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S^ nihii contra leges fecisse

2. Cicéron, Contre Pison, III. — Plutarque, Vie de Cicéron, 23,

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vers sur son consulat, refroidit bientôt ses amis et servit la vengeance du parti vaincu. Elle éloigna de lui Pompée, que Cicéron avait blessé, à son retour d'Asie, par des paroles dédaigneuses sur ses victoires et par un vers devenu célèbre :

Que les armes le cèdent à la toge; que le laurier du vainqueur s'incline devant l'éloquence.

Cédant arma togœ; concédât laurea linguœ.

Bientôt César, Pompée et Crassus forment le premier triumvirat, et les ennemis de Cicéron, sûrs de Tappui ou de la connivence des triumvirs, renouvellent leurs attaques. Cicéron avait déposé, dans une affaire de sacrilège, contre le fameux Clodius, et s'en était fait un ennemi. Ce jeune homme, tristement célèbre par ses débauches et ses violences, appartenait à la grande famille des Claudius. Mais il dénatura son nom, passa par adoption dans une famille plébéienne, et put ainsi briguer le tribunat, qu'il obtint avec Tappui de César (58). Aussitôt il proposa une loi qui condamnait à l'exil tout magistrat ayant fait exécuter sans jugement des citoyens romains: c'était frapper Cicéron. Celui-ci, quoique abandonné par Pompée, aurait pu résister : il avait pour lui une grande partie du sénat et tout le corps des chevaliers qui prirent le deuil avec lui ; mais, pour éviter un combat, il aima mieux, suivant l'avis de Caton, sortir de Rome. Il se retira en Macédoine, à Thessalonique, pendant qu'un plébiciste le condamnait à l'exil et que Clodius, peu satisfait de cette vengeance, faisait brûler sa maison de Rome, piller et vendre ses propriétés.

Mais cet exil ne fut pas de longue durée. L'audace du tribun effraya bientôt ceux qui l'avaient soutenu. Pompée encouragea les démarches des amis de Cicéron. Après une lutte terrible, Clodius fut vaincu par

le nouveau tribun Milon et chassé du forum. Le consul Lentulus Spinther proposa le rappel de Cicéron, qui fut prononcé par le suffrage unanime des centuries, seize mois après la sentence d'exil.

Le retour du consulaire fut un véritable triomphe : il revint, comme il Ta dit lui-même, « porté dans les bras de toute Tltalie ». Mais cette juste réparation fut gâtée par Texcès de sa joie, comme son exil l'avait été par l'excès de son accablement. Il remplit tous ses discours de son propre éloge, et cette vanité un peu ridicule nuisit à son importance.

Cicéron se détourna de la polilique pour composer quelques-uns de ses plus beaux ouvrages littéraires, par exemple, les trois Dialogues sur Vorateur (De oratore) (56), et le traité De la république. En même temps, il prononçait de nouveaux plaidoyers. C'était l'époque où César acquérait, par ses campagnes en Gaule, la gloire, les armées, les trésors dont il avait besoin pour lutter contre la puissance et le nom de Pompée. Crassus, leur collègue dans le premier triumvirat, était parti pour combattre les Parthes, Après le malheureux dénouement de cette expédition, Cicéron fut nommé augure à la place du jeune Crassus, qui avait péri avec son père. Ce fut Hortensius qui proposa sa candidature et qui l'installa dans ses fonctions. Malgré les railleries bien connues de Cicéron sur les augures, ce ne fut pas sans joie qu'il se vit revêtu d'une dignité viagère, très importante dans l'Etat.

Plaidoyer pour Milon — Cependant, à Ron^e, les événements se précipitaient ; la longue et violente querelle de Clodius et de Milon dégénérait en guerre civile. Pour remédier à ces désordres, on avait eu recours à un parti sans exemple dans l'histoire de la république : Pompée avait été nommé seul consul. Cette année même (52 av. J.-C), dans une rencontre

qui eut lieu à quelques milles de Rome, Glodius fut tué par les esclaves de Milon. Le parti populaire s'indigna : Milon fut accusé et eut recours à Téloquence de Cicéron, qui lui devait son rappel. Mais Pompée, débarrassé de Glodius, était bien aise d'éloigner aussi ce dangereux et indocile auxiliaire ; il se montra contraire à Milon et, au jour du jugement, il fit entourer de soldats le forum. Cicéron, intimidé par cet appareil militaire et par les cris des partisans de Glodius, parla faiblement. Six mois seulement après le dénouement du procès, il composa, dans le silence du cabinet, l'admirable discours que nous possédons. On connaît le mot de Milon, quand il reçut ce chefd'œuvre :

« 0 Cicéron ! si tu avais plaidé ainsi, je ne mangerais pas de si bon poisson à Marseille. »

Cicéron en Cilicie.— L'année suivante (51), en exécution d'une loi nouvelle portée par Pompée, Cicéron dut accepter une province, et il partit pour la Cilicie, dont le sort l'avait fait proconsul. Il s'y distingua par sa justice et son intégrité, et montra même quelques talents militaires : car il défit les troupes de brigands du mont Amanus, prit leur forteresse Pindenissum, et fut nommé par ses soldats imperator. Il repartit pour Rome, fier de ses exploits, écrivant à ses amis des lettres pressantes pour obtenir le triomphe ; mais il n'obtint que les supplications. D'ailleurs, la rupture entre César et Pompée occupait tous les esprits, et Cicéron, comme il le dit lui-même, « tomba au milieu des flammes de la guerre civile ».

La guerre civile. — La dictature de César. — Après de vaines tentatives de conciliation, après des hésitations longues et douloureuses, il se décida, non sans Tépugnance, à se ranger dans le parti de Pompée, où

il voyait les consuls et les principaux membres du sénat. Mais sa froideur, ses railleries, le rendirent suspect ; il ne ménageait pas Tarrogance des jeuiies patriciens : « Si ces gens-là sont vainqueurs, disait-il, ils ne laisseront pas une tuile debout en Italie. » Ses sarcasmes exaspérèrent tellement les esprits, qu*il faillit être tué dans le camp. Enfin il retourna à Brindes, laissant en Grèce son fils Marcus, qui combattit à Pharsale. Après le désastre, Cicéron refusa le commandement de Tarmée qu'on lui offrait en sa qualité de consulaire, et il attendit à Brindes, plein d'anxiété, la décision de César. Rassuré bientôt par la bienveillance du vainqueur, il se retira dans ses maisons de campagne et charma sa retraite par de nouveaux travaux littéraires et philosophiques. C'est alors qu'il composa le Bnitus ou Traité des illustres orateurs, ouvrage que nous avons si souvent cité ; le traité appelé l'Orateur {Orator); les Paradoxes. Au milieu de l'abaissement de tous, il s'honora par son silence et par un courageux Floge de ce Caton qui venait de se donner la mort à Utique. D'ailleurs César ne se vengea de cet écrU que par une réplique, VAnti- Caton.

Quelque temps après, le rappel de Marcellus (46), un des ennemis les plus décidés du dictateur, arrachait à Cicéron un remerciment plein d'éloquence, et, parmi des éloges enthousiastes pour la magnanimité du dictateur, il sut encore faire entendre des réclamations en faveur de la liberté. Dès lors, Cicéron reprit son ancien rôle, parlant dans les délibérations du sénat, ou plaidant pour des accusés. C'est ainsi que son discours Pour Ligarius fit tressaillir le dictateur, qui s'était promis d'être inflexible, et lui arracha un acquittement.

Cicéron venait alors de répudier, après plus de trente ans de mariage, sa femme Térentia, dont le

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caractère Tavait toujours fait souffrir. Il se plaint surtout, dans sa correspondance, de la mauvaise administration de sa femme, de gaspillages, de détournements, de spéculations ruineuses *. Ce divorce d'un homme de soixante-deux ans, qui avait des enfants et des petits-enfants, donna lieu à plus d'un propos piquant. Cicéron fournit bientôt à la malignité une nouvelle occasion de rire à ses dépens. Il épousa, en effet, Tannée suivante, une jeune et riche héritière, Publilia, qui était sa pupille. Mais Publilia ne s'entendit pas avec Tullia, la fille chérie de Cicéron. Quand celle-ci, après avoir divorcé avec son mari Dolabella, dut se retirer auprès de son père, la mésintelligence éclata entre les deux femmes. Bientôt Tullia mourait, à trente et un ans, et la joie que Publilia ne sut pas cacher révolta Cicéron, qui renvoya sa nouvelle épouse.

La mort de Tullia fut la plus grande douleur de sa vie, et cette fois encore il trouva dans l'étude sa meilleure distraction. De cette époque datent plusieurs de ses écrits philosophiques, le traité De la consolation, les Académiques, les Tusculanes, le traité Des vrais biens et des vrais maux. Il en avait commencé plusieurs autres, quand la mort de César amena de nouveaux bouleversements (44).

Mort de César. — Rote de Cicéron. — Second triumvirat. — Mort de Cicéron. — Ce meurtre fut accueilli par lui avec une joie qu'on voudrait plus digne. Sans doute embarrassé des éloges que naguère il avait donnés au dictateur et des paroles prophétiques du Pro Marcello, où il déclarait la vie de César nécessaire au salut de Rome, ilvoulait dissiper par ses applaudissements les défiances des conjurés et montrer qu'il

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