Y. Morcmux traduits des auteurs latins, p
226 niSTOIRE DE LA LITTÉRATURE ROMAINE
le livre se terminé par des considérations sur la convenance du style et sur l'action oratoire.
La curieuse et piquante histoire de Téloquence romaine, que nous avons tant de fois citée dans nos chapitres sur les orateurs des âges précédents, fut composée neuf ans après les dialogues Sur Vorateuvy deux ans après la bataille de Pharsale (46). Atticus et Brutus sont allés voir Cicéron dans sa retraite de Tusculum. Tous les trois se sont assis au pied de la statue de Platon, et là Cicéron leur a parlé longtemps des orateurs de son pays. Tel est le cadre de ce dialogue où nous avons trouvé une appréciation si délicate et si profonde du talent original du vieux Caton, de l'éloquence des deux Gracques, des contrastes frappants du génie de Crassus et de celui d'Antoine, de la richesse asiatique d'Hortensius. Tous ces portraits, accompagnés d'aperçus féconds et ingénieux sur difTérentes parties de l'art, donnent à la lecture du Brutus un grand charme d'intérêt et de variété.
Ce ne fut pas assez pour Cicéron d'avoir exposé les règles de l'éloquence et d'en avoir retracé l'histoire ; il voulut fixer le portrait, l'idéal de l'orateur accompli. Tel est l'objet de XOrator^ composé la même année que le Brutus. La première partie de ce traité, animée par l'éclat d'un style magnifique et par la sublimité des idées platoniciennes, est d'une beauté supérieure ; mais la deuxième partie, remplie de préceptes minutieux sur le nombre oratoire, est obscure et fatigante: elle ne peut intéresser que comme un monument curieux de l'histoire de l'art.
Ouvrages philosophiques. — Parmi les études propres à former l'orateur, Cicéron, nous l'avons vu, plaçait au premier rang la philosophie. Dans sa jeunesse, soit à Rome, soit pendant son voyage en Asie et en Grèce, il levait fréquenté les écoles des philo-
sophes ; plus tard, il écrivait que « ce n'était pas des classes des rhéteurs, mais des jardins de TAcadémie, qu'il était sorti orateur * », et il insistait à dessein sur Tutilité pratique de ces hautes spéculations encore suspectes aux vieux préjugés des Romains. Cependant, sauf quelques traductions de Platon et de Xénophon 2, ses travaux en ce genre sont d'un^ époque déjà avancée de sa vie, et il débuta par la République (54) et les Lois (52), c'est-à-dire par des traités politiques de nature à être pardonnes à un consulaire plutôt que des sujets de pure philosophie. Ce fut surtout pendant la dictature et après la mort de César que Gicéron se livra avec suite et avec ardeur à ces études : c'est le charme le plus consolant de sa retraite, et il s'y mêle encore pour lui une pensée patriotique. En effet, dans cette partie du domaine des lettres, la Grèce alors régnait sans rivale. Cicéron veut enrichir son pays d'ouvrages philosophiques qu'il puisse opposer à ceux des Platon et des Âristote ; c'est la pensée qu'il exprime sans cesse, c'est le motif par lequel il justifie ses efforts ^ On voit qu'il n'espère pas dépasser par la profondeur et la nouveauté des systèmes ces génies puissants : il leur accorde la supériorité de la science ; il n'a fait que reproduire leurs doctrines, et, comme il dit, les éclairer en les traduisant. Mais il compte sur son style : c'est le mérite principal qu'il signale à son fils dans ses écrits philosophiques, c'est par les qualités oratoires qu'il a portées dans ce genre plus humble qu'il se flatte de vaincre ou de balancer les Grecs.
La lecture des traités de Cicéron ne mène pas à une autre conclusion. Ce n'est pas un philosophe original ;