TACITE. — PLINE LE JEUNE
est que les Muses, ces Muses si douces, comme le disait Virgile, m'enlevant aux inquiétudes, aux soucis, à la nécessité de faire tous les jours quelque chose contre mon gré, me portent dans leurs vallons sacrés, au bord de leurs fontaines. Là je n'essuierai plus, pâle et tremblant adorateur de la renommée, les clameurs insensées d'un Forum orageux;
et, si mon image est placée sur ma tombe, mon front ne
sera point triste et mécontent, mais riant et couronné de fleurs ; et personne après moi ne demandera pour ma mémoire ni justice ni grâce. »
A cette brillante sortie succède un intéressant exposé de l'histoire de l'éloquence grecque depuis Homère jusqu'à Démosthène, et surtout de l'éloquence romaine depuis Ménénius Agrippa jusqu'à Cicéron. Aper ne ménage point le grand orateur^ et, tout en rendant justice à ses qualités, il insiste sur des dé» fauts, dont la mention est d'une précieuse valeur aux yeux de la critique.
Messala, s'eiforçant alors de remettre- les faits sous leur véritable jour, démontre que la perte de la liberté et le mauvais régime de l'éducation donnée à la jeunesse sont les causes réelles de l'affaiblissement du talent oratoire. En effet, a la grande éloquence est comme la flamme : il faut des aliments pour la nourrir, du mouvement pour l'exciter : c'est en brûlant qu'elle jette de l'éclat ». A quoi Maternus ajoute : « Mais puisqu'on ne peut obtenir à la fois une grande renommée et un grand repos, que chacun jouisse des avantages de son siècle, sans décrier le siècle où il n'est pas ».
Cette conclusion paraît du goût des différents interlocuteurs, et, après quelques plaisanteries aimables, ils se séparent, le sourire aux lèvres.
Panégyrique de Trajan, — Les lettres de Pline le Jeune recommandent particulièrement son nom à la postérité : nous y insisterons plus loin. Pour le moment nous le rangeons parmi les orateurs.
Les devoirs du consulat, auquel il venait d'être
élevé (icx)), imposaient à Pline le devoir de louer Trajan au nom de la République. Après s'être acquitté de cette mission, dans le Sénat, avec la brièveté qu'exigeaient le lieu, le temps, la coutume, il pensa, ainsi qu'il l'écrit lui-même à son ami Severus, qu'il devait, en bon citoyen, refaire son discours officiel, en lui donnant plus d'étendue. Son intention était louable et sa conviction sincère : « Faire l'éloge d'un prince accompli, dit-il, et montrer, comme du haut d'un phare, aux empereurs futurs une lumière qui les guide, c'est entreprendre une tâche utile. » On doit à ces diverses circonstances le panégyrique développé de Trajan. Quelques auteurs en ont blâmé le tour élogieux, l'ampleur exagérée, et ils ont raillé Pline « maladroitement embarrassé dans les plis de la période cicéronienne ». Il est plus vrai de dire que, malgré plusieurs flatteries, c'est une œuvre consciencieuse, un livre de bonne foi. Pline ne se constitue pas l'adulateur à outrance du prince qui l'honora constamment de sa confiance et de son amitié': c'est un orateur historien, qui pare la vérité sans la travestir : il embellit ce qu'il touche, il ne l'invente pas. Aussi les historiens de l'empire romain n'ont-ils pas négligé cette source de documents, d'autant plus précieux que presque tous les renseignements relatifs à la même époque ont péri.
Fronton. — - M. Cornélius Fronton, né à Cirta (Constantine), vers l'an 90 de l'ère chrétienne, était d'une famille originaire d'Italie. Avocat et professeur d'éloquence à Rome, sous le règne d'Hadrien, il fut chargé de l'éducation de Marc-Aurèle et de Lucius Verus, et il en fut magnifiquement récompensé parles titres de sénateur, de consul et de proconsul d'Asie. La grande fortune qu'il avait acquise lui permit d'acheter les jardins de Mécène et plusieurs villas. Il mourut vers l'an 168. Marc Aurèle, en disciple reconnaissant lui fit élever une statue. Ce prince fait mention de' Fronton dans ses Pensées, et lui envoie une série de