‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 109 sur 433 · Fénclon · texte numérisé non relu

Fénclon

Traités oratoires. — On n'arrive pas sans de longues études à la perfection du talent oratoire : Cicéron avait beaucoup médité sur son art, et ses traités de rhétorique, dont Quintilien a reproduit avec bien moins d'élévation, de force et de délicatesse, toutes les idées, tous les préceptes, le placent à la tête des critiques de Rome. Nous ne donnons pas cependant cette importance à quelques essais de sa jeunesse, comme les deux livres sur V Invention oratoire^ qui faisaient sans doute partie d'un ouvrage plus étendu, désigné chez les anciens sous le nom de Rhetorica, L'auteur y suit de près et reproduit plus d'une fois un livre qu'on lui a souvent attribué, la Rhétorique à Hérennius. Il est à peu près certain que ce traité, divisé en quatre livres, appartient à l'époque de Sylla et est l'oeuvre d'un certain Cprnificius souvent cité par Quintilien*. Beaucoup plus tard, Cicéron rédigea pour son fils une sorte d'abrégé par demandes et par réponses, qui a pour titre les Partitions oratoires. Il écrivit aussi, pendant un voyage, en 44, les Topiques, qui avaient pour objet de faire connaître au jurisconsulte Trébatius le système d'Aristote sur l'invention oratoire. Ce sont là des résumés auxquels l'auteur lui-même n'attachait pas beaucoup de prix. Mais trois autres ouvrages, fruits de la maturité ou de la verte vieillesse du grand orateur, sont des monuments précieux pour l'étude de l'éloquence en général et de son histoire chez les Romains : nous voulons parler des dialogues Sur l'orateur {De oratore), du dialogue intitulé Brutus ou Sur les illustres orateurs, et du traité qui a pour titre V Orateur [Orator),

Le De oratore, composé en 55 avant J.-C, comprend trois dialogues ou trois journées. Cicéron suppose

1. Voir Teuffel, Histoire de la littérature romaine, traducl. Bonnard et Pierson, t. I, p. 247.

que, Tannée même de la mort de Torateur Grassus (91), au moment où se préparaient la guerre sociale et la sanglante rivalité de Marius et de Sylla, plusieurs orateurs et jurisconsultes célèbres, Antoine, Scaevola, César, grand-oncle du dictateur, Gotta, Sulpicius, sont venus passer certains jours de fête à Tusculum, dans la maison de Grassus, et que là on s'entretient de Tart oratoire. Gomme nous Tavons dit déjà, Gotta, le seul de ces grands personnages qui ait survécu aux guerres civiles, aurait transmis à Gicéron le souvenir de ces conversations. Dans la première, Grassus, qui représente évidemment les idées de Gicéron, discute avec Antoine sur les qualités et les connaissances nécessaires à Torateur : Grassus donne plus au travail, Antoine plus à la nature. Le deuxième dialogue est consacré à Tinvention et à la disposition. G*est Antoine qui a la parole; cependant il la cède pour quelque temps à César, qui se charge d'exposer les règles de la plaisanterie ; car, chez tes Romains, Tart de faire rire avait son importance, et les personnages les plus graves et les plus considérables, Gaton, Gicéron luimême, César le dictateur. Tacite, firent des recueils de bons mots. Dans le troisième dialogue, Grassus reprend la parole pour traiter de Télocution et de l'action ; mais Gicéron commence par raconter avec une touchante et sublime éloquence * la mort du grand orateur qui, peu de jours après cet entretien, tombait, comme nous l'avons raconté, victime des luttes de la tribune. Ce dialogue est remarquable par la justesse et l'élévation des idées que Grassus développe à propos du style : il veut qu'on ne sépare pas la parole de la pensée, la forme du fond, que la philosophie soit l'école de l'éloquence. Après un rapide aperçu des figures de mots et des figures de pensées,

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