‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 56 sur 80 · VELLEIUS PATERCULUS · texte numérisé non relu

VELLEIUS PATERCULUS

la bataille livrée par Philippe aux Phocéens pour venger le pillage sacrilège du temple de Delphes, la dispersion de l'armée gauloise devant ce même temple, sont des pages dignes de la bonne école, et on y signale des traits que n'eût pas désavoués le génie de Tacite.

Velleius Paterculus. — Velleius Paterculus, né Tan 19 avant Jésus-Christ, mourut Tan 31 de l'ère chrétienne. Sa famille, originaire de la Campanie, s'était illustrée dans d'importants emplois. Son père avait été nommé commandant de cavalerie par Auguste. Entré lui-même dans la carrière des. honneurs, il fait ses premières armes en Thrace et en Macédoine, avec le grade de tribun militaire. Appelé peu après à succéder à son père, il suit Tibère en Germanie et en Pannonie,et devient successivement sénateur, questeur, lieutenant du prince et préteur. Il venait d'achever son Histoire, lorsqu'il mourut. On présume que ses relations amicales avec Séjan ne furent pas étrangères à sa mort. Cependant son adulation à l'égard de Tibère rend difficile de croire qu'il ait été complice du favori.

L'ouvrage de Velleius, Historia romana, en deux livres, offre un tableau curieux de l'histoire de Rome, depuis ses origines jusqu'à la mort de Livia, veuve d'Auguste. La méthode en est précise, l'information puisée aux bonnes sources, la critique judicieuse, pénétrante, exacte. Sous ce rapport, le tableau des colonies romaines en Italie, à la fin du premier livre, et le résumé synoptique de l'état du monde à l'avènement d'Auguste, sont des morceaux d'une valeur inestimable. Velleius se montre également solide et fort dans son récit des guerres civiles et dans celui des luttes entre Marius et Sulla, Jules César et Pompée. Peintre ingénieux et habile, il mêle à ses couleurs des mouvements de loyauté généreuse et une horreur du sang versé, qui fait le plus grand honneur à son caractère. Personne n'a plus éaergiquement flétri le meurtrier de Cicéron, ni manifesté une admiration plus sincère et plus émue poqr Pimmortel orateur.

' c O comble de l'indignité, s'écrie-t-il. César est contraint de proscrire et il se trouve quelqu'un pour proscrire Cicéron ! Le crime d'Antoine étoufîe à jamais l'organe de la patrie, sans que personne se lève pour défendre celui qui si longtemps avait défendu tout le monde. État et citoyens! Mais c'est en vain, Marc- Antoine (car l'indignation qui déborde de mon esprit et de mon cœur me fait rompre le cadre de ces récits), oui, c'est en vain que tu as mis à prix la chute de cette figure divine, de cette tête illustre, et que, par un appât de mort, tu as provoqué l'assassinat du sauveur de la république, de l'éminent consul. Tu n'as pu ravir à Cicéron que des jours inquiets, quelques années de vieillesse, une existence plus malheureuse sous ta domination que sa mort sous ton triumvirat. Mais sa renommée, mais la gloire de ses actions et de ses discours, loin de les lui ravir, tu n'as fait que les accroître. Il vit et vivra dans la mémoire de tous les siècles, et tant que subsistera, œuvre du hasard, d'une providence ou de toute autre cause, ce corps de la nature que, presque seul des Romains, il a vu de son esprit, embrassé de son génie, éclairé de son éloquence, il emportera dans son cours la gloire de Cicéron; la postérité tout entière admirera ses écrits contre toi et exécrera ton attentat contre lui, et le genre humain disparaîtra plutôt que le souvenir de ce grand homme. »

Ailleurs, il veut se rendre compte des raisons pour lesquelles les chefs-d'œuvre de tous les arts, en Grèce et en Italie, ont été produits dans les limites d'une période fort restreinte, et sa critique, servie par une sagacité remarquable, s'exprime ainsi :

L'émulation nourrit le talent; l'envie et l'admiration l'enflamment tour à tour; et, en toute chose, on monte vite, par un zèle ardent, jusqu'au sommet. Mais il est diflicile de se maintenir dans la perfection, et c'est une loi de la nature que ce qui n'avance plus recule. D'abord, on brûle d'atteindre ceux qu'on reconnaît les premiers; puis, désespérant de les surpasser ou de les égaler, le zèle se refroidît avec l'espérance, cesse de poursuivre ce dont il ne peut approcher, et, lais

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