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Il aborda ensuite les procès criminels, et se chargea résolument d'une affaire très difficile (80). Rome était alors soumise au pouvoir absolu de Sylla : les amis du dictateur, assurés de Timpunité, se permettaient toutes les violences. Un riche citoyen d'Amérie, ville de rOmbrie, Roscius, avait été assassiné pendant les proscriptions. On imagina, pour faire confisquer ses biens, de mettre son nom sur la liste des proscrits ; puis ces biens ainsi confisqués furent adjugés pour une somme dérisoire à un puissant affranchi de Sylla, Chrysogonus, qui avait conduit toute Taffaire. Mais le fils de Roscius réclamait contre cette spoliation : pour se délivrer de ses plaintes, Chrysogonus prit le parti d'accuser le jeune homme du meurtre de son père. L'issue du procès ne semblait pas douteuse ; Taccusé ne trouvait même pas d'avocat, nul n'osait lutter contre un favori du dictateur. Cependant Cicéron eut le courage de défendre Roscius, et il le fit avec un mélange de hardiesse et de réserve, d'indignation et de prudence, qui révélait chez le jeune orateur autant d'habileté que de chaleur. Le triomphe fut d'autant plus éclatant qu'il était plus inespéré: Roscius fut acquitté et la réputation de Cicéron devint très brillante.
Voyagé en Grèce et en Asie. — Cependant, l'année suivante, il fut forcé d'abandonner pour quelque temps cette carrière si glorieusement abordée. Sa santé était faible, et sa déclamation, trop animée, aurait bientôt épuisé ses forces. Selon Plutarque, il voulait aussi se faire oublier et échapper au ressentiment de Sylla. Il passa d'abord six mofs à Athènes, où il suivit les leçons du philosophe Antiochus. Puis il alla en Asie Mineure pour fréquenter les écoles des rhéteurs les plus célèbres du temps. A Rhodes, il retrouva son ancien maître Molon, et il entendit éga-
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lement un célèbre philosophe stoïcien, Posidonius d'Apamée, avec lequel il conserva toujours des relations.
Quand il revint à Rome après une absence de deux ans, il avait réformé complètement, surtout grâce à la direction et aux conseils de Molon, sa manière de dire; sa déclamation était devenue moins véhémente; sa poitrine aussi s'était fortifiée. Mais il voulut se- perfectionner encore dans cette partie de l'art oratoire si importante chez les anciens, Faction. A cet effet, il prit des leçons de deux célèbres acteurs, Roscius et .^sopus. Il nous reste une partie d'un plaidoyer qu'il prononça en faveur du premier *.
C'est l'année même de son retour qu'il épousa Terentia, qui appartenait à une famille riche et distinguée, mais dont le caractère et l'avarice semblent l'avoir fait beaucoup souffrir. Il en eut bientôt une fille, Tullia, que l'amour et les regrets de son père ont immortalisée. La naissance de Marcus, fils de Gicéron, est de onze ou douze ans postérieure.
Entrée dans la vie publique. — Questure. — Il était arrivé à Tâge des candidatures. Ses succès oratoires, l'opposition indirecte qu'il avait faite à Sylla, mort depuis deux ans et dont on commençait à attaquer les lois, le souvenir de son poème sur Marins, tout le désignait aux suffrages du peuple. Aussi fut-il élu questeur par des suffrages unanimes (76) : cette magistrature donnait alors l'entrée au sénat. Les questeurs, chargés de percevoir les revenus des provinces, étaient subordonnés aux préteurs. Désigné pour la Sicile, où il passa deux années, Gicéron indisposa d'abord les habitants de la province par la quantité de grains qu il lit passer à Rome, menacée d'une disette ; mais