PREMIERS HISTORIENS DE ROME
de la médiocrité. On ne les connaît, du reste, que par le titre ou par des fragments d'une très-faible étendue, qui en sauvent à peine les auteurs de Toubli. L. Scribonius Libo, Âulus Postumius, M. Calpurnius Piso Frugi, C. Fannius et C. Sem promus Tuditanus, écrivent des Annales, c'est-à-dire des parties de l'histoire romaine, dunt la simplicité va jusqu'à la sécheresse. Après eux, L. Caelius Antipater fournit à Tite- Live d'utiles matériaux. P. Sempronius Asellio, tribun militaire 80us la conduite de Scipion ^milieu, pendant le siège de Numance^ rédige une relation de cette campagne décisive. Une citation d'Aulu-Gelle donne une excellente idée du talent d'Asellio. A ses yeux, l'histoire n'est pas « un journal, une éphéméride, comme disent les Grecs, une mention pure et simple des événements : elle doit en faire connaître les causes, en expliquer l'esprit : se contenter de dire sous quel consul une guerre a commencé ou fini, et qui est entré en triomphe dans Rome, en passant sous silence les décrets du Sénat, les lois et les plébiscites, la politique qui a tout dirigé, ce n'est pas écrire des histoires, c'est faire des contes pour les enfants, u Voltaire ne donne pas de l'histoire une idée plus nette et plus juste.
Un certain nombre d'auteurs composent des Afémotre^ et des Biographies personnelles. Tacite, dans le préambule de son Agricola, rappelle les noms de M. iËmilius Scaurus et de P. Rutilius Rufus, dont la sincérité exempte d'amour-propre semble à tous digne d'approbation et d'estime. La vie de SuUa, écrite par Plutarque, est tirée presque tout entière des Mémoires eédigés par le dictateur : c'est là que l'historien grec rat allé chercher les traits expressifs qui font connaître cette âme étrange, ce composé de bassesse et d'orgueil, ce caractère obscur, fuyant, complexe, cette soif de pose théâtrale, si bien mise en lumière par Montesquieu dans le Dialogue de Sylla et d'Eucraie.
Après Sulla, Q. Lutatius Catnlus, collègue de Mariua et vaiaqaear des Cimbresy compose un récit de cette
guerre, que Cicéron rapproche de VAnabase de Xénopbon. L. Cornélius Sisenna raconte avec assez de talent les guerres civiles de Marius et de Sulla, pourque Sailuste ait eu la pensée d'en écrire la suite. Il reste d'assez longs fragments des Annales de Q. Claudias Quadrigarius; entre autres, le récit du combat où T. Manlius gagna son surnom de Torquatus : le style de cet écrivain a de la pureté, et même une certaine élégance. Avant Sailuste et Tite-Live, il pratique, d'une façon intelligente et naturelle l'art de mettre en scène les personnages de l'histoire, de les faire agir et parler.
En dernier lieu, et pour clore cette liste un peu aride, il convient de mentionner les Annales d^C Licinius Macer, dont Tite-Live a souvent usé.
Jules César, — Cependant, quels que soient le mérite et l'utilité de ces divers écrivains, nul d'entre eux ne peut le disputer à Jules César, qui ouvre la série des grands historiens de Rome. La fortune, qui s'est plu à le combler d'étonnantes faveurs, a réuni en lui, au plus éminent degré, le génie de l'homme de guerre et de l'homme de lettres; le capitaine qui agissait savait aussi parler et écrire : poète, orateur, grammairien^ polémiste, épistolographe, législateur.
Les poésies de César, coni posées d'un Voyage, d'une tragédie d'Œdipe et d'un Éloge d' Hercule ^ se bornent maintenant à une épigrammesur Térence ; mais elle est d'une critique judicieuse, bien frappée, et l'on y trouve deux traits caractéristiques : Térence n'est qu'un demi- Ménandre, Et pourquoi? Parce qu'il lui manque la force comique^ vis comica, qui est l'âme du drame plaisant. >
Quelques discours judiciaires mirent César en évidence; on aimait la logique nette et élégante de son argumentation» la politesse ingénieuse et forte de son style, la sonorité de sa voix, la dignité gracieuse de. son geste. Comme orateur public, César montre son^ habileté à s'emparer de l'esprit du peuple, par cette phrase remarquable de l'éloge funèbre, qu'ilpfonooça'
JULES CÉSAR. 2ZÇ
sar le Foram, en rhonneur de sa tante Julia, veuve de Marins : .
a La race de ma tante Julia, du côté maternel, sort des rois; du côté paternel, elle a les dieux immortels pour alliés. Car c'est d'Ancus Marcius que descendent les Marcius Rex, dont la mère de Julia portait le nom, et c'est de Vénus que descendent les Jules, famille dont la nôtre fait partie. Il y a donc, dans notre face, et la sainteté des rois qui ont la souveraine autorité parmi les hommes, et la majesté religieuse des dieux, dont le pouvoir s*éterd sur les rois eux-mêmes. »
Le soin que César donnait à son style, ill'étendait à la pureté grammaticale du langage; il avait horreur du barbarisme : u Fuyez, disait- il, comme un écueil. tout mot inouï et inusité. » C'est pour préserver les jeunes gens de cette corruption de la langue qu'il écrivit à leur intention son traité de VAnalog^ie, dédié à Cicéron. Il y propose de maintenir l'orthographe étymologique d'un certain nombre de mots, et de la .modifier dans quelques autres : par exemple, d'écrire jmaximus, au lieu de maxumuSf forme archaïque.
Cicéron ayant composé un éloge outré de Caton le Jeune, César, son ennemi politique, crut devoir y répondre par un Anti-Caton, gros ouvrage en deux livres, tout gonflés du venin de la haine et des inspirations malsaine» de la calomnie. Ce pamphlet, aussi injuste qu'inopportun, a moins contribué à la gloire littéraire de César qu'à celle de Plutarque, qui a trouvé des' paroles éloquentes pour le flétrir. On dit que Brutus réfuta VAnti-Caton,
Il reste quelques lettres de César. Le billet qu'il adresse à'Cicéron, lorsque celui-ci se disposait à quitter l'Italie pour rejoindre Pompée en Grèce, est des plus remarquables par le tour aimable, adroit et vif donné à la pensée et à l'expression* L'amour-propre du grand orateur^ si indécis en politique, dut êire mal à l'aise contre jes flatteries; de ^on «dversaire^ et ce fut sans
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doute pour lui un pénible sacrifice que de prendre, le 14 juin de Van $0, son chemin vers l'Épire.
Les écrits de jurisprudence de César traitaient du Droit augurai et des Auspices. Macrobe, dans ses Saturnales (I, 16), fait un grand éloge du seizième livre de ce dernier ouvrage.
Mais venons-en au véritable titre littéraire de César^ c'est à dire à ses Commentaires. Montaigne écrit dans ses Essais ( II, xxxiv ) : « On recite de plusieurs chefs de guerre qu'ils ont eu certains livres en particulière recommandation, comme le grand Alexandre, Homère; Scipion Africain, Xenophon ; Marcus Brutus, Polybius; Charles cinquième, Philippe de Comines ; et, dict on de ce temps que Machiavel est encore ailleurs en crédit. Mais le feu maréchal Strozzi, qui avoit prins Caesar pour sa part, avoit sans double bien mieulx choisi. Car, à la vérité, ce debvroit estre le bréviaire de tout homme de guerre, comme estant le vrai et souverain patron de l'art militaire; et Dieu sait encore de quelle grâce et de quelle beauté il a fardé ceste riche matière, d'une façon de dire si pure, si délicate et si parfaite, que^ à mon gottst, il n'y a aulcuns escripts au monde, qui paissent estre comparables aux siens en ceste panie.» Ce jugement résume avec bonheur l'opinion des anciens et des modernes sur cet immortel ouvrage ; il exprime le sentiment qu'eu ont eu Cicéron et Quintilien, et il prépare celui de Bossuet, de Fénelon et des plus émineuts critiques. Et de fait, l'oeuvre de César est marquée au coin d'un génie actif et pratique, qui Va droit aux faits, qui en pénètre les ressorts et le jeu intime, et qui trouve, pour les dessiner dans leur réalité vivante, des termes lumineux et précis. C'est bien le livre d'un capitaine, qui a pour maxime que la véritable science d'un chef d'année est de saisir à point le côté vif et décisif de l'occasion; qu'il faut exécuter et non pas seulement méditer les hautes entre* prises ; que l'art stratégique ne va pas sans une coop» naissance e»u;te, «iautieuse, da pays où mpmmJa