CLAUDIEN
dernières années d'Âusone, mort en 394, s'écoulèrent tranquilles dans les villas qu'il possédait auprès de Bordeaux. Nous parlerons plus loin de ses poésies didactiques. Â le considérer comme poète d'essor léger et de fantaisie, il y a de la ^finesse dans ses Quatrains sur Us empereurs, dans VEphéméride, sorte de pot-pourri, en vers de différents rythmes, sur la manière de passer la journée, dans ses ParentaleSy pièces touchantes écrites à la louange de sa famille, dans ses petits poèmes en l'honneur des Professeurs de Bordeaux, où l'on trouve de curieux renseignements littéraires. Le style d'Ausone est facile, brillant^ plus souvent emphatique et négligé.
POÉSIE ÉPI qv E
Claudîen.
Au XVI® siècle, le célèbre antiquaire Pomponius Lsetus, si connu par sa science, ses malheurs et son enthousiasme pour les anciens, découvrit à Rome, en pratiquant des fouilles dans le forum de Trajan, une statue de bronze, élevée, vers l'an 400 de l'ère chrétienne, à (( Claudius Claudianus, tribun, notaire et poète très glorieux ». Au-dessous de l'inscription latine, gravée sur le piédestal par ordre des empereurs Arcadius et Honorius, et par les soins du Sénat, on Ht un distique grec, où il est dit que « Rome et les souverains ont voulu rendre hommage au poète, qui réunit en lui seul le sens de Virgile et la muse d'Homère ». C'est un grand honneur fait à Claudien ; mais, quand on compare ses écrits à ceux des autres poètes de son siècle, on trouve moins étrange l'admiration qu'il a provoquée. Né en Egypte,
à Alexandrie, vers l'an 56$ (quelques-uns disent à Florence et d'autres en Espagne), Claudien débute par des compositions écrites en grec, sa langue maternelle. Les consuls Probinus et Olybrius, qui l'accueillent à Rome, vers la fin du règne de Théodoae, rengagent à quitter la poésie grecque pour la poésie latine, et c'est alors qu'il gagne la faveur du ministre Stilicon, dont il célèbre les exploits. Un riche mariage ajoute à sa haute fortune. Mais bientôt la disgrâce de Stilicon entraîne la ruine de Claudien. Eut-il, comme son protecteur, une fin tragique? Eut-il le bonheur de se soustraire à l'orage ? Mourut-il dans sa patrie ? L'histoire n'en dit rien.
Claudien a composé un grand nombre de poèmes^ que nous allons successivement apprécier, selon le genre que l'auteur y traite. Ce sont d'abord deux épopées, la Gigantomachie et l*Enlèvement de Proserpine, puis deux poèmes héroïques, la Guerre de Gildon et la Guerre des Gètes.
La Gigantomachie ou Guerre des géants, dont il ne reste que cent et quelques vers, représente les fils de la Terre, Typhon, Encelade, Porphyrion, Pallénée, Pélore, Mimas, Echion, Damastor, se soulevant contre Jupiter, et repoussés par Mars et par Minerve. Le style, quoique appliqué à des faits d'un intérêt secondaire, ne manque ni d'énergie ni de sonorité.
L'Enlèvement de Proserpine, emprunté à une ingénieuse légende mythologique, est une composition agréablement rajeunie par l'harmonie de la versification, l'agencement adroit des détails et la vigueur accentuée de quelques tableaux. Voltaire en a jugé le début digne d'être traduit en vers. Ce n'en est pourtant pas la meilleure partie. Nous préférons le portrait du dieu des Enfers, que le Tasse a imité dans le quatrième chant de la Jérusalem délivrée, La description de la Sicile et de l'Etna renferme de vraies beautés. Le tableau qui représente Proscrpine entourée de son cortège de jeunes filles, au moment où Pluton va l'enlever, est rempli de vers frais et gracieux.