JULES CESAR
gnerre; d'un homme qui se fait aimer des soldati, auxquels il donne le nom de « compagnons », mais sévère, inexorable sur la discipline et licenciant d'un seul mot (c Quirites (bourgeois) » une troupe mutinée contre Tordre de s'embarquer pour l'Afrique sous le commandement du préteur Salluste; qui exige que les légions soient bien et richement équipées et qui porte lui-même au combat un accoutrement de couleur voyante ; qui surveille jour et nuit, de sa personne, les travaux de campement ou de siège; qui franchit les rivières à la nage, méprisant la pluie ou le soleil, estimant opportun de haranguer ses soldats avant la ba« taille, et imprimant alors à sa parole un tour saisissant; exagérant à dessein la force des ennemis pour donner plus de cœur à ses troupes, et se jetant, s'il le faut, au plus fort de la mêlée.
Les Commentaires ou plutôt les Mémoires de Jules- César se diviïent en deux grandes parties : i^ Mémoires sur la guerre des Gaules; 2? Mémoires sur la guerre civile.
I® Mémoires sur la guerre des Gaules, Ils sont divisés en sept livres. C'est l'histoire entière de cette lente et rude conquête, qui dura près de dix ans, depuis la guerre contre les Helvètes et contre Ariovîst, chef des Suèves, jusqu'à la victoire d'Alesia, la captivité de Vercingétorîx et la prise d'Uxellodunum {Puy d^Issolu) (s8-$6) : lutte affreuse, cruelle, où huit cents villes sont prises d'assaut, trois cents nations défaites, un million de Gaulois tués et un million faits prisonniers! On peut suivre dans notre Histoire romaine les détails de ce drame sanglant ; c'est l'ouvrage même de César qui nous les a fournis. Mais, si nous avons pu emprunter à ce journal, rédigé à la hâte et sans art, au milieu du tumulte des camps, les notes claires, abondantes, qui nous ont servi de point de repère à travers la multiplicité des faits, nous n'avons pu lui prendre la limpidité solide d'un style qui ravit le lecteur, même quand te fond laisse à désirer sous le rapport d'une exactitude impartiale. Il importo aussi de remarquer comment
aia LITTÉRATURE ROMAINE.
^César trace -d'une main ferme le cadré topographique de ses campagnes : ses descriptions de la Gaule, de la Bretagne et de la Germanie sont du plus vif intérêt : à part quelques erreurs de détail, il donne sur les mœurs des liabitants de ces diverses contrées des indications d'autant plus précieuses, qu'il s'agit des peuples sur lesquels les Francs sont venus se greffer ; c'est une partie de nos annales ; ce sont des pages de notre histoire. Il n'est pas non plus hors de propos de noter que César, usant d'un procédé pareil à celui de Xénophon dans VAnabase, ne fait jamais intervenir sa personne, son moi, dans se$ récits; sa conquête est une œuvre collective, inspirée par un seul, mais accomplie par tous.
Aux sept livres des Mémoires sur la guerre des Gaules s'en ajoute un huitième, dû à la plume d'AuIus Hirtius, lieutenant de César, qui fut tué devant Modène. Cette partie n'a pas le mérite de la première; mais la véracité de l'historien, qui tient les faits u de la bouche même de César», ne peut être mise en doute. La même observation s'applique aux récits de la Guerre . d'Alexandrie et de la Guerre d'Afrique, attribués par les uns à Hirtius et par d'autres a Caius Oppius.
a** Mémoires sur la guerre civile. Ils se composent de trois livres, où se reproduisent les mêm.es qualités que dans la Guerre des Gaules : peinture rapide des événements, des personnages, des pays et des peuples ; précision, clarté, vivacité entraînante dans le récit des expéditions, des marches et des combats. Seulement, s'il est juste de faire observer qu'il se mêle une pensée politique, adroitement dissimulée, mais facile à pénétrer, dans les tableaux crayonnés par César en lutte avec les Gaulois, les Bretons et les Germains, à plus forte raison cherche-t-il à effacer, dans sa Guerre civile, le caractère d'illégalité flagrante qui entache tous ses actes depuis le passage du Kubicon jusqu'à la victoire de Pharsale.
Salluste, — Salluste (Caius Sallustius Crispus) naquit à Amiterne, ville sabiae,l'aa 06 avant J.-C, d'unefamiile
SALLUSTE. Zl}
plébéienne, mais honorablement connue. Son intelligence, dirigée par les leçons d'un rhéteur alors célèbre, Ateins Fraetextatus, le fit parvenir promptement à la questure et au rang de sénateur; mais il fut exclu de l'ordre sénatorial autant à cause: de l'infamie de ses mœurs que de la haine de ses adversaires politiques. Il était pour Clodius contre Milon, et, en épousant Terentia, que Cicéron avait répudiée, il se déclara l'ennemi public du grand orateur. Redevenu questeur pendant les troubles civils, il rentra au Sénat, devint préteur, lieutenant de César en Afrique, et enfin proconsul de cette province. Dans cette magistrature, il se livra à deux tâches tout à fait différentes: il pilla et rançonna le pays qu'il était chargé d'administrer, mais il y recueillit en même temps les documents les plus précieux pour composer l'histoire de la Guerre contre Jugurtha. C'est en vain que les citoyens, spoliés par Salluste, l'accusèrent auprès de César de ses concussions et de ses rapines ; il jouit en paix de ses richesses mal acquises, et se construisit sur le montQuirina), dans le quartier appelé • les hautes rues » {alla semita), une habitation tellement magnifique, qu'elle devint, .après lui, la maison de plaisance des empereurs. Les jardins de cette demeure princière, voisins de ceux, de Lucuilus, se voient encore aujourd'hui, non loin de l'église de Sainte-Suzanne, en longeant le flanc oriental du Monte Pincio. C'est dans cette retraite que Salluste mourut, l'an 3 $ avant l'ère chrétienne, âgé de cinquantesept ans ; homme, sans moralité, mais l'un des plus grands historiens de son pays, comme l'exprime ce vers de Martial {Epigr., liv XIV, 191) :
Primas Romana Crispas in historia.
Les deux ouvrages qui restent de Salluste, c'està-dire son Calilina et son Jugurtha, se rattachaient par des liêns^ plus ou moins étroits à son oeuvre principale, intitulée Histoire romaine. Divisée en cinq ou six livres^ elle s'étendait de rabdication de SuUa (79)
ai4 lityératurk homainb.
jusqu'à l'année où la loi Manilia chargea Pompée de la guerre contre Mithridate {66), Il n'en reste que des fragments très morcelés et très courts. On a encore, sous le nom de Saliuste, deux lettres à CésuT De ordinanda republica : l'authenticité en a été contestée; elles se recommandent pourtant par une concision rapide, qui est bien dans les habitudes de Salluste. C'est toutefois le Catilina et le Jugrurlha qui valent à Salluste sa renommée. Peut-être n'a-t-il pas la spontanéité, le génie naturel de César; mais on ne saurait trop admirer la pureté, la correction de son style, auquel les formes archaïques, imitées de Caton, donnent une physionomie plus originale et plus frappante. Il jette aussi dans son récit des maximes empruntées à Thucydide, un de ses modèles, et il réussit souvent à égaler l'historien grec. Et puis quel heureux choix du sujet, quel art dans la disposition des parties du drame, quel mouvement babiie dans la gradation des incidents, quelle énergie oratoire, quel ie richesse dans les tableaux, quel talent à peindre les hommes introduits sur la scène historique, et par-dessus tout quelle rapidité, quelle brièveté, Sallustiana brevitas, louée avec tant de raison par Quintilieu! C'est passionné, c'est vivant!
On ne lit pas seulement dans Salluste le récit de la conjuration de Catilina, on voit Catilina lui-même ; le voilà qui passe, avec son teint bftve, ses yeux hagards, sa démarche tantôt lente, tantôt précipitée, avec ses traits qui respirent l'égarement ; on est réellement en présence de l'égoïste fanatique, sans conscience et sans frein, qui, escorté de jeunes fous, de dissipateurs et de débauchés, veut tuer les consuls, incendier Home, renverser la constitution, s'emparer du pouvoir et de l'argent, et instituer une dictature militaire : «f Le peuple romain, dit-il, est un corps robuste, mais sans tête ». Et lorsqu'il est forcé de sortir du Sénat par les éloquentes apostrophes de Cicéron : « Vous allumez, s'écrie-t-il, un incendie contre moi, je l'éteindrai sous des ruines! » Le rôle de Cicéron^ que Sal*