‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 61 sur 80 · SCIENCES · texte numérisé non relu

SCIENCES

lo Médecine : Scribonius. — 2® Histoire naturelle : Sénèque, Pline l'Ancien . — 3® Économie rurale : Columelle. — 4* Géographie : Pomponius Mêla, Pline l'Ancien, Solin.

i^ Médecine. — Scribonius Largus Designatianus, successeur distingué d'Antonius Musa et de Celse, vécut sous Tibère et sous Claude; il suivit ce dernier lors de sa campagne dans l'île de Bretagne : c'était un praticien habile, un docteur empirique.

Il écrivit un livre sur la Composition des médicaments ; on louait l'élégance de son style. Cette qualité ne se remarque plus guère dans les fragments du livre de Scribonius, insérés, à titre de formules, dans des ouvrages de science médicale.

2° Histoire naturelle, — Les sept livres des Recherches sur la nature {Quœstiones naiurales) dédiés par Sénèque à son ami Lucilius Junior, sont un répertoire aussi complet qu'il pouvait l'être, et très intéressant de nos jours, des connaissances de l'antiquité dans l'ordre des sciences physiques. Plusieurs savants même sont d'avis qu'il rend encore de véritables services à la science moderne.

Le premier livre, après un préambule, où l'auteur établit que l'étude de Dieu et de la nature est la plus

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grande de toutes, traite du feu, des météores ignés, des halos, de Tarc-en-ciel, des miroirs, des parhélies.

Dans le second livre il est question des éclairs et du tonnerre, de leurs causes et de leurs effets. Sénèque y raille la faiblesse d'esprit de ceux qui veulent tirer de ces phénomènes la connaissance de l'avenir.

L'eau est le sujet du troisième livre. On y trouve des détails intéressants sur les fontaines qui se débarrassent des immondices, sur les poissons et sur le luxe des tables. Il se termine par une peinture de l'inondation finale qui doit submerger le globe.

Le quatrième livre, relatif aux phénomènes de la grêle, de la neige, de la glace et de la pluie, renferme une curieuse description du Nil et de ses crues périodiques.

Les diverses sortes de vents, leurs avantages et leurs dangers servent de texte au cinquième livre.

Le sixième livre contient des documents curieux sur le tremblement déterre qui désola Pompéi et une partie d'Herculanum, le $ février de l'an 63 après J.-C, c'est-à-dire quinze ans avant que l'éruption du Vésuve les engloutit avec Stables, Résina et quelques autres localités voisines (79) .

Après un début très vif et très éloquent sur la curiosité que provoquent parmi les hommes les phénomènes inattendus qui se produisent dans le ciel, Sénèque expose, dans le septième livre, tout ce qu'il sait des comètes, de leur nature, de leurs apparitions soudaines et passagères, et il termine par un chaleureux appel à l'étude des faits qui tirent de grandes découvertes a du fond même de Tabîme oii dort la vérité. »

Pline l'Ancien, — Pline l'Ancien (C. Plinius Secundus), le plus célèbre naturaliste de l'antiquité, naquit à Vérone ou à Côme d'une famille illustre, servit avec distinction dans la guerre de Germanie, écrivit l'histoire des guerres des Romains dans ce pays, fut chargé par Vespasien du gouvernement de l'Espagne et placé par Titus à la tête de la flotte stationnée à Misène. Il occupait ce poste lorsqu'eut lieu l'éruption du Vésuve

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qui détruisit Herculanum, Stabies et Pompéi. Accoura à Regina pour secourir les soldats qui s'y trouvaient, il se rendit à Stabies, soupa chez son ami Pomponias et fut bientôt étouffé par un nuage de cendres et de poussière. On a souvent répété quMl périt victime de son zèle pour la science ; il faut ajouter, pour sa gloire, que, avant toat, il obéit à un généreux sentiment de devoir et d'humanité (79),

Travailleur infatigable, Pline l'Ancien, suivant le témoignage de son neveu, employait à l'étude toutes les heures de loisir que lui laissaient ses fonctions, prenant des notes au bain, à table, partout où il se trouvait, de sorte que, au milieu même de sa carrière, il possédait cent soixante volumes de résumés ou d'extraits sur l'art militaire, l'histoire, la rhétorique et la science. De ces divers ouvrages, le seul qui reste est V Histoire naturelle en trente-sept livres, dédiée à Titus et publiée un an avant la mort de Pline. C'est une espèce d'encyclopédie, distribuée en trois divisions principales: i^ Cosmographie et météorologie; ^^Géographie; 3® Histoire naturelle proprement dite. Les cinq derniers ont ceci de particulier qu'ils traitent des minéraux çX àtiartsqvLi les emploient, c'est-à-dire de la céramique, de la peinture et de la sculpture, ainsi que des principaux artistes et de leurs ouvrages.

« VHistoire naturelle de Pline, dit Buffon, est un vaste recueil encyclopédique, qui comprend, indépendamment de l'histoire des animaux, des plantes et des minéraux, l'histoire du ciel et de la terre, la médecine, le commerce, la navigation, l'histoire des arts libéraux et mécaniques, l'origine des usages, enfin toutes les sciences naturelles et tous les arts humains ; et ce qu'il y a d'étonnant, c'est que dans chaque partie Pline est également grand. L'élévation des idées, la noblesse du style relèvent encore sa profonde érudition. Non seulement il savait tout ce qu'on peut savoir de son temps, mais il avait cette facilité de penser en grand qui multiplie la science; il avait cette finesse de réflexion de laquelle dépendent l'élégance et le goût, et

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il communique à ses lecteurs une certaine liberté d'es> prit, une hardiesse de penser qui est le germe de la philosophie. Son ouvrage, tout aussi varié que la nature, la peint toujours en beau; c'est, si l'on veut, une compilation de tout ce qui avait été fait d'excellent et d'utile à savoir; mais cette copie a de si grands traits, cette compilation contient des choses rassemblées d'une manière si neuve, qu'elle est préférables la plupart des ouvrages originaux qui traitent des mêmes matières. »

Il est difficile de changer quoi que ce soit à une pareille appréciation, à un si bel hommage rendu à Pline l'Ancien par un juge aussi compétent. Disons pourtant que, si le plan du livre de Pline est clair, régulier, méthodique, son style est parfois pénible, heurté, obscur déclamatoire : ces défauts cependant tournent en qualités remarquables, passion, vivacité, énergie, lorsque la grandeur du sujet émeut l'âme généreuse de l'éminent écrivain.

3° Economie rurale. — Nous avons vu que Columelle avait essayé, avec quelque talent, de remplir une lacune laissée par Virgile dans le quatrième chant des Géorgiques. C'est cependant le livre De re Rustica, en I) livres qui fait le principal mérite de cet auteur. Après avoir rappelé, dans la préface, les beaux temps de l'agriculture chez les Romains et déploré l'état où il la voit tombée depuis les derniers jours de la république, Columelle entre successivement dans des détails intéressants sur le choix d'un domaine, les diverses cultures, le soin des vignobles, les arbustes utiles, les abeilles, les animaux domestiques, les oiseaux de la basse-cour, la culture des arbres forestiers et fruitiers. Malgré la concurrence qui lui est faite par les travaux antérieurs de Caton et de Varron le traité de Columelle ne manque ni de méthode, ni' de nouveauté, ni même d'originalité. Les préceptes techniques et moraux partent d'un homme d'expérience et de cœur généreux. Le style est simple, facile, abondant

)7<> LITTéRATYJRE ROMAlIlB.

clair^ au88i bien dans les considérations générales que dans les détails familiers.

4° Géographie. — Pomponius Mêla, né dans les premières années de l'ère chrétienne à Tingentera (Al^ésiras), ville de la province d'Espagne appelée Bétique, est confondu par quelques savants avec Lucias Anmeus Mêla, troisième fils de Sénèque le Rhéteur. Une discussion solidement déduite par la critique moderne établit la personnalité bien distincte de Pomponius. Son ouvrage intitulé De Situ orbis (Description de la terre) est un abrégé de géographie, en trois livres, extrait, en grande partie, des ouvrages grecs, mais rédigé avec beaucoup de soin et de discernement : la partie relative au nord-est de l'Europe et de l'Asie occidentale renferme plusieurs aperçus personnels d'une certaine valeur. L'esprit de méthode et de précision, qu'on remarque dans le Discours préliminaire de l'ouvrage, ne fait pas défaut à l'auteur; et, à part l'introduction de plusieurs faits insignifiants ou de fables concernant les Troglodytes, qui hurlent au lieu de parler, la description des fourmis indiennes grosses comme des chiens, d'hommes à pied de cheval, ou à qui leurs larges oreilles servent de manteau, la régularilé du plan et la vérité des faits sont d'une incontestable utilité à quiconque veut garder dans sa mémoire, sous une forme vive, concise, correcte, les connaissances géographiques les plus certaines et les plus populaires admises dans l'antiquité.

Les livres II, III, IV et V de VHistoire naturelle de Pline l'Ancien traitent de la géographie mathématique, physique et politique, et l'on fait un cas particulier des notions qu'ils renferment sur l'est et le nord de l'Europe et sur les Indes.

Solin (C. Julius Solinus), qui a écrit vers le milieu du III® siècle, est un compilateur de Pline l'Ancien, avec cette différence que le jargon barbare du copiste contraste singulièrement avec l'élégance relative du modèle. Cependant le Polyhistor ou le Savant de Se-

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lin contient des docaments ethnographiques qui ne sont pas sans intérêt.

On appelle Table de Peutinger, du nom d'un savant antiquaire allemand du xvi" siècle, une carte très curieuse, découverte à Spire vers i$oo, dans une bibliothèque fort ancienne^ par Conrad Celtes. C'est un des monuments géographiques les plus intéressants de l'antiquité. On y voit tracées toutes les routes militaires de l'Empire.

Ultinerarium d'Antonin, publié pour la première fois par H. Estienne, en i$i2, est un document géographique d'une grande valeur. Entrepris, suivant toute probabilité, du temps de Jules César et remanié successivement jusqu'au m' ou iv" siècle, cet ouvrage se divise en deux parties : i® Itinéraire des provinces; 2<^ Itinéraire maritime» La première partie trace d'abord la route qui a son point de départ en Mauritanie et qui conduit de Tingis à Alexandrie. L'auteur passe alors en Sardaigne, en Corse et en Sicile, divisant chacune de ces iles par une route longitudinale. Il en fait autant pour l'Italie, de Milan à Rhegium. Après quoi, partant de Rome, il conduit son lecteur en Egypte et en Libye. De là il passe en Asie, parcourt le Pont, la Cappadoce, la Syrie, gagne le Danube, la Pannonie, la Gaule cisalpine et revient à Rome par des routes différentes de celles qu'il a déjà décrites. Enfin, après un nouveau voyage en Asie, il prend Milan pour centre et rayonne de cette ville en Gaule, en Germanie et en Espagne.

La seconde partie de Vltinerarium d'Antonin comprend trois fragments indépendants les uns des autres. Le premier détaille les points abordables des côtes d'Achaîe, de Sicile et de Sardaigne, avec les distances qui les séparent des ports d'Italie, d'Espagne et des Gaules. Le second fragment énumère les stations maritimes d'Ostie,à Arles* Le troisième donne la liste des tles de la Méditerranée.

$TS LITTéRATURB ROMAINE.

MATHÉMATK^USS

Frontin. — Végèce.

FroDtia (Sextus Julius Frontinus), né vers l'an 40 ^de Jésus-Christ et mort l'an 106, se distingua dans plusieurs magistratures par sa prudence et par sa pro* bité. De 7$ à 78, il fut gouverneur de la Bretagne jusqu'à l'arrivée d'Agricola, et fit la conquête du pays des Silures. Dans l'ordre des faits littéraires, il est cité comme auteur de plusieurs ouvrages relatifs aux mathématiques appliquées. Les plus remarquables sont : 1^ Sur les Aqueducs de Rome, en deux livres, contenant des détails intéressants sur l'histoire, laconstruc* tion et l'entretien de ces immenses édifices hydrauliques, dont les colonnes d'appui, dressées encore dans la campagne romaine, causent une vive impression aux voyageurs; if* Des Stratagèmes, en quatre livres, conapiiation extraite d'écrivains grecs et latins, aujourd'hui perdus, et renfermant des documents curieux sur la tactique militaire. Le style, inégal et d'une latinité m6> diocre, se recommande pourtant par la facilité.

« Les Romains, dit Montesquieu, se destinant à la guerre et la regardant comme le seul art, ils mirent tout leur esprit et toutes leurs pensées à le perfectionner. C'est sans doute un dieu, dit Végèce, qui leur inspira la légion. » Ou doit, en effet, à Végèce (Flavius Vegetius Renatus), écrivain distingué de la fin du iv" siècle, un ouvrage des plus intéressants sur la discipline militaire chez les Romains. L'auteur y traite des levées, de l'instruction des soldats, de l'ordonnance de la légion, de ses chefs, des armes, de l'attaque et de la défense des places, de la marine, etc. La phrase à laquelle Montesquieu fait allusion mérite d'être citée tout entière : « Non tantum humano consilio, sed etiam

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divinitatis instinctu, legiones a Romanis arbitror constitutas. Ce n'est pas seulement par une sagesse humaine, mais par une inspiration de la Divinité, que les légions me semblent avoir été établies par les Romains. »

JURISPRUDENCE

Sabiniens et Proculiens.

Massurius Sabinus, célèbre jurisconsulte du i*' siècle de l'ère chrétienne, commença par suivre les leçons de Capito; puis il professa lui-même la jurisprudence avec une telle autorité, qu'on lui conféra, sous Tibère, le jus respondendi qui donnait à ses consultations force de loi devant les tribunaux. C'est ainsi qu'il devint le chef d'une école appelée Sabinienne, qui s'eiforçait de maintenir les traditions des anciens jurisconsultes, tout en tenant compte des changements survenus dans les habitudes sociales. Le principal ouvrage de Sabinus, Libri très juris civilis, a été commenté par les plus célèbres jurisconsultes Ulpien et Pomponius, et le Digeste en fait souvent mention.

Les Sabiniens avaient pour antagonistes les Proculiens ou ProculéienSf disciples de Sempronius Proculus, qui florissait sous Néron. Plus rigoureux que leurs adversaires, les Proculiens s'efiPorçaient de remonter aux principes généraux du droit, et ils fondaient la jurisprudence sur les bases de la philosophie stoïcienne.

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