‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 68 sur 80 · AMMIEN MARCELLIN. 4OI · texte numérisé non relu

AMMIEN MARCELLIN. 4OI

règne de Nerva jusqu'à la mort de Valens (96-578). Les treize premiers livres ont péri. Les quatorze derniers partent de l'année 5 $5, et s'arrêtent aux événements de l'an 378 : c'est une période de vingt-cinq ans. Le « vieux soldat » déclare à cet endroit que son âge fui interdit d'aller plus loin. Il ajoute : « Je donne ce livre comme une œuvre sincère^ où la vérité, dont je fais profession, ne se trouve nulle part que je sache altérée par le silence ou par le mensonge; que d'autres écrivent la suite, plus jeunes ou plus instruits ! Puissentils, s'il leur plaît de l'entreprendre, jeter leur langage dans un moule plus relevé! 1»

L'estime de la postérité a ratifié le témoignage de véracité qu'Ammien Marcellîn se décerne à lui-même. Formé par la lecture de Suétone et de Tacite, s'il est loin d'avoir leur style^ il a leur probité, leur droiture impartiale, et son ouvrage est un des plus intéressants à consulter pour l'histoire du monde romain durant cette période anarchique et troublée. La vue immédiate des événements et des pays qu'il a traversés rend ses informations on ne peut plus précieuses. Il a vii l'Egypte, le Nil, les obélisques, les hiéroglyphes, dont il fait une description fidèle : sa peinture des Sarrasins, des Gaulois, des Thraces, des Alains, des Huns, est prise sur le vif : assis au chevet de l'empereur Jur lien, il a entendu les dernières paroles que le mourant a prononcées, et il trace de lui un portrait, où les qualités et les défauts sont pesés dans un juste équilibre : les récits de la victoire d'Argentoratum, du désastre d'Andrinople et du meurtre de Para, roi d'Arménie, assassiné sous les yeux mêmes de l'auteur j offrent au lecteur des épisodes d'un intérêt saisissant : passages précieux qui font pardonner à Ammien Marcellin les singularités bizarres et les exagérations métaphysiques de son style. Disons aussi que, comme il lisait son histoire dans des conférences publiques, il lui arrive souvent de viser à l'effet et de provoquer les applaudissements, en mêlant les hardiesses pompeuses du genre lyrique au sans-façon et au terre A

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terre de sa langne de soldat. Au fond de tout cela, c'est un honnête homme et un conteur sincère, qui a fourni la matière de bonnes pages à Gibbon et à Chateaubriand.

ÉlOQ^UENCE ET ÉPISTOIOGRAPHIE

Panégyristes latins. — Rhéteurs. — Symmaque ; véritable orateur. — Sidonius Apollinaris

Panégyristes, — Ce serait peine perdue d'aller chercher quelques traits d'éloquence vraie et spontanée dans le recueil des Panégyristes du iii« et du iv" siècle. C'est le triomphe de la flatterie ofBcielle et de la platitude oratoire. On regrette de voir les éditeurs placer le nom de Pline le Jeune en tête de cette douzaine de louangeurs à gages, exaltant les mérites de Maximilien Hercule, de Maximien Auguste et même de Constantin : Trajan, loué par Pline, était un autre homme. Disons pourtant que les discours d'Eumenius ne sont pas sans quelque valeur, surtout celui qui a trait au rétablissement des écoles {^97), et qu'on peut trouver des détails instructifs dans le panégyrique de Julien par Claudius Mamertînus Minor (362) et dans celui de Théodose par le Gaulois Drepanius.

Rhéteurs. — Plusieurs traités de Rhétorique, copies froides et défectueuses de Cicéron ou de Quintilien, offrent cependant des exemples choisis parmi les classiques grecs et latins. AquilaRomanus compose une sorte de manuel des Figures dépensée et des figures de style^ continué, après lui, par Julius Rufinianus. Fabius Marins Victorinus, né dans le iv^ siècle, à Carthage, devient professeur public d'éloquence à Rome, et écrit un Exposé sur les traités oratoires de Cicéron.

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Symmaque, — Cependant un véritable orateur se montre à cette époque : c'est Symmaque.

« Symmaque, dit Villemain, est un des hommes les plus remarquables qui aient paru dans les dernières époques de l'empire : défenseur des fables du paganisme, il fut admiré par les chrétiens. Pendant une longue vie, et sous la rapide succession de tant d'empereurs, il remplit les premières dignités de l'Etat ; il cultiva tous les arts de l'esprit, au milieu de la barbarie, qui croissait déjà de toutes parts. 1»

On voit par ces lignes quel intérêt s'attache aux œuvres d'un auteur aussi distingué. Né à Rome vers 850^ Symmaque (Q. Aurelius Avianus Symmachus), après avoir reçu une éducation brillante, est successivement questeur, préteur, proconsul d'Afrique, préfet de Rome, prince du Sénat et pontife. On croit qu'il mourut vers l'an 420. Pendant longtemps, Symmaque était plus particulièrement connu par ses Lettres et par sa requête à Valentinien II pour le rétablissement de l'autel de la Victoire dans la Curia Hostilia. En 1815, le cardinal Angelo Maïo découvrit à Milan, dans la bibliothèque ambrosienne, des fragments de discours, qui, tout restreints qu'ils sont, servent à compléter l'œuvre littéraire du célèbre orateur. Parlons d'abord de son éloquence, louée par Macrobe^ qui la trouvait u grasse et fleurie ».

L'an 29 avant Jésus-Christ, Auguste avait fait placer dans la Curia Julia, ci-devant Hostilia, une statue de la Victoire apportée de Tarente, et un autel qu'il décora des dépouilles de la guerre d'Egypte. Elevé ainsi au milieu du Sénat, ce monument païen avait traversé les âges et subsisté même sous Constantin. Le fils de celui-ci , Constance, le fit enlever. Julien le rétablit. Valentinien I^^ le respecta. Gratien le détruisit de nouveau, parce qu'il choquait la vue des sénateurs chrétiens. La majeure partie de l'assemblée réclama auprès de Gratien par la bouche de Symmaque, mais sa requête fut rejetée. Quinze ans plus tard, Symmaque la renouvela auprès de Valentinien II. Le morceau a de l'impor-

tance. Au nom de Ja liberté générale des opinions et des pratiques religieuses, l'orateur revendique pour l'ancien culte des droits égauic à ceux du nouveau.

Nouii redemandons, s'écrie-t-il, le système de religion qui longtemps fut profitable & la République. Comptez tous les empereurs de l'une et de Tautre secte, de Tune et de Tautre opinion. Parmi ceux qui sont les plus près de nous, l'un a observé les cérémonies de nos aïeux, l'autre les a permises. Si la religion des anciens ne fait pas autorité, que du moins la dissimulation des modernes soit un exemple. Quel homme est assez ami des Barbares pour ne pas redemander l'autel de la Victoire? Nous avons d'ordinaire une prévoyance inquiète, et nous évitons ce qui peut paraître un fâcheux augure. Eh bien, sachons au moins rendre au nom de la Victoire l'hommage que nous refusons à sa divinité! Prince, ton éternité lui doit déjà beaucoup ; elle lui devra davantage. Qu'ils détestent sa puissance, ceux-là qui n'ont pas éprouvé son secours ! Mais toi, n'abandonne pas une protection amie des succès et de la gloire. Cette puissance a droit sur les prières de tout le monde. Que si l'on oubliait les hommages dus à la déesse, on devrait toutefois respecter la majesté du Sénat. Fais, je t'en supplie, que les traditions, reçues dans notre enfance, nous puissions, dans notre vieillesse, les transmettre à nos descendants. Mais où donc désormais prêterons-nous serment à tes lois et à tes paroles? Quelle religion épouvantera l'âme perfide et lui interdira le mensonge dans les témoignages? Tout est plein de Dieu, sans doute; et il n'y a pas de lieu d'asile pour les parjures. Mais c'est un puissant secours contre la pensée du crime que d'être pressé par la présence même d'un objet sacré. Cet autel est le lien de la concorde, la garantie de la fidélité. Écoute, prince, écoute la voix même de Rome, qui te dit : « O toi, père de la patrie, respecte la vieillesse où je suis parvenue sous cette loi sacrée; laisse-moi mes antiques solennités. Je n'ai pas lieu de m'en repentir ; ce culte a mis l'univers sous mes lois ; ces sacrifices, ces cérémonies saintes ont écarté Hannibal de nos murs et les Gaulois du Câpitole ! »

8IDONIU8 APOLLINARIS. 4O5

Saint Ambroise, évêque de Milan, ne laissa pas sans réponse Péloquente requête de Symmaque. Avec toute la chaleur d'une foi confiante, il plaida auprès de Valentinien II la cause du christianisme, et il la gagna : la Victoire fut vaincue.

Les Lettres de Symmaque, publiées par son fils, sont distribuées en dix livres. Elles s'adressent à des amis de l'auteur et elles sont empreintes d'une aménité qui n'exclut pas l'énergie. On y sent la main d'un lettré et d'un homme d'État. C'est cependant une erreur de critique de les placer trop près de la correspondance de Pline.

Sidoine Apollinaire, — Sidoine Apollinaire, nom francisé du latin C. Sollius Apollinaris Sidonius, fait partie du petit groupe d'écrivains de valeur qui honorent cette période stérile. Né à Lyon, vers l'un 431 après Jésus-Christ, il fut élevé à la dignité de sénateur par l'empereur Avitus, dont il avait épousé la fille. Après la chute d'Avitus, il vécut quelque temps relire dans sa villa d'Avitacum, en Auvergne ; mais, en 467, il reparaît à Rome comme ambassadeur des Arvernes auprès d'Anthémius. S'étant concilié les bonnes grâces de ce prince par un panégyrique en vers, il est créé patrice, préfet de Rome et évêque de Clermont, où il meurt le 20 août 488.

Sidoine Apollinaire, esprit pénétrant et vigoureux, doué d'une imagination prompte et facile, formé i l'art d'écrire par de brillantes études, imitateur de Claudien, de Pline le Jeune et de Symmaque, s'est exercé, comme poète, sur des sujets chrétiens ou dans des Panégyriques adressés aux empereurs qu'il a servis.

Comme prosateur, il a laissé un recueil de 147 lettres, dont quelques-unes sont mêlées de poésie. Cette correspondance offre un véritable intérêt. Quoique le style en soit souvent affecté, chargé d'images obscures et même d'incorrections graves, elle présente un tableau curieux de la société gallo-romaine, telle qu'elle se mouvait sous les yeux de l'auteur.

^06 tITTÉ RATURE ROMAINE.

PHILOSOPHIE

Apulée. — Fusion de la philosophie antique avec la théologie chrétienne. — Boèce.

Le talent d'Apulée ne s'est pas seulement fait connaître par son roman de l*Ane d'or, Apulée dit luimême « qu'il s'est exercé dans tous les genres, et qu'il a cultivé les neuf Muses avec une égale ardeur. » Il est donc tout naturel de trouver en lui un disciple de Socrate, de Platon et d'Aristote, auquel saint Augustin, Sidoine Apollinaire et le pape Pie V n'ont pas épargné les éloges, même en le réfutant. Sans voir en lui un a tonnerre d'éloquence », m le père de la grâce et de l'agrément », « l'auteur d'un livre sans pareil, d'un véritable lingot d'or », nous croyons juste de le désigner spécialement comme un propagateur utile, quoique involontaire, des idées platoniciennes, tendant à se mettre eu harmonie avec les dogmes chrétiens.

Boèce, — Celte fusion est désormais accomplie dans l'un des hommes qui font le plus d'honneur au vi*' siècle, Anicius ManliusTorquatusSeverinus Boethi-us, que nous appelons simplement Boèce. Né à Rome ou à Milan (4.70), disciple du néo-platonicien Proclus, il unit à l'étude de la philosophie idéaliste celle des principes d'Aristote. L'empereur Théodoric l'avait élevé au consulat, l'an $10; mais les remontrances qu'il osa faire au prince, en raison de ses violences contre les catholiques, le firent tomber en disgrâce, condamner sans jugement comme coupable d'intelligence avec Justin et décapiter en 525. C'est pendant la longue captivité qui précéda son supplice que Boèce compose le plus célèbre de ses ouvrages : De la consolation de la philosophie, en cinq livres, où il emploie alternativement la prose et les vers. L'idée de ce livre est grande, gé-

néreuse, l'exécution naturelle, agréable. Boèce est en prison. La Philosophie lui apparaît, le console par l'idée d'une Providence, lui montre l'injustice des plaintes qui retentissent de toutes parts sur l'inconstance du bonheur, et le confirme dans la conviction qu'il n'y a de vrai bonheur et de vrai repos pour l'homme que dans la vertu. Énoncées à la fois dans une prose pure et coulante et dans des vers harmonieux et faciles, ces vérités morales out assuré à l'œuvre de Boèce l'estime de la postérité, et, de son temps même, une influence incontestable sur la civili* salion nouvelle.

MATHÉMATK^UES

Firmicus Maternus. — Traités d'arpentgge,

Julius Firmicus Maternus, né en Sicile, avocat sous Constantin, a écrit, en 340 après Jésus-Christ, un livre intitulé : Matheseos libri VIII; mais c'est moins un ouvrage de science mathématique qu'un traité d'astrologie.

On trouve des indications plus pratiques dans les Auctores grammaticiy autrement dit les Arpenteurs, dont quelques-uns sont cités par leur nom : Siculus Flaccus^ Aggenus Urbicus, Faustus, Dolabella.

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