‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 47 sur 80 · QUATRIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PÉRIODE

PE lA MORT d'auguste ( I4) AU SIÈCLE DES ANTONIMS

(L'flrt 1^9 après J.-C.)

Idée générale de cette période.

dée générale de la quatrième période. — L'art et la littérature vivent de liberté.

Aussi Auguste, politique avisé et despote modéré par calcul, laissa-t-il quelque indépendance aux gens de lettres, qui sont l'honneur de son temps. Tite-Live avait pu faire impunément l'éloge de Pompée, Horace et Virgile louer Cicéron etCaton, Cremutius Cordus appeler Brutus et Cassius les derniers des Romains. Le rusé Mécène encourageait Auguste dans cette tolérance ; il entretenait chezl;:i la délicatesse du goût, l'amour des arts, le bon accueil fait aux œuvres littéraires et le dédain des pamphlets. La tyrannie ombrageuse et cruelle de Tibère, favorable aux délateurs, ne gêne pas seulement l'essor de la liberté, elle la tue. Louer Brutus et Cassius est un crime ; regretter Auguste, une insulte à la majesté de son successeur; être le petit-fils du grand orateur Hortensius, une sorte d'appel à la haine du prince, un titre à l'abandon et à la pauvreté. Lorsque parler,

S7^ LITTÉmATOAC AOMAIRE.

penser même est no crime, qui donc aaraît le coarage de penser et de parler ? Voiû ponrqooî la poésie s'efface et disparait sons le r^ne de Calignla, de Glande et de Néron. Sénèqne et Lncain font exception : anssî rime soopçonnense et jalouse de Néron a-t-elle peur de leur génie, et il s'empresse d'envelopper son précepteur et son rival dans le complot de Pison, afin de les contraindre à la mort. Domitien va plus loin : il finit par proscrire les poètes, les orateurs et les philosophes. Mais l'excès même du mal en est le remède. Entraînées par l'éloquence de Dion Chrysostome, les légions de Pannonie proclament Nerva empereur et frayent ainsi la route du trône à Trajan et aux Ântonins. Il semble que Ton renaisse sous leur gouvernement réparateur : Ju vénal, les deux Pline, Tacite et Quintilien ont l'honneur, malgré leurs défauts, de ramener les esprits dégénérés vers les traditions salutaires du bien et du beau : ils retardent la décadence.

La corruption des mœurs et du goût, hâtée par la prédominance du luxe et de la mollesse asiatiques, avait, en effet, singalièrement dénaturé le caractère et la portée des productions de l'esprit. Le silence imposé a la tribune, la substitution des combats de gladiateurs et des exhibitions de bêtes aux représentations dramatiques, font inventer les sociétés littéraires, les lectures publiques et les tragédies de recette et de salon. La vo^ue et le métier remplacent le génie et le goût. L'emphase détrône l'énergie de la pensée et la vigueur du trait : la déclamation supplante l'éloquence ; une admiration de commande tient lieu de la gloire méritée qui couronnait le véritable talent ; c'est le règne du médiocre et du faux. La langue elle-même se déforme. Le néologisme, la forme poétique mêlée à la prose, la recherche des antithèses, la brièveté voulue des phrases, aiguisées de sentences subtiles et piquantes, l'introduction de termes abstraits, et surtout l'abus de la figure érigé en usage par l'influence des écrivains espagnols, succèdent à la simplicité, à l'élégance, à la dignité, à la solidité précise, à la fer-

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