‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 4 sur 80 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

grec; et c'est ainsi que s'expliquent la vigueur et la supériorité du génie romain dans les branches lit' téraireSf où, parallèlement au théâtre, dans lequel la littérature latine est faible, l'être humain se montre le plus, nous voulons dire l'histoire et l'éloquence, dont le fond même est l'action,

Rome étant, au dehors et au dedans, la guerre personnifiée, incessante, les conquêtes de ses légions et les luttes de ses tribuns ou de ses dictateurs offraient aux narrateurs latins une matière inépuisable et constamment renouvelée. Ils l'ont exploitée d'une façon gfande et large, Hérodote, Thucydide , Xénophon racontaient ^histoire de la Grèce, Guidés par la sagacité de Polybe, qui leur apprend d donner à leurs récits une tournure « pragmatique », Salluste, César, Tite-Live, Tacite, élargissent le cercle et racontent Vhistoire universelle du monde vaincu, ou les discordes sanglantes de leur patrie en proie aux ambitieux et aux despotes. Leur style compréhensif, moral, est à la hauteur de leur tâche; et c'est assurément l'œil fixé sur le côté pratique de leurs ouvrages qu'on a nommé l'histoire l'école du genre humain : leurs récits, leurs tableaux et leurs discours, enchâssés dans le tissu des faits, ont la valeur d'une représentation vivante. Pour l'éloquence, nous ne songeons point â enlever la palme à Démosthène; il a porté l'art de la parole au plus haut degré de perfection. Nous crayons fondée pourtant la remarque de Quintilien, qui prétend que l'éloquence latine ne doit rien envier à celle des Grecs. A lui seul, Cicéron la

VI PaéFACE.

résume tout entière : il est le a roi des tribunaux latins », non seulement parce qu^on rencontre che:^ lui les qualités èminentes de ses modèles grecs, mais aussi parce qu*il joint aux charmes d'une élocution harmonieuse et coulante la dialectique serrée, la verve caustique et la passion communicative dues à sa nature propre, et qui sont les ressorts les plus actifs et les plus puissants de la faculté de bien dire.

Il ne faut pas oublier, dans un autre ordre de faits, que la philosophie latine, née de la philosO' phie grecque, outre les exemples de vertu stoîque donnés par Caton et par Brutus, prend, sous la plume de Lucrèce, de Cicéron, de Sénèque, des allures précises, arrêtées, plus faciles à saisir et à retenir que les formules, souvent sèches, de Vécole d*Aristote, ou que les finesses, parfois subtiles, de certains dialogues de Platon,

On en peut dire autant de la jurisprudence. L'Italie est la « terre classique du droit », et c'est de Rome que sont parties presque toutes les lois entrées depuis dans les institutions des peuples modernes. A tnst, à le bien prendre, et sans tenir compte des grands poètes qui ont servi d'exemple aux nôtres, les Romains ont créé une langue et une littérature qui vit et qui respire dans nos entretiens de chaque jour, dans nos institutions civiles et dans nos chefs-d'œuvre nationaux.

, ^^^^'"^ *'"»^ i^s réflexions qui, après s'être offertes a notre esprit, lors de notre dernier voyage en Italie, ont dirigé la rédaction du présent volume. La

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