‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 60 sur 80 · PLINE LE JEUNE. 37X · texte numérisé non relu

PLINE LE JEUNE. 37X

personnes pour lesquelles ces combats n'ont pas été sans gloire : elles croyaient suffisant de suivre leurs modèles, et, en ne désespérant pas d'y atteindre, elles les ont surpassés.

Tu pourras encore remanier, après l'avoir perdu de vue, ce que tu auras dit, en garder beaucoup, en retrancher davantage, écrire ici entre les lignes, et là récrire tout à fait. C'est un labeur plein d'ennui, mais utile par la difficulté même, de s'échauffer de nouveau, de reprendre son élan interrompu et brisé, enfin d'adapter comme d'autres membres à un corps achevé et de ne point troubler cependant l'ordre établi.

Je sais que, en ce moment, ton étude principale est la parole ; mais je ne te conseillerai point par cela même ce style batailleur et pour ainsi dire soldatesque. Car de même que les terres se refont par la variété et par le changement des semences, ainsi nos esprits se cultivent par tel et tel exercice. Je veux que tu prennes parfois un sujet d'histoire, que tu écrives une lettre avec soin, vu que, dans les plaidoyers même, il est souvent nécessaire de faire une description non seulement historique, mais poétique, et l'on se donne au moyen des lettres un style concis et châtié. On peut encore se délasser en composant des vers ; non pas des pièces de longue haleine, qui ne peuvent s'achever qu'avec des loisirs, mais des pièces légères et courtes, qui trouvent leur place dans les occupations graves et soucieuses. On appelle cela des jeux; mais ces jeux quelquefois ne font pas moins d'honneur que des écrits sérieux. C'est ainsi que les grands orateurs, que dis-je? les grands hommes s'exerçaient ou s'amusaient, ou plutôt s'amusaient et s'exerçaient à la fois.

Le dixième livre des Lettres de Pline mérite une mention particulière, en raison de son intérêt historique. Il contient la correspondance échangée entre Trajan et Pline, lorsque celui-ci était propréteur de Bitbynie : c'est un recueil de plus de cent vingt lettres. Quelques-unes traitent de sujets d'une certaine valeur administrative : projet d'unir par un canal le lac de Nicomédie à la mer; reconstruction du gymnase de Nicée et établissement de bains à Claudiopolis; projet d'une assurance contre l'incendie; abaissement du

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taux de l'intérêt poar le placement des deniers publics ; maintien de la valeur des passeports périmés ; mais c'est surtout la lettre relative aux chrétiens qui attire l'attention des lecteurs. Les sentiments de tolérance à l'égard des nombreux adhérents à la nouvelle religion ont fait croire à quelques biographes de Pline qu'il s'était secrètement converti au christianisme. Nul fait authentique ne confirme cette opinion.

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