RELIGION ITALIENNE. II
le Un et la toile, exploiter les mines, fabriquer des oatils et des armes, se tenir aux aguets, faire des battues, des palissades, des remparts, des digues, inventer des plans d'attaque et de défense.
L'instinct de sociabilité groupant la famille autour du père, et la tribu autour du magistrat, il s'ensuit des coutumes, des lois, un système de justice, un code, qui fixe la propriété, et qui détermine les droits des possédants. Les Italiens y excellent : l'Italie, on Ta dit avec raison, est la terre classique du droit. Le sentiment du juste s'y élève à la hauteur d'une institution sociale, qui lui vaut, de nos jours encore, avec l'admiration des nations modernes, l'honneur d'une pratique permanente. La pierre sacrée du foyer et celle du tombeau en sont les assises indestructibles. La religion ajoutant son autorité et son appareil imposant au culte de la famille et à celui de la cité, le père a l'autel et la lance ; il parle au nom des dieux domestiques et de la force : le magistrat, investi du sacerdoce augurai, parle au nom de la cité, qui dicte la loi à tous les pères, et au nom de la justice, qui est la souveraine même des dieux.
La religion a peu varié sur les différents points de l'Italie : Rome, d'ailleurs, semble avoir concentré les différents cultes dans ses murs et dans ses temples. Toutefois les Étrusques, race pensive et mélancolique, sont les initiateurs des autres populations à la science sacrée. Caeré (Cervetri), chef-lieu des douze lucumonies, est la métropole religieuse de Rome ; les Pères de l'Église nomment l'Étrurie la mère des superstitions. On y consultait les entrailles des victimes, le vol des oiseaux et les phénomènes de la foudre. Autour de Jupiter se groupaient les DU Consentes ou les douze grands dieux, avec d'autres divinités innommées, que le maître du monde admettait dans ses conseils secrets. Frappé de l'idée de la mobilité, de la fragilité, du néant même de tout ce qui existe, événements et personnes, les Étrusques ont une déesse du chan*
la LITTéRATURB ROMAINE.
gement, Voltumna, de volvere, Janus, au double front, est le symbole du temps, qui glisse et qui disparaît comme un fleuve; les peuples, les races s'éteignent; le cycle mystérieux de la grande année embrasse plusieurs milliers de siècles, après lesquels tout s'épuise, passe et meurt : les dieux eux-mêmes périssent et s'en vont. Indépendamment des grands dieux, d'autres tribus de l'Italie ont des divinités distinctes : les Latins placent devant leurs portes les Lares, dieux du foyer, Herclus qui donne la richesse ; les vieux Sabins adorent Mars (Maurs, Mamers, Mors) le dieu de la guerre et de la mort. Les Samnites vouent un culte à Junon, sous le nom Dea Cupra, la bonne déesse; les tribus agricoles invoquent Tagès, le dieu sédentaire, puis Saturne, le Semeur, Faunus, le dieu des champs. Terminus, le dieu des limites, Sylvanus et Picus, dieux des forêts. Paies, déesse des bergers; les tribus maritimes adressent leurs vœux à Neptune, à Castor et à Pollux, à Portumnus, dieu des abris. Une tendance propre à la théologie italique^ c'est de revêtir d'une forme sensible les forces de la nature, élevées à la sphère divine, de réaliser des sentiments abstraits et des idées morales, ou, par un procédé analogue, de prêter une vie réelle à des êtres matériels- et concrets. Ainsi les tribus latines, dont Ennius et Caton se sont faits les échos, saluent du nom de Jupiter l'espace rayonnant qui se déploie audessus de la terre : chaque homme a en lui un génie, auquel il sacrifie, qui vit et disparait avec lui ; on élève des autels à la Jeunesse, à la Santé, à la Concorde, à la Bonne Foi. à la Fièvre, à la Rouille, aux Éclairs, aux Vents, a la Tempête, à la Peur : les voleurs sacrifient à Laverna, les marchands à la Bonne Chance : on pactise, on s'arrange avec tous ces dieux.
Cette fuite de l'idéal, ce penchant vers le positif, n'ont rien qui surprenne chez un peuple créé pour la vie agissante. Le monde latin est le monde de l'action. A cet égard, les historiens et les poètes en peuvent