. Les prairies, les saules et les peupliers y annoncent une nature humide et féconde, un paysage fertile, au milieu duquel se dessine la ville de Mantoue, avec ses murailles noires, ses tours angulaires, ses palais crénelés. Le Mincio, au cours lent et tranquille, arrose la campagne environnante, qu'il semble quitter avec regret. C'est dans ce village do Pietola que Virgile (Publius Virgilius Maro) naquit l'an 70 avant l'ère chrétienne. Le père du poète, V^irgiiius Maro, exerçait, selon les ans, la profession de potier; selon d'autres, celle de cultivateur, vivant honnêtement du revenu de sa ferme, située au bas d'une montagne boisée entre le Pô et le Mincio : terrain pierreux, borné par un marécage couvert de roseaux. La mère de Virgile, Magia ou Maia Polla, était fille d'un bourgeois de Mantoue. Jusqu'à l'âge de seiz^^ ans, Virgile séjourne à Crémone, où il reçoit I s premiers éléments des connaissances et prend la toge virile. Il se rend alors à Milan pour étudier la méiecine, les mathématiques, les sciences et la philosophie, passe par Rome et gagne Naples, où le grammairien Parthenios complète son éducation dans les lettres grecques. Il est à croire que cette variété de notions, amassée» dans un seul esprit, n'est pas étrangère aux traditions C|ui ont fait de Virgile un savant universel, aussi versfi dans l'art du vétérinaire que dans la poésie, et même initié aux sciences occultes des magiciens et des sorciers.. Ce qu'il y a de certain, c'est que, de retour à Rome, l'an 47, il suit les leçons de Syron, philosophe épicurien, dont les doctrines eurent moins d'inâuence sur l'intelligence de son élève
VIROILE. 15]
que celles de l'école platonicienne, et qu'il demande des conseils au poète Furius Bibaculas, tourné plusieurs fois en ridicule par Horace. Deux ans plus tard, la délicatesse du tempérament de Virgile, entretenue par une grande faiblesse de l'estomac, des maux de tête et de fréquents crachements de sang, l'engage à revenir à Andes, d'autant plus qu'une timidité insurmontable le détournait de l'éloquence et de la ▼ie publique. Il se consacre alors tout entier à la poésie, encouragé déjà par les leçons de Parthenios, qui avait sans doute deviné le génie de son élève. Ses premiers essais, le Moucheron, VAigrette, la Cabaretière, n'ont rien de bien remarquable : il y a pourtant de jolis vers descriptifs dans le Moretum, Mais les Bucoliques, genre imité de Théocrite, d'après les conseils d'Âsinius Pollio, dont le poète était devenu l'ami, le signalent à l'attention des lettrés. Un incident notable le met en relation avec Mécène et Octave. Les biens du père de Virgile, si modestes qu'ils fussent, avaient été compris dans le partage du territoire mantouan, distribués aux vétérans des légions, et ils étaient tombés aux mains d'un certain Clodius. L'intervention des amis du poète auprès du triumvir lui fait restituer son domaine; circonstances dont il a consigné je souvenir dans la première et dans la neuvième Églogue. Après la paix de Brundusium (40 avant J.-C.), Virgile, admis dans l'intimité de Mécène, et vivant moitié à Rome, moitié à Andes, fait partie du voyage si spirituellement raconté par Horace (Sat. V, liv. I®»"), et qui avait pour but d'aller au-devant d'Antoine, rappelé d'Athènes par Octave. Six ans avaient été donnés aux Bucoliques; Virgile en emploie sept à écrire les Géorgiques, qu'il compose presque tout entières dans la basse Italie, à Naples et en Sicile. C'était son pays de prédilection. La magnificence réunie des montagnes et de la mer, l'inépuisable fécondité du sol, la variété infinie des horizons, tout ce qu'il ne pouvait rencontrer au milieu des paysages plus sévères et plus sobres de la Cisal-
ao
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pine, y venait en aide à Tidée patriotique, qui fait le fond de son chef-d'œuvre. Ce beau poème achevé, Virgile concentre désormais les forces de son génie sur Y Enéide f qu'il préparait depuis longtemps. Après onze années de travail, la pensée lui étant venue de faire voile vers la Grèce et l'Asie, afin de donner à son oeuvre toute sa perfection, il s'embarque pour Athènes, où il rencontre Auguste, qui revenait d'Orient, et qui le décide à rentrer avec lui en Italie. La maladie de languear, dont il souffrait, s'étant aggravée, à peine arrive-t-il à Brundusium, d'autres disent à Tarente, qu'il y meurt le si septembre de l'an i8 avant J.-C, à l'âge de cinquante et un ans. Il avait demandé que son corps fût transporté à Naples, et son Enéide brûlée : Auguste ne voulut accomplir que le premier de ces vœux. On voit, en effet, le tombeau de Virgile dans des jardins plantés au-dessus de la route souterraine qui sert d'entrée au chei^in^de Naples à Pouzzoles, à travers le Pausilippe : VEnéide, sauvée des flammes, est dans toutes les mains.
Virgile était de grande taille, le teint mat et brun, l'air maladif, mélancolique, les traits délicats, avec quelque chose de champêtre dans la physionomie : sa démarche était gauche, timide, embarrassée, de sorte que les Napolitains, race plaisante et rieuse, l'avaient malicieusement surnommé Parthenias, la demoiselle. Il osait à peine paraître en public. A Rome, il se dérobait à la foule qui voulait lui faire cortège. Un jour qu'il entrait au théâtre, les spectateurs se levèrent pour rendre hommage à son génie : il faillit s'évanouir. On dit qu'il composait lentement, dictant le matin un certain nombre de vers, puis employant le reste de la journée à les corriger, à les réduire, à les polir; imitant, selon le mot qu'on lui prête, more ursino, l'habitude de l'oùrs qui lèche ses petits pour leur donner la forme.
Quel que soit, du reste, le procédé qu'il a pratiqué, Virgile est, sans contredit, le premier des poèteslatins : l'antiquité l'a proclamé tout d'une voix et les temps
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modernes souscrivent à ce jugement. Il n'a pas le génie créateur, qui ne se rencontre guère qu'aux époques primitives; mais il se montre penseur plus profond, philosophe plus compréhensif, cœur plus tendre, âme plus rêveuse et plus sensible que pas un des poètes grecs, ses devanciers et ses modèles. Chez lui, la raison s'unît à l'imagination, et les couleurs qu'il emprunte aux autres, il les fond, les combine et les assortit au moyen d'un pinceau, dont la suavité a été rapprochée de celle de Raphaël. Quant à la langue, qui lui sert à exprimer ses sentiments et ses idées, elle est à lui en propre, il se l'est créée, et il en tire des sons d'une harmonie comparée avec raison avec les accords doux et mélancoliques de Mozart. Il ne faut pas croire cependant que Virgile soit étranger à l'énergie, à la mâle vigueur. Non seulement il donne de la chaleur, de la vie, de la passion aux objets, même insensibles, mais il a un souffle, un élan, une puissance, qui l'élèvent et le maintiennent à la hauteur d'Homère et de Sophocle, ses maîtres làvoris.
Les trois grandes œuvres de Virgile sont les Bucoliques, les Géorgiqùes et VÉnéide. D'après le plan que nous nous sommes, tracé de subordonner la marche de notre critique à la classification par genres, nous examinons d'abord son épopée.
Enéide. — Dans son essai sur la poésie épique, Voltaire dit ingénieusement que, « s^ Homère a fait Virgile, c'est son plus bel ouvrage. » Homère, en effet, est le père de toute épopée, et Virgile a puisé à pleines mains dans l'œuvre de son modèle : c'est par centaines que Macrobe met en regard les vers de l'un et de l'autre poèt^, sans compter que Virgile ne se fait aucun scrupule d'emprunter A tous ses autres ancêtres grecs et latins. Mais ce manque d'originalité individuelle n'empêche pas que Virgile, après Homère, ne soit au-dessus de tous les poètes qui l'ont suivi. VEnéide, même inachevée, est une des œuvres qui
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font le plot d'honneor à l'esprit humain. Résomant VJliade et l'Odyssée, elle a de plos le mérite d'être un poime national : elle continue le giilon tracé par NctIus et par Enains, pour y faire germer une moisson nouvelle. A tort on à raison, les Romains se prétendaient les descendants d'Enée', père d'IulA, et par conséquent aïeul de la maison des Césars. Virgile tire le pi as heureux parti de cette croyance légendaire : du même coup il glorifie la race romaine, en rattachant ce peuple d'aventuriers à la splendeur de Troie, et il légitime, du mieux qu'il peut, l'usarpation d'Auguste, assis sur un trône qu'avaient occupé ses aïeux, et que lui réservait la volonté immuable du Destin. Le cadre où il fait mouvoir les éléments de cette idée, dont l'habileté politique a pour excuse un (>atriotisrae sincère, est simple comme ceux des fictions homériques.
Après la ruine de Troie, qui doit revivre dans Rome, future maîtresse de la Grèce asservie et de l'Asie vengée, Enée, fils de Vénus et d'Anchise, suivi de tous les Troyens échappés à l'esclavage, s'embarque pour l'Italie, oiï les destins lui ont promis uù grand empire. Sept ans de courses errantes le tiennent» lui et ses compagnons, loin du territoire désigné par Jupiter. Enfin, une tempête les pousse des côtes de la Sicile vers celles de l'Afrique, où le poète, usant d'un anachronisme, admis déjà par Nsvius, et qui lui sert à produire un drame des plus émouvants, suppose que Didon vient de fonder Carthage. La reine phénicienne retient quelque temps Enée auprès d'elle, mais les dieux parlent, et le héros s'éloigne de Didon, qui se donne la mort. 11 arrive en Italie, visite aux Enfers l'ombre de son père, qui lui montre toute sa descendance, et demande au roi Latinus la main de sa fille Lavinia; mais Lavinia est promise à Turnus, roi des Rutules. Les Troyens sont forcés de soutenir une guerre, à laquelle prennent part contre eux divers peuples du Latium et de l'Étrurie. Plusieurs batailles se donnent, sans rien décider. A la
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fin, Enée et Turnas conviennent de lutter en combat singulier: le prix du combat est Lavinia; Enée triomphe de son rival. C'est là toute VEnéide, à n'en considérer que l'idée première et le plan général.
Mais une abondante variété de récits et d'épisodes y composent une suite de peintures, traitées avec une perfection qui justifie tous les éloges prodigués an génie de Virgile. De ce nombre sont le récit fait à Didon par Enée de la prise de Troie et de ses aventures sur les mers et dans la Sicile, la rencontre du héros troyen et d'Andromaqae en £f»re, les jeux célébrés en l'honneur d'Anchise, la descente d'Enée aux Enfers, l'ambassade inutile de Venulus auprès de Diomède, la lutte oratoire de Turnos et de Drancès, la description du bouclier, oii sont gravés les plus grands événements de l'histoire de Rome, l'épisode de Nisus et Euryale, analysé avec une émotion communicative par Bernardin de Saint-Pierre dans ses Harmonies fraternelles, celui de Lausus et Mézence, une des compositions les plus originales du poète latin, enfin celui de Camille, empreint de grâce et de touchants regrets. A ces qualités éminentes, soutenues par un style de la plus rare valeur, il ne faut pas manquer d'ajouter l'emploi du merveilleux, habilement adapté à l'époque lointaine des faits racontés par VEnéide, et si ingénieusement manié, qoe Virgile semble plutôt un croyant qu'un artiste. Aussi les Romains furent-ils si vivement frappés de l'apparition de ce chef-d'œuvre, que Properce le salua de cette exclamation enthousiaste : « Faites place, écrivains de Rome; faites place, écrivains grecs; il natt je ne sais quoi de plus grand que V Iliade l » La postérité, sans aller si loin, accorde à chacun la part qui lui est due, et met Virgile entre Homère et Dante : c'est une trinité de génies.
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POisiB D]IA.MATI(^UB
!• Tragédie : Jules-César, L. Varius, Ovide, Asinius PoUio, Mécène, Auguste* — 2* Comédie : Melissiis, Valgius, Calpurnius. — 3* Mimes : Ch. Mattius, Laberius. — P. Syrus.
Poésie dramatique, — Le drame régulier ne sort guère du passé et des imitations grecques. On joue et on applaudit les pièces d'Ennius, de Pacuvius, d'Acci us, de Plautô et de Térence, auxquelles font concurrence quelques œuvres nouvelles. Le Romain, en effet, a le souffle tragique et une heureuse audace, mais il n'est pas assez travailleur pour en bien user. Le théâtre purement littéraire ne lui plait qu'à demi. Il préfère le plaisir des yeux à celui des oreilles. Des décors voyants, un costume violet, des girafes, des éléphants blancs, des pugiles et des funambules, semblent avoir le privilège exclusif de ravir la foule. La pièce, suivant le témoignage attristé d'Horace, a l'air d'un conte fait à un âne sourd, tandis que la toile demeure baissée pendant quatre heures et plus, pour voir défiler des bataillons de fantassins, des escadrons de cavaliers, des chars, des litières, des fourgons, des vaisseaux même, avec des rois vaincus, les mains liées au dos et marchant derrière la pompe triomphale. Que peut faire avec un pareil public le poète, qui s'est donné pour mission de serrer le cœur, de l'irriter, de l'apaiser, de le remplir, en un mot, du doux effroi que doit inspirer la tragédie ? Il n'a garde de s'y aventurer» Cependant quelques écrivains protestent parleurs œuvres contre le faux goût du jour.
I" Tragédie, JuleS'-César, dans sa jeunesse, écrit une tragédie d'Œdipe, imitée sans doute de Sophocle. Lucius Varius compose un Thyeste, que Quintilien
POésiB DRAMATK^VE. 159
compare à ce qoe les Grecs ont de meilleur. Selon le même criliqae, la Médée d'Ovide montre tout ce que ce poète aurait pu faire, s'il eût su modérer son génie, au lieu de lui donner une trop libre carrière. Il en reste ce vers, demeuré célèbre :
« Servare potui, perdere an possim rogas ?
J'ai pu le sauver, et tu me demandes si je puis le perdre ? »
On ne sait pas le titre des tragédies d'Asinius Pollio, mais il est certain que cet ami d'Antoine et d'Octave, ce protecteur zélé de Virgile et d'Horace, fut aussi bon poète tragique qu'habile orateur et historien distingué. Mécène, au dire de Sénèque, qui raille son style ampoulé, composa une tragédie intitulée Vrométhée, On y Usait ce vers :
« Ipsa enîm ahîtudo attonat summa.
L'élévation même attire la foudre sur les sommets. »
Auguste s'était lancé avec enthousiasme dans la confection d'un Ajax, mais il effaça cette pièce, mécontent du style. <t Oiî en est votre Ajax? lui demandaiton. — Il a péri, dit-il, frappé de l'éponge. »
a* Comédie, La faiblesse de la comédie latine, après Plante, Cœcilius et Térence, est un fait que tous les critiques oût successivement regretté. Nous ne mentionnons donc que pour mémoire, durant cette période, les noms de Melissus, de Valgius et de Calpurnius. C. Melissus, de Spolète, affranchi de Mécène et bibliothécaire d'Auguste, écrivit des pièces dites TrabéeSj à cause de la robe de couleur pourpre {trahea)^ dont ses personnages étaient revêtus. Il n'en reste que le souvenir. On a recueilli quelques vers d'un Actéon de Valgius, qu'il ne faut pas confondre avec le poète T.Valgius Rufus, ami d'Horace et de TibuUe.
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Oo cite également une pièce intitulée Phronesis, attribuée à un certain Calpurnius, différent du poète sic!lien, qui s'essaya dans le genre bucolique au déclin de la littérature romaine.
3' Mimes, Les mimes ((iiu£i(70ai, imiter, contrefaire, (itpioc, imitateur) sont d'invention dorienne. On en attribue la forme littéraire à Sophron de Syracuse, qui se plut à voiler une vérité sérieuse sous un masque jovial et railleur. Les Romains, moins déliés, assaisonnèrent de gros sel, de plaisanteries épicées ou de farces indécentes, les scènes dans lesquelles l'acteur, demi-masqué, coiffé d'un bonnet de fourrure, comme les fous, et affectant des allures grotesques, tournait en ridicule, par une pantomime expressive, plutôt que dans un dialogue suivi, les vices et lei travers des particuliers. Il y avait des mimes tragiques et des mimes comiques : l'acteur Pylade excellait dans le premier genre, et son rival Bathylle dans le second.
Trois poètes, entre autres, se distinguent dans la composition de ces pièces. Cn. Mattius, Decimus Laberius et Publius Syrus.
Cn. Mattius, ami de Jules-César et de Clcéron (40 ans avant J.-C), homme d'esprit et de savoir, traducteur de l'Iliade, écrivit des mimiambes, à la façon d'Hipponax, c'est-à-dire en vers scazons ou boiteux, parce qu'ils admettent un spondée au sixième pied. Mais ce qui faisait surtout l'originalité de Mattius, c'est qu'il était plein d'adresse à forger des mots harmonieux et à leur donner- un tour neuf, expressif. Ainsi, il parle de tapis « enivrés de teinture », du soleil « rajeunissant sa lumière » des « amertumes de la vie adoucies par la raison », sans que son style manque aux lois de la construction latine et à la précision du sens que la langue impose aux mots.
Decimus Junius Laberius ($0 ans avant J.-C), chevalier romain, est auteur d'une quarantaine de mimes, dont on a conservé les titres. Son style, imprégné d'une apreté rade et mordante, pénétrait à fond ceux
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contre lesquels il décochait ses traits. Il est probable qu'il avait irrité César. Aussi le dictateur, durant les fêtes de sou triomphe, le contraignit-il à monter sur la scène, au prix de cinq cent mille sesterces et à jouer lui-même dans ses mimes. Laberius s'exécuta, la mort dans l'âme, mais son indépendance retrouva toute sa fierté moqueuse dans le prologue de sa pièce, chefd'œuvre de persiflage et de douloureuse protestation , conservé par Macrobe dans ses Saturnales,
• Nécessité, dont tant de mortels ont voulu, dont un si petit nombre a pu éviter le choc et les traverses, où m'as- tu fait déchoir au déclin de ma vie? Jamais nulle sollicitation, nulle largesse, nulle crainte, nulle violence, nulle autorité n'a pu, dans ma jeunesse, me faire déchoir de mon rang; et me voilà, dans ma vieillesse, renversé sans peine par la voix d'un homme excellent, à l'âme clémente, au langage plein de douces flatteries et de caresses. Et de fait h. qui les dieux n'ont pu rien refuser, qui souffrirait que moi, simple mortel, j'oppose un refus? Moi donc, après deux fois trente ans passés sans flétrissure, sorti de mes Pénates, chevalier romain, j'y rentrerai mimel Ah! j'ai vécu un jour déplus que je n'aurais dû vivre. Fortune, excessive dans le bien et dans le mal, si c'était ton caprice de briser la cime florissante de ma renommée et de ma gloire littéraire, pourquoi, lorsque verdoyait la vigueur de mes muscles et que je pouvais plaire au peuple et à un si grand homme, ne m'as-tu pas courbé pour me cueillir sur ma tige flexible? Aujourd'hui où m'abaisses-tu? Q.u*apporté-je à la scène? La beauté du visage? Le digne maintien du corps ? L'énergie de l'âme ou le son agréable de la voix? Comme le lierre en grimpant tue les forces de l'arbre, ainsi me tue la vieillesse sous ^étreinte des ans. Semblable à un tombeau, je n'ai plus rien qu'un nom. «
Rollin dans son Traité des études (Livre III, chap. I, art. II), n'a pas dédaigné de critiquer et de traduire cette «pièce d'un goiit exquis», et de faire ressortir la juste douleur du poète de s'être déshonoré
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par une lâche complaisance pour le prince. Cependant il est bon de remarquer que Laberius n'épuisa pas, dans le prologue de son mime, les flèches dirigées contre son persécuteur. Au cours même de la pièce, il revient à la charge et renouvelle sa vengeance. Sous le costume d'un esclave nommé Syrus, qui, meurtri de coups, se dérobe à son maître : « C'en est fait, Romains, s'écrie-t il, nous avons perdu la liberté ! » Et bientôt après il ajoute :
« Il faut qu^il craigne tout le monde celui que tout le monde craint! »
A ces mots, le peuple entier tourne les yeux vers César, dont on se plaît à voir le despotisme lapidé par cette grêle de traits blessants. Cependant Laberius n'eut pas la consolation d'être le premier des mimes. La représentation achevée. César, pour se venger, accorda la palme à Publius Syrus, et simplement un anneau d'or à Laberius. Celui-ci allant se rasseoir au banc des chevaliers et n'y trouvant point de place, Cicéron lui dit au passage : « Je te recevrais bien, si je n'étais assis à l'étroit, n Alors Laberius : «Je m'étonne que tu sois à l'étroit, vu ton habitude d^être assis sur deux sièges. » Bonne réponse à l'âme irrésolue, qui avait hésité longtemps entre César et Pompée î
Le mimographe Publius Syrus était un esclave né en Syrie, comme l'indique son nom. Affranchi par son maître, patricien de la famille Clodia, il tempéra par des sentences morales le cynisme de ses pièces, unissant, dans un singulier mélange, la sagesse pratique d'un philosophe à la crudité licencieuse d'un poète satirique. Ces sentences, au nombre de huit ou neuf cents, jetées séparément dans le moule d'un seul vers, composent un recueil alphabétique très-intéressant. Beaucoup d'auteurs chrétiens, entre autres La Bruyère, ont fait leur profit de cette morale païenne.