‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 53 sur 80 · JUVENAL · texte numérisé non relu

JUVENAL

se hâte de leur inspirer de bonne heure l'amour des richesses, qui les corrompt. Si à cet appétit du gain s'ajoutent de mauvais exemples dans la famille, c'en est fait, sans retour, de la chose publique. Comment, en effet, régénérer un peuple vicié jusque dans les premiers principes de son existence morale ? Il devient la proie du malheur, de la servitude et de l'anarchie.

Juvénal avait fait un voyage en Egypte et séjourné dans la Pentapole. A son retour, il adresse à Volusius Bithynicus sa quinzième satire, où il expose la superstition des Égyptiens, adorant des animaux et des oignons. Il raconte ensuite la scène horrible dans laquelle un habitant de Copsos est dévoré par les Tentyrites. Enfin, il réclame les droits de la pitié.

La seizième satire, Sur les prérogatives de Vétat militaire, est un fragment d'une authenticité contestable et d'une médiocre valeur.

Terminons cette revue des œuvres du grand satirique latin par l'appréciation qu'en a faite V. Hugo : elle en résume nettement les idées, et elle en fait valoir la force dans un style chaud et coloré. « Juvénal a la passion, Témotion, la fièvre, la flamme tragique, l'emportement vers l'honnêteté, le rire vengeur, la personnalité, l'humanité. Il habite un point donné de la création, et il s'en contente, y trouvant de quoi nourrir son cœur de justice et de colère... Juvénal, c'est la vieille âme libre des républiques mortes; il a en lui une Rome, dans l'airain de laquelle sont fondues Athènes et Sparte. De là, dans son vers, quelque chose d'Aristophane et quelque chose de Lycurgue. Prenez garde à lui, c'est le sévère. Pas une corde ne manque à cette lyre, ni à ce fouet. Il est haut, rigide, austère, éclatant, violent, grave, juste, inépuisable en images, âprement gracieux, quand bon lui semble. Son cynisme est l'indignation de la pudeur. Sa grâce, tout indépendante, et figure vraie de la liberté, a des griffes : elle apparaît tout à coup, égayant par on ne sait quelles souples et fières ondulations la majesté rectiligne de son hexamètre... L'invective de Juvénal

flamboie depais deux mille ans, effrayant incendie de poésie, qui brûle Rome, en présence des siècles. Ce foyer splendide éclate, et, loin de diminuer avec le temps, s'acproit sous un tourbillonnement de fumée lugubre ; il en sort des rayons pour la liberté, pour la probité, pour l'héroïsme, et l'on dirait qu'il jette jusque dans notre civilisation des esprits pleins de sa lumière. Qu'est-ce que Régnier? qu'est-ce que D'Aubigné? qu'est-ce que Corneille? Des étincelles de Jùvénal. u

Pétrone, — A ne considérer Pétrone que par les passages poétiques de son écrit, il mérite une mention parmi les poètes du règne de Néron. On ne peut guère former que des conjectures sur sa vie et même sur l'authenticité de son livre. Il n'est pas invraisemblable, cependant, de l'identifier avec le personnage auquel Tacite consacre deux chapitres, au livre xvi de ses Annales. Si l'on admet ce point, Pétrone (T. Petronius Arbiter), né à Marseille, fut proconsul en Bithynie, où il sut allier une administration énergique avec une vie de plaisirs. Compris dans la conspiration de Pison, sur une dénonciation de Tigellinus, il n'attendit pas que sa condamnation fût prononcée. Selon Tacite, il se fit ouvrir les veines, puis les referma, puis les ouvrit de nouveau, comme s'il se jouait avec la mort, se mit à réciter des vers badins et des poésies légères, traça le récit des débauches de Néron dans un écrit qu'il lui envoya sous un pli cacheté, brisa son anneau de peur qu'il ne servît plus tard à faire des victimes, et s'endormit pour ne plus se réveiller. Saînt-Évremond, qu'on a nommé le « Pétrone » de son siècle, admire cette mort a comme la plus belle de l'antiquité».

Nous parlerons plus loin du Satiricon de Pétrone. Pour le moment, nous nous arrêtons à son poème sur la Guerre civile entre César et Pompée, C'est une œuvre de mérite. Force et finesse dans la peinture des vices des Romains, esprit dans les fictions, vivacité originale dans les épisodes fabuleux, style mâle et nerveux loué par les connaisseurs, telles sont les qualités qui

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