‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 105 sur 433 · Voir Boissior, Cicéron et ses amis, p · texte numérisé non relu

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eût mérité d'avoir part au complot. Dans cette circonstance de sa vie, comme dans plusieurs autres, la faiblesse de son caractère et la mobilité de ses impressions l'ont mal servi. Il signala du moins par de louables essais de conciliation sa présence à Rome, et son éloquence fit décréter par le sénat une amnistie générale. Cette mesure sage et salutaire n'eut malheureusement pas d'effet. Les complications et les dangers qui survinrent, l'hésitation* des conjurés, la nullité du sénat, découragèrent Cicéron : il se retira à la campagne et chercha dans la reprise de ses travaux philosophiques une diversion aux tristes pensées qui Tagitaient. C'est alors sans doute qu'il composa ou termina les traités De la divination, Du destin, De la vieillesse, De Vamitié^ De la gloire^ et qu'il commença le traité Des devoirs.

Pendant ce temps, la lutte se préparait entre Antoine et le jeune Octave, héritier du nom et de la fortune de César. Ce jeune homme, dont personne ne pouvait encore soupçonner les talents et la prodigieuse astuce, avait besoin, pour se produire, de l'appui d'un personnage important. 11 vint trouver Cicéron à Puteoli, gagna l'âme faible et sensible du vieux consulaire par les témoignages hypocrites d'une admiration et d'une confiance sans réserve. Cicéron crut qu'il dirigerait en tout le jeune César, dont le nom allait rallier des armées au sénat ; il retourna à Rome pour le soutenir de son autorité et de son influence et pour commencer contre Antoine une lutte brillante et acharnée. Les Philippiques, ces magnifiques et terribles invectives, que Cicéron devait payer de sa vie, nous montrent le grand orateur aussi jeune, aussi éclatant, aussi passionné qu'à l'époque de ses débuts. Ses amis, plus froids, et surtout Bru tus, ne partageaient pas ses illusions sur Octave et s'efforçaient de le mettre en garde contre ce jeune homme dans lequel ils

voyaient plusieurs César et plusieurs Antoine. Trop longtemps Cicéron refusa de les croire, et quand il s'aperçut qu'Octave se jouait de lui et du sénat, il était trop tard. Les deux consuls avaient péri à Modène, Lépide et ses légions avaient passé du côté d'Antoine ; enfin Octave, jetant le masque, se réconciliait avec son rival et le deuxième triumvirat était formé (43). Cicéron en fut une des premières victimes; abandonné à la fureur d'Antoine par celui qu'il avait traité comme un fils, il fut proscrit avec son frère et son neveu. Ils apprirent cette nouvelle à Tusculum, où ils étaient réunis. Quintus et son fils périrent les premiers. Cicéron s'embarqua, revint, fut surpris à Caïète par les soldats d'Antoine, et tendit lui-même sa tète aux assassins. Cette tête, après avoir subi les outrages de Fulvia, femme d'Antoine, fut clouée, avec les deux mains, à la tribune aux harangues. «

Cicéron avait alors soixante-quatre ans (43).

On ne peut accorder à Cicéron les qualités de l'homme d'Etat: il ne savait pas conduire les hommes, qu'il indisposait par sa vanité et son humeur railleuse. D'ailleurs, on chercherait vainement en lui des principes arrêtés, des convictions fortes, une marche sûre et décidée ; la légèreté de son esprit l'égaré, la vivacité mobile de son imagination lui présente les choses sous mille faces différentes : de là ses irrésolutions, de là ses changements et ses faiblesses. Selon Cornélius Népos, on trouverait dans sa correspondance la prédiction de tous les événements qui sont survenus ; il aurait dû ajouter qu'on y trouverait aussi la prédiction des événements contraires. Ce dont il fait honneur à la perspicacité de l'homme d'Etat prouve seulement l'imagination de l'écrivain et de l'orateur. Mais ce qui est incontestable, c'est qu'il aimait sincèrement son pays, c'est que son cœur n'a jamais été complice

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des fautes de son esprit, et que toute sa vie il a eu pour vœu et pour objet le bien de Rome. Juste, intègre, désintéressé, courageux et dévoué par élan, il méritait Thommage que lui rendit celui dont l'ambition Tavait si lâchement sacrifié. Un jour, Octave, devenu Auguste, surprit entre les mains de ses petitsflls un ouvrage de Cicéron : « Mes enfants, leur dit-il en leur rendant le livre, c'était un grand citoyen qui aimait bien son pays. » {Civis magnus, o filii, patriœ amantissimus,) Cette réparation un peu forcée nous console en partie du silence presque général des contemporains; elle contraste avec l'injuste et regrettable allusion de Virgile, sacrifiant à la Grèce le génie et la gloire du plus grand orateur judiciaire de l'antiquité, et peut-être du monde *.

TiC^rô^torateur judîftiftire. — En efiet, parmi tous *i'< Mrr.> f^ii justili.oat l'adiçpiration des moidernes pour v!;o'coaj!i!P:^^4^«fej]e fd|^ sont ses plaidoyers. Dans l'opinion de Cicéron, l'éloquence judiciaire l'emporte sur l'éloquence politique : c'est, à ses yeux, la plus difficile, celle qui demande le plus d'habileté et de ressources, la connaissance la plus profonde du cœur humain et des moyens de l'émouvoir. L'éloquence judiciaire était aussi, chez les Romains, la première en importance : elle avait la place publique pour théâtre, le peuple entier pour témoin et pour juge elle ouvrait la route des honneurs, et, par les nom; breux clients qu'elle donnait aux avocats, elle faisait leur popularité et leur fortune politique. Arrivés par elle aux premières dignités de l'Etat, ils ne la rejetaient pas comme un instrument désormais inutile et

1. Enéide, vi, 8i7. « D'autres avec plus de grâce animeront l'airain, seront pUis habiles à plaider des cames. »

Excudeol alii spirantia moUius ipra Orabunt causas melitts . . .

au-dessous de leur importance. Crassus, Hortensias, Cicéron, revêtus des hautes fonctions delà préture ou du consulat, plaidaient pour des particuliers, et ne croyaient ni descendre, ni abaisser, en leur personne, la majesté du caractère public. Aussi, nous Tavons vu, à l'exception de Caton et des Gracques, c'est surtout aux plaidoyers que les grands orateurs de Rome, Crassus, Antoine, Sulpicius, Hortensius, doivent leur célébrité. Cicéron lui-même fonde principalement sur les discours judiciaires Fespérance de sa réputation. Quand il parle de ses ouvrages, ce ne sont pas les Catilinaires qu'il rappelle, mais le discours Pour Cluentius et les Verrines,

En racontant la vie de Cicéron, nous avons parlé des discours qui précédèrent son voyage en Grèce. Il avait alors dans sa manière une chaleur et un empoi^ tement qui nuisaient, par leur uniformité, à l'effet de son éloquence et qui compromettaient sa santé. Tel est le caractère du plaidoyer Pour Jioscius d^Amérie : on y trouve un peu de luxe asiatique, une surabondance juvénile, une verve emphatique dont Cicéron lui-même s'est moqué plus tard *. Cependant la passion y est souvent assez entraînante, l'inspiration assez vraie, pour que le lecteur soit ému, pour qu'il voie dans ce discours la révélation d'un talent supérieur. Mais c'est dans les plaidoyers qui suivirent le retour de Cicéron, lorsque, par des études opiniâtres, il eut assoupli sa voix, discipliné son geste, réglé et tempéré sa verve, qu'il faut chercher les chefs-d'œuvre les plus parfaits de son éloquence. Rien n'égalera jamais la variété, l'éclat, la véhémence et Tintérêt des discours contre Verres et surtout des deux derniers, le De signis et le DesuppUciis; jamais on ne réunira à un plus haut degré des qualités si diverses, la gaieté

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