JUVENAL
étouffe à l'étroit, le malheureux, dans les limites du monde, comme enfermé dans les rochers de Gyare, ou dans la petite Séripho. Mais à peine entré dans la ville dont les potiers ont fortifié les murailles, il se contentera d'un cercueil. La mort seule fait voir combien c'est peu que les pauvres corps des hommes.
On croit que jadis l'Athos fut traversé à la voile, et autres hardiesses que la Grèce menteuse se permet dans l'histoire, qu'une route solide fut construite sur la mer et placée sous les roues des chars ; que les fleuves profonds furent taris par un repas des Mèdes; enfin tout ce que chante Sostratus, quand la chaleur mouille ses aisselles. Mais comment revint ce roi, échappé de Salamine, ce barbare, qui faisait battre de verges le Corus et l'Eurus, comme ils n'avaient jamais été traités dans la prison d'Éole, et qui chargea de chaînes le dieu môme qui enveloppe la terre de ses eaux? Supplice doux encore, puisqu'il ne le jugea pas digne d'être marqué au fer chaud! Et quel dieu voudrait servir un pareil homme? Comment revint-il? Sur un seul vaisseau, au milieu d'une mer rouge de sang, où les cadavres amoncelés retardaient le navire. Et voilà les peines tant de fois infligées au désir de la gloire !
La onzième satire est une invitation à Persicus, ami de l'auteur. Le souper qu'il lui offre est un repas modeste, bien différent des festins apprêtés par des cuisiniers habiles et servis par des découpeurs « lestes à détacher un émincé de chevreuil et un blanc de pintade, ou à détailler par grandes pièces le porc, le lièvre, le sanglier, la gazelle, le faisan scythe, le flamant gigantesque, la chèvre de Gétulie ».
Catulius est de retour : il a failli périr dans un naufrage. Juvénal, dans sa douzième satire, annonce cette heureuse nouvelle à son ami Corvinus, auquel il dit les sacrifices qu'il veut offrir aux dieux pour le salut de Catulius. Quelle différence entre la sincérité de ces vœux et la bassesse des quêteurs d'héritages, qui assiègent sans pudeur les vieillards riches et célibataires, afin d'être couchés sur leur testament !
Allons, esclaves, s'écrie le poète dans un mouvement qui rappelle Tibulle et Virgile, du recueillement et du silence; parez les temples de guirlandes, répandez la farine sur les couteaux sacrés, ornez l'autel qui fume et le talus verdoyant. Je vous suivrai ; puis, après avoir accompli ce pieux devoir selon le rite accoutumé, je reviendrai dans ma maison couronner de fleurs légères mes modestes pénates en cire frêle et luisante. L^, j'apaiserai notre Jupiter; j'offrirai de l'encens i mes Lares paternels, et je prodiguerai toutes les couleurs de la violette. Tout brille : à ma porte se dressent de longs rameaux, et les lampes matinales annoncent la fête. Mais garde*toi de suspecter ces apprêts, Corviuus ; CatuUus, pour le retour duquel j'élève tant d'autels, a trois petits héritiers.
La treizième satire est adressée à Calvinus.Un dépositaire infidèle l'a volé : Juvénal veut lui donner quelques consolations, et il construit sur la base toute simple de ce sujet un très bel édifice. Les sentiments qu'il y manifeste sont d'une pureté presque chrétienne. Jamais les angoisses d'une conscience bourrelée par les remords n'ont été dépeintes avec plus d'énergie. Ce sont des sentences formulées avec une vigueur d'accent qui saisit et qui pénètre. Jean-Jacques Rousseau appelle cette satire a un chef-d'œuvre de sentiment, de poésie et de morale ».
Dans la quatorzième satire, dédiée à Fuscinus, Juvénal prouve que les mœurs dépendent de l'exemple. Les enfants imitent, copient leurs pères et leurs mères. On ne saurait donc trop s'observera leur égard.
Maxtma dehetur puero reverenlîa : si guid Turpe paras, ne tu pueri conUmpseri: annos !
On doit le plus gr^ud respect à l'enfant: si tu médites quelque action honteuse, songe aux années enfantines de ton ftls!
Par une fatalité trop ordinaire, loin de profiter de la répugnance naturelle des enfants pour l'avarice, on